SCÈNE PREMIÈRE
LUCIE, puis BRIGNAC. Au lever du rideau, Lucie est seule en scène. Brignac ouvre la porte du fond.
BRiGNAC, irenle-huit ans, dans t antichambre , gaiement.
Bonjour ! (// retire son pardessus et le donne avec son chapeau à une domestique.)
^ LUCIE, trente ans, de même.
Bonjour, sous-préfet î
BRiGNAC, entrant. Il est en te)iue de service de sous-préfet: dolniati ou tunique d^ officier général à deux rangs de boutons avec broderie simple. Képi à bandeau brodé. Epée à poignée de nacre et garde argentée avec ceinturon de soie. Pantalon bleu à bande d'argent. Cravate noire. Ce qui suit en retirant son épée et son ceinturon.
Tu ne t'es pas trop ennuyée, toute seule?
LUCIE
On ne s'ennuie pas avec trois enfants.
BRIGNAC, allant porter son. épée dans r antichambre .
Parbleu!
LUCIE
Et ce déjeuner?
BRIGNAC, // termine un gros cigare.
Il a été très bien... Je te conterai cela
tout à l'heure. {Allant à la porte de droite. Au dehors.) Est-ce que M. Mouton est arrive ?
UNE VOIX, de l'extérieur.
Oui, monsieur le sous-préfet. Faut-il ' lui dire de venir?
BRIGNAC
Non. Apportez-moi le courrier, (devenant en scène.) Je ne pourrai donc jamais le prendre en défaut, cet animal-là?
/ LUCIE
Pourquoi y tiens-tu tant que cela?
BRIGNAC
Je voudrais trouver une occasion de le renvoyer afin de le remplacer par un autre employé plus jeune et célibataire à qui je pourrais donner des appointements moins élevés.
l'employé, apportant le courrier.
Voici, monsieur le sous-préfet.
BRIGNAC
C'est bien. [U employé sort. Sans ouvrir les enveloppes, sur la vue de la suscription, Brignac fait plusieurs tas des lettres qu'on lui a apportées.)
Ça m'amuse toujours, cette petite cérémonie.
BRIGNAC
Quelle? De classer mes lettres?
LUCIE
Sans les ouvrir.
BRIGNAC
Parce que je sais ce qu'il y a dedans.
LUCIE
Dame !
BRIGNAC
Tu ne me crois pas? Tiens, celle-ci, du maire de Saint-Sauveur. Demande à transmettre au préfet. (// ouvre, tendant la lettre à sa femme, qui ne la prend pas.) Regarde.
LUCIE
Pourquoi ne Tenvoie t-il pas directement?
BRIGNAC
Qu'est-ce que nous ferions, nous, alors?
L\} cm, riant.
C'est juste.
BRIGNAC
Tu vas encore blaguer les sous-préfets. . . C'est facile et pas spirituel... Il en est peut-être parmi nous qui ne prennent pas leurs fonctions au sérieux, je ne suis pas de ceux-là. Si l'institution est inutile.
noire devoir est de la rendre indispensable. Enfin, pour ciler un exemple, est-ce que ma journée n'est pas bien employée? Ce matin, j'ai donné nue trentaine de signatures, après j'ai assisté à la séance du conseil de revision. Ensuite, déjeuner chez le maire avec tous ces messieurs. J'ai maintenant nne heure de bureau, puis il me faudra aller rejoindre nos hôtes, et revenir ici pour le dîner que nous leur offrons... J'oubliais. Après dîner, il y a au cercle une réception que l'on a retardée pour que j'y assiste... Ce n'est pas assez pour un fonctionnaire !
LUCIE
Si.
liRIC.XAC
Nous n'avons à dîner qu'une partie des membres du conseil; les autres s'excusent. (Arer hdériH.) Tiens, je n'avais
pas vu : un pli du Ministère de l'Inlérieur.
LUCIE
• C'est peut-être ton changement.
BRiGNAG, ouvrant.
On ne sait pas... Non, c'est une circulaire.
LUCIE
Il y avait longtemps.
BRIGNAC
Sur la dépopulation... Très importante.
{Il parcowt le papier.) De la plus haute importance... (// va à la porte de droite.) Monsieur Lioret...
l'employé Monsieur le sous-préfet?
BRIGNAC, donnant les paquets.
