‹ Mathieu Luc drame en cinq actes, en versChapitre 20 sur 31 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ROBERT, BROMMEL.

Robert, à Brommei.

Restez. Deux mois, monsieur Brommei!

Mc direz-vous enfin... Fermez cette autre porte. .. Qui vous pousse à flétrir le beau nom que je porte? Oubliez-vous qu’hier je vous ai défendu De revoir cette juive?

BROMUEL.

Et moi j’ai répondu,

Mon père, qu’entre nous Dieu jugerait 1

Démence !

brommel. [mente!

Votre pouvoir, mon père, est grand, il est im- Votre voix parle haut lorsque vous menacez,

Et Dieu me maudira si vous me maudissez !

Mais si sacré que soit le nom qui vous décore.

Il est un autre nom plus imposant encore :

Il est une autre voix qui parle en ce moment,

Et que j’écoule seule.

ROBERT

lu serment! uu serment!

Que m’importe!...

BROMMEL.

Mon père, à vos genoux je tombe !

Par l’amour de ma mère endormie en sa tombe.

Par tout ce qu’on invoque aux marches de l’autel, Par Dieu, qui comme nous, pour nous s’est fait

[mortel!

Par la sainte clarté qu’il faut que chacun suite. Par le Chrisi, ce roi juif né d’une mère juive!

Par tout ce qui fut grand, noble, saint, respecté, Mon père! mon serment!

ROBERT

Mon fils! ma volonté I...

brommel. [m'aime.

Celle que j’aime est pure, elle est belle, elle Et si vous la voyiez vous l'aimeriez rous-méme... 11 n'est plus rien pour moi sans elle désormais... Et vous l'appellerez votre fille...

ROBERT

Jamais!...

Jamais... Ah! mon malheur est grand! que cette

[tache

D'une rouille honteuse à mes armes s’attache!

Et qu’il me faille voir par tes mains... trahison! Eclabousser ainsi l’azur de mon blason !

Mais va! dût pour mon coeur s’accroître un tel

[ supplice.

Il faut qu'un grand devoir aujourd’hui s'accom- Devoir inexorable, inflexible, sacré, [ plisse, Que Dieu même m’impose et que je remplirai !

brommei. , sa levant.

Quel est-il ce devoir ?

ROBERT

Vous le saurez.. . silence ; brommel, /roiclement.

N’espérez rien, monsieur, de cette violence!

Elevé loin de vous, Brommel n'a pu former Sa bouche à vous mentir, son cœur à vous aimer! Ce cœur à l’âge d’homme arrivé sans contrainte, S'ileûlbattu d’amour pourrait battre de crainte... L'habitude lui manque i ces soumissions :

11 faut, pour nous aimer, que nous nous connais-

[ lions!

Et votre titre en vain abrégeant la distance,

Vous laisse désarmé devant la résistance Do ce fils, qui vous peut répondre avec raison :

Je ne vous connais pas... gardez votre blason ! ROBERT.

Insensé ! ta démence à ces propos s’emporte !

Lui barrant le passage.

Ta ne passeras le seuil de cette porte 1

BROMMEL.

Mon Dieu !

ROBERT

Mes gens hier, par mon ordre, au palais T'ont retenu captif.

BROMMEL.

Eh bien ! rappelei-les !

Cor vos droits, jelesnie, et vos cris, je les brave! Ah! vous avez en moi cru trouver un esclave 1... le me lève, monsieur! moi qui vous suppliais ! Vous avez envers moi des torts que j'oubliais!

Ma mère était à peine en sa tombe glacée Que par une étrangère elle fut remplacée !

Quand le jour me frappa d’un éclat imprévu A mon premier regard est-ce vous que j'ai vu? Est-ce de votre voix que j'appris à connaître Le nom du Seigneur Dieu, du Sauveur et du

[maître?

Non ; jouet au berceau d'un destin menaçant, Brommel fut esposé sur la pierre en naissant! Vous m'avez délaissé, sans appui, sans défense! Et c'est loin de vos yeuz qu’a grandi mon en-

[ fance !

Je ne vous dois donc rien... Retirez-vous.

ROBERT

Brommel !

BROMMEL.

Malgré vous, malgré vous j’épouserai Rachel !

ROBERT

Malgré ton père !

BROMMEL.

Oui! nulle puissance bumaine...

ROBERT

Malheureux !

BROMMEL.

Laissez-moi !

Que ma voix le ramène !

BROMMEL.

Non... ôtez-vous... laissez... que je sorte...

ROBERT

BROMMEL.

Insensé !

Jo vousdis qu'on m'attend, que l’autel est dressé... Quel sourire!...

ROBERT

Un seul mot...

BROMMEL.

Quel secret est le vôtre?...

ROBERT

Ces flambeaux, cet autel...

BROMMEL.

Eh bien t ROBERT.

C’est pour un autre !

BROMMEL.

Pour un autre, mon père... un autre, avez-vous

ROBERT. [dit?

Tu n’épouseras pas celte juive

BROMMEL,

Maudit !

Qui donc?.. Parlez!., nn autre!. .Ah! son nom!..

robert. [que je meure!...

Ta Rachel!... Mathieu Luc l'épouse dans une brommel. [heure.

Mathieu Lucl c'était lui t lui ! je vais de ce pas... Le fiancé! Courons!...

ROBERT

Tu ne sortiras pas !

brommel.

Prenez garde 1

ROBERT

Je veux que d’un esprit plus sage.. *

BROMMEL.

Mon père, encore un coup, lirrez-raoi le passage! Ah I ne voyez-vous pas que mes pas sont trem-

[hlans...

Que si vous m'y forcez... malgré vos cheveux

[blancs!

11 tire son dpée et la brise.

Non !... non... mon père... Eh bien!... vous le [voyez... je pleure...

Je suis à vos genoui- .. retirez-vous !

ROBERT

Demeure !

BROMMEL.

11 le faut! il le faut!... mon père! oubliez tout... J’eus tort de vous braver !... mais voyez, mou

[sang bout...

Je ne vous réponds pas de moi. .. Que cette porte S'ouvre!...

Robert s'assure qu’elle est bien fermée, ôte 1a clef et la jette par la fenêtre.

Ah ! c'est donc ainsi ! Mais cette main est forte! Et cea solides gonds, par moi déracinés.

Vont tomber en éclats... Je les brise, tcnezl

11 jette la porte eu dehors et passe. Le vieillard le suit tout en désordre, eu élevant les bras au ciel.

MAGASIN THÊATRAL.

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