‹ Mathieu Luc drame en cinq actes, en versChapitre 1 sur 31 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

RACHEL, assise; BRO.MMEL, à ses genoux.

On entend sonner l'heure daus l’éloignement.

rachel , tressaillant.

Neuf heures... Quelqu'un vient!...

Elle veut se lever.

bROMMEL lui prend la main : elle se rassied.

Non; personne... personne!

C’est au couvent voisin la prière qui sonne.

rachel , le regardant avec tendresse.

Oh ! qu'ainsi que ccs voix nos Ames s'élevant, Brotnmel, disent à Dieu ce que j'ai dit souvent: « Ensemble ! unis! toujours! »Et tandis que l'es-

[ pace

Garde un écho lointain du son qui vibre cl passe. Nous qui nous aimons tant, nous à qui Dieu parla. Amans jusqu'à la tombe, aimons-uous au delà!

Vois-tu bien, tout est calme, et c'est dans ce si-

[ lenre

MAGASIN THEATRAL

WM

Que la prière monte et que le cœur s'élance !

Ce mouvement secret qui, lorsque je te vois.

Fait vibrer de bonheur et mon âme et ma voix, Qui fait trembler ma main dans ta main frémis-

[santé.

Ce charme que j’éprouve à te parler absente.

Ce pur rayonnement qui nous suit en tout lieu. Cet amour, ce bonheur... tout cela vient de Dieul

BROMMEL.

Rachel!... Un jour encor! tout un jour!

rachei. , souriant.

Ta pensée.

Ami. bien loin du ciel est encore élancée!

Ne sommes-nous donc pas heureux en ce moment? BROMMEL.

Oh! je t'aime. Rachel, et je t’aime ardemment!

Et chaque aube qui naît, chaque heure qui se

[ traîne.

Me fait penser, enfant, à cette aube sereine,

A ce jour radieux, frémissant, embaumé,

Où Dieu mettra la main dans la mienne, ange rachel. [aimé!

J’appelle aussi ce jour et de toute mon âme!

BROMMEL.

Savex-vous bien, Rachel, que mainte grande dame En vous voyant paraître au bras de votre époux. Vous jettera de loin un sourire jaloux l [d’une. Car votre front est beau, votre air noble, et plus Abdiquant volontiers sa hautaine fortune, *1r)ltftraü*d 'échanger ses charmes adorés ^our ce front pur, madame, et ces yeux inspirés ! A vous donc les honneurs, à vous l'éclat des fêtes, A vous ce don puissant qui courbe tant de têtes, Ce pouvoir envié , cet unique trésor :

La beauté que couronne un diadème d'or!

RACI1EL.

Y songez-vous, Brommel ? qui l moi ! la pauvre brommel. [juive!...

lln'estrienqucpourtoimon amour ne poursuive!

Rien d’assez élevé, rien d’assez précieux!

Tout s'efface devant un rayon de tes yeux!

« La pauvre fille juive , » as tu dit ! Sois plus fière t Et qui suis-je donc, moi ! moi dont la vie entière A tes genoux, Rachel, jour à jour se passant.

Ne serait point un hymne assez reconnaissant, Une action de grâce assez fervente encore Pour tout ce que te doit ton époux qui t'adore! Lorsqu'un jour, tout sanglaut, sur la terre étendu, Frappé par des bandits dans ce quartier perdu, J’appelais une mort trop tardive et trop sûre , Qui donc vint étancher le sang de ma blessure? Qui donc me recueillit? Quel ange consolant Fit taire l'agonie à mon chevet râlant?

Ce fut toi! c'est par toi que je vis, que j’espère ! Et bien m’en prit, à moi, pauvre enfant que son A des soins étrangers jadis abandonna, [père De rencontrer ta route, ange du mont Sina!

Toi, juive, au monde entier mon amour te pré-

[ fére ,

Et j’appelle ardemment ce jour qui doit nous faire

Epoux, et tous les deux nous rendre, en vérité, Heureux pour celte vie et pour l'éternité!

lucitEL, laissant tomber ta main dans celle de Brommel.

Heureux ! oui : le bonheur, c’est de t’entendre dire Tout cela !... Mais, écoute; un seul mot doit suffire Maintenant, carie jour dès long temps nous a fui;

Elle se lève.

La hine éclaire... Vois'.... U te faut aujourd’hui Partir encor 1...

BROMMEL.

Partir !

rachel.

Demain ., la nuit venue Ramènera pour nous la dernière entrevue,

Celle qui de l’hymen précédant le grand jour. Nous entendra prier avec des mots d’amour.

Et préparer notre âme à cette heure suprême Où nous échangerons nos cœurs devant Dieu même! A demain donc !

BROMMEL.

Demain ! attendre jusque là! Non! encor cet instant...

Ma mère!

BACUEL.

Adieu !

brommel, suppliant .

Rachel!...

rachel , te retournant.

Voilà

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