Cola à M. Mouton. Il faut qne ce soil
fait pour cinq heures, et bien fait... A M. Lamblin... M. Rouge... Et ceci, sur mon bureau. Je l'éludierai à loisir et je donnerai à la communication la suite qu'elle comporte. {L'employé sort.)
LUCIE
Elle n'en comporte peut-être pas.
imiGNAC
Elle nécessite toujours un accusé de réception dans lequel les termes en seront scrupuleusement reproduits.
LUCIE
Parle-moi du déjeuner.
r.RlGNAG
Je te dis, très bien. Trop bien. Le maire a voulu nous damer le pion...
Tout de même noire diner sera mieux...
{Sortant un cigare de sa poche.) J'ai apporté
un cigare, pour te le montrer. Est-ce que les nôtres sont aussi gros?
LUCIE
A peu près.
BRIGNAC
Ce n'est pas du cigare de réception, ça... Et voilà le menu.
LUCIE
Saperlipopette...
BRIGNAC
Champagne en carafes...
LUCIE
Nous en aurons aussi, puis qu'il le faut... [Gaiement.) Seulement, tu sais, résultat : brèche à notre budget, — et s'il fallait offrir souvent des dîners de revision, il ne nous resterait plus grand'chose, à la fin de l'exercice, sur le fonds d'abonnement.
BRIGNAC
Ne l'inquiète pas. Tu comprends bien que Balureau, lorsqu'il reviendra au pouvoir, nous sortira de Chàteauneul' et nous fera monter d'une classe.
LUCIE
Oui, mais y reviendra-t-il?
BRIGNAC
Pourquoi pas?
LUCIE
Il y a été si peu.
BRIGNAC
Justement. Il n'a pas eu le temps de se l'aire connaître...
LUCIE, riant.
S'il t'entendait...
BRIGNAC
Tu comprends tout de travers. J'ai un ji;rand respect pour...
Je sais bien. Je sais bien. C'est pour rire.
BRIGNAC
Quel drôle de caractère : tu as toujours' peur du lendemain. Moi, ce qui fait ma force, c'estmon inaltérable confiance dans l'avenir. Si Balureau ne reprend pas les rênes du gouvernement, nous resterons à Chàteauneuf tranquillement. Tu ne peux pas le regretter, toi, puisque tu y es née.
LUCIE
Mais c'est toi qui t'en plains.
BRIGNAC
Je me plains de l'esprit des populations que je n'ai pas pu encore complètement conquérir au respect et à l'amour de nos institutions politiques. Je me plains surtout de la société de Chàteauneuf. On ne se reçoit ici qu'entre fonctionnaires.
LUCIE
Il est certain qu'elle nous boude, la société de Châteauneuf.
BRIGNAC
Elle nous trouve de trop petites gens.
LUCIE
Pour recevoir, il faudrait accueillir les commerçants. Tu ne veux pas.
Je me dois à la dignité de mes fonctions.
LUCIE
Nous sommes campés en pays ennemi, comme tu dis.
BUIGNAC
C'est vrai. Mais alors tu vois bien que je suis quelque chose, puisqu'on me hait!... Ensuite, il faut surtout compter
sur l'imprévu. Qui te dit qu'il ne se présentera pas demain, dans un mois, dans SIX mois, une occasion de me manifester et de forcer l'attention en haut lieu ?
LUCIE
Voilà onze ans que tu l'attends, cette occasion.
BRIGNAG
Elle est par conséquentde plus en plus près de nous.
LUCIE
Et que serait-elle ?
BRIGNAC
Un conflit, un incident, des troubles.
LUCIE
Des troubles à Châteauneuf ?
Je sais bien que Châteauneuf est dé-
plorablemeiit tranquille... Enfin, qui vivra verra. Moi, je compte surtout sur Balureau... Annette est chez son amie Gabrielle?
, LUCIE
Non.
BRIO' A c
C'est aujourd'hui mardi, cependant?
LUCIE
II n'est pas encore l'heure.
BRIGNAC
Oui, mais... si elle tarde.
LUCIE
Je voulais justement te dire un mut à, ce sujet. Tu ne trouves pas qu'Annette va un peu trop souvent chez les Bernin?
ISRIGNAC
Pas du tout. C'est une bonne relation et qui, à un moment donné, peut m'être
précieuse... Appelle-la donc!... {Appelant lui-même.) Annette !... Annetteva trois fois par semaine faire de la musique avec mademoiselle Gabrielle Bernin, qui est reçue partout. C'est excellent pour nous et peut être très utile. [Entre Annette.) Annette, il ne faut pas laisser passer l'heure d'aller chez votre amie mademoiselle Bernin.
ANNETTE, vessortant.
Oui, oui. Je vais mettre mon chapeau...
LUCIE, à Brignac.
Tu es d'avis de laisser Annette accepter l'invitation qu'ils lui ont faite d'aller passer quelques jours, chez eux, à la campagne ?
BRIGNAC
Certainement. D'abord, elle en est très heureuse. Tu sais combien elle aime son amie Gabrielle.
LUCIE
C'est qu'elle a un frère, Gabrielle.
BRIGNAC
Le jeune Jacques Bernin?... Mais il va se marier, ma chère.
LUCIE
Tu crois ?
BRIGNAG
Mais oui. Ne parlons plus de cela...
[Entre Armette par la gaucJie.) Dépêchezvous.
LUCIE
Oh! quand elle arriverait cinq minutes en retard...
ANNETTE
Non... non... Où est ma musique?
LUCIE
Tu as l'air contrarié. Aimes-tu mieux n'y pas aller?
ANNETTE
Si, si;, j'y vais... A tantôt...
LUCIE
Et ta musique ? {Elle lui tend le roitleau.)
ANNETTE
Merci... A tantôt... {Elle sorl.)
LUCIE
Tu ne remarques pas qu'Annette est un peu triste ?
BRIGNAC
Mais non... mais non... As-tu trouvé une nouvelle bonne ?
Oui.
BRIGNAC
Tu vois, tu t'inquiétais encore...
LUCIE
Ce n'était pas sans raison. Depuis dix
jours que Céline est partie, je n'ai pas pu la remplacer. Il en est venu une hier qui me plaisait beaucoup. C'est moi qui ne lui ai pas plu.
BRIGNAC
Comment cela?
LUCIE
Elle a trouvé qu'il y avait trop d'enfanls ici.
BUIGNAC
Irop d'enfants ! Trois !
LUCIE
Oui, mais l'aiiié a trois ans et h; doinier deux mois.
BRTGNAC
H y a une nourrice.
LUCIE
Je le lui ai dit, iiaturelleinent.
BRIGNAC
C'est admirable ! Elle ne pouvait pas ignorer, cependant, qu'il s'agissait pour elle d'entrer chez le sous-préfet.
LUCIE
Il faut croire qu'elle est insensible aux honneurs,
BRIGNAC
Alors, cette nouvelle bonne?
LUCIE
Je l'ai prise un peu âgée. Elle sera plus raisonnable.
BRIGNAC
Elle aura d'autres vices ! Enfin !.. .
LUCIE
C'est une malheureuse femme qui a deux enfants en nourrice et deux autres plus grands, à Bordeaux... Son mari l'a quittée...
BRIGNAC, allant lire.
Quel malheur que Céline nous ait placés dans l'obligation de la mettre à la porte!
Je reconnais que Céline avait une conduite...
RRIGNAC
Eh! ce n'est pas sa conduite!... Elle aurait pu se conduire plus mal encore, je n'aurais pas songea le lui reprocher. En dehors de son service, elle est libre, après tout. Ce que je lui reproche, c'est de n'avoir pas su dissimuler ses fredaines... Nous ne pouvions pas garder une bonne enceinte, tu es de mon avis? Nous ne le pouvions pas, hein ? (Lucie ne répond pas.) Ça allait commencer à se voir... tu sais bien... Ces animaux de garçons épiciers sont une calamité pour les maisons bourgeoises. (Un papier à la main.) Elle est admirable, cette circulaire.
LUCIE
Vraiment ?
BRIGNAG
Et de la plus haute importance. Ecrite, d'ailleurs, dans un style magistral. (Il lit.) (fLa France se dépeuple. Un pareil état de choses mérite, au pre mier chef, de fixer l'attention des pouvoirs publics. Le législateur doit s'efforcer de remédier au mal qui lui est signalé de tous côtés. » Et M. le Ministre de l'Intérieur conclut par ces belles et -consolantes paroles : (( Oui, la vérité se fera jour. La raison prévaudra, le sentiment national et l'esprit de sacrifice l'emporteront. Nous sommes, quant à nous, pleins de confiance dans cette régénération morale, car nous savons tout ce qu'on peut attendre de cette vaillante race française, douée d'un si merveilleux ressort. » (// regarde sa femme.)
LUCIE
Il est certain que c'est bien écrit.
BRIGNAC
(( ... Que chacun, dans sa sphère d'action et d'influence, travaille par la parole et par la plume à signaler le péril et l'urgence qu'il y a de le conjurer... Que le sol français se couvre de ligues dont le but sera de provocjucr les mesures fiscales ou autres, propres à augmenter la natalité. »
LUCIE
Est-ce qu'on indique ces mesures?
BRIGNAC
Oui. La suite est consacrée aux voies et moyens. J'en donnerai lecture ce soir.
LUCIE
Ce soir?
Oui. (// va à la porte de droite.) Monsieur Lioret?...
l'employé Monsieur le sous-préfet ?
P.RIGNAC
Vous allez me faire vous-même deux copies de cette circulaire, dont l'importance ne vous échappera pas... Et vous viendrez vous-même remettre l'original ici, sur cette table. C'esticompris ?
l'employé
Oui, monsieur le sous-préfet.
BRIGNAC, revenant à Lucie.
La lettre d'envoi se termine par ces mots émanant de mon supérieur hiérarchique : (( Je vous prie, monsieur le sous-préfet, de vouloir bien m'adresser d'urgence une note statistique sur
les ligues de ce genre qui peuvent exister dans votre arrondissement et de me faire savoir quelles mesures vous comptez prendre pour répondre aux desiderata du gouvernement... » Eh bien, je voudrais profiter du dîner que nous donnons ce soir aux membres du conseil de revision pour provoquer la formation d'un certain nombre de ces ligues et répondre en haut lieu : « Des ligues? 11 n'y en avait pas, j'en ai créé ! »
LUCIE
Mais en quoi le dîner offert au...
Suis-moi bien. Il y a eu ce matin conseil de revision à Châteauneuf,
LUCIE
Oui.
BRIGNAC
Le maire eu a invité les membres à
déjeuner ; nous, nous les avons invités à dîner.
LUCIE
Parfaitement.
BRIGNAC
Le conseil de revision se compose d'un conseiller de préfecture, d'un conseiller général, d'un conseiller d'arrondissement, — je passe le médecin major — et des maires des communes intéressées...
Des maires des communes intéressées !... Les ayant sous la main, au sortir d'un dîner où il y aura eu du Champagne en carafes, j'en profiterai pour leur communiquer ma foi, ma conviction, mon ardeur, et c'est eux qui seront les créateurs des ligues locales dont je veux pouvoir avant peu annoncer la constitution aux pouvoirs publics... Et puisque Balureau ne revient pas au {louvoir, je saurai bien faire dire
un jour ou l'aulre par le ministre : « Mais enfin ! pourquoi ne confie-t-on pas à M. Brignac une sous-préfecture plus en rapport avec son intelligence et son activité?... » Tu comprends, maintenant?
Moi, tout de suite, j'ai entrevu le parti qu'il y avait à tirer de la situation. Après dîner, je leur ferai voir mon graphique. Tu penseras à dire qu'on transporte le vestiaire dans mon bureau. Alors, en sortant, forcément...
LUCIE
A quoi bon?
BRIGNAC
A quoi bon ! Et qui te dit que le colonel ne se rencontrera pas un jour avec le ministre — il faut tout prévoir, — et ne lui dira pas... J'ai vu, à la sous-préfecture de Chàteauneuf...
LUCIE
Comme tu voudras.
BRIGNAC
Laisse-moi faire. Tu n'entends rien à cela... Tu ne savais même pas, mauvaise sous-préfète, comment est composé un conseil de revision... Et chaque année cependant nous le recevons à notre table!... Et nous sommes mariés depuis quatre ans !
LUCIE, gentiment.
Ah! permets!... Nous sommes mariés depuis quatre ans, c'est vrai, mais il y a trois ans, à cette époque-ci, Edmée venait de naître; il y a deux ans, j'attendais notre petite Louise, et l'année dernière, à la fin de l'allaitement, j'étais malade. Remarque, de plus, que si j'avais nourri
la dernière, je ne serais pas encore là aujourd'hui, puisqu'elle n'a que trois mois.
BRIGNAC
Tu le plains ?
LUCIE, riant.
Non... Mais je suis contente d'être en vacances.
BRIGNAC, (joimeiit.
Ah! tu sais ce que je t'ai dit... Tant que tu ne m'auras pas donné un garçon...
LUCIE, de même.
Nous devions d'abord aller en Suisse.
BRIGNAC
Non, non, non, nous n'avons que des filles, je tiens à un garçon.
LUCIE, riant.
C'est la circulaiie du ministre qui...
MATERNITÉ ol
BRIGNAC
Non, ce n'est pas la circulaire...
LUCIE
Alors, laisse-moi respirer.
BRIGNAC
Tu respireras après.
LUCIE
Avant.
BRIGNAC
Après.
LUCIE
Tu n'aimerais pas mieux un petit voyage ?
BRIGNAC
Non.
LUCIE, doucement.
Ecoute, Julien... puisque nous parlons de cela... je voulais te dire... je n'ai
o2 MATERNITÉ
pas eu beaucoup de loisirs depuis notre mariage. Nous n'avons pas pu profiter d'un seul de tes congés, et si tu ne consens pas à ce que... (Avec tendresse.) Maurice ait un an de moins, ce sera encore la même chose celte année. (Souriant.) J'ai bien droit à un peu de repos, allons... Rélléchis : nous n'avons eu le temps de nous connaître ni de nous aimer. Enfin, il faut penser que nous avons déjà trois filles à doter.
BRIGNAC
Puisque je te dis que ce sera un garçon.
LUCIE
Un garç(»u coûte cher.
lîRIGNAG
Nous serons riches.
LUCŒ
Comment ?
BRIGNAG
Par une des mille manières qui nous doivent donner la fortune... Soit que je reste dans l'administration avec un avancement prodigieux, soit que je me fasse réinscrire au barreau — enfin, j'ai plaidé autrefois, et non sans succès, — soit qu'une chance inattendue survienne... Je suis certain que nous serons riches...
(Souria?H.) Et puis, enfin... tu as beau ne pas vouloir, si je veux, moi...
LUCIE, blessée.
Evidemment. On m'a demandé mon consentement pour me donner un mari, on ne me le demande pas pour me donner un enfant.
BRIGNAG
Ah! tu ne vas pas me faire une scène?
LUCIE
Non, mais tout de même, cet esclavage...
BRIGNAC
Quoi ?
LUCIE
Oui, enfin, c'est de ma santé, de ma douleur, de ma vie, d'unande^mon existence que tu disposes malgré moi.
BRIGNAC
Est-ce par égoïsme?... Ne suis-je pas un mari très malheureux pendant tout le temps où je n'ai à moi qu'une prochaine maman au lieu d'une femme aimante ?
« Pour être toujours père, on n'en est pas moins homme ! »
LUCIE, ironique.
Oui, tu es très malheureux.
MRir.NAC
Dame !
Tais-toi donc !
BRIGNAC
Pourquoi me taire ?
LUCIE
Tu me crois bien sotte, décidément.
BRIGNAC
Je ne comprends pas.
LUCIE
Je n'ignore rien de ce que tu fais. Comprends-tu, maintenant?
BRIGNAC
Non.
LUCIE, irritée.
Mais ne nie pas... Tu dois bien voir que je suis renseignée. Le mieux pour
toi est de te taire, puisque j'ai bien voulu, jusqu'à présent, feindre de ne rien savoir.
BRiGNAC, démonté.
Je t'assure...
Veux-tu que je te dise le nom de la personne que tu vas voir au chef-lieu, lorsque je suis nourrice ou prochaine maman, comme tu dis ?
l'.RIG.NAG
Si tu crois tout ce qu'on raconte !
LUCIE
Ne parlons plus de cela, c'est préférable.
' BRIGNAC
Je le ferai remarquer (pie ce n'est pas
moi qui ai mis la conversation sur ce sujet... Allons ! tu es de mauvaise humeur, je m'en vais travailler, puis j'irai retrouver ces messieurs... Seulement, tu sais, tu te trompes.
LUCIE
Oui, oui. m sort par la droite. Après un haussement dHépaules.^ Lucie va sonner. Catherine paraît.)