LKS VISITES DE NOCES
pie, mais vous ne connaissez pas le monde... Croyez-moi, maintenant la mémoire de votre mère m''est aussi sacrée qu''à vous ; c'est pour la conserver pure de toute souillure que, malgré votre répugnar^pe, j'insiste absolument pour que vous fassiez quelques rares visites à mademoiselle de Maran. Encore une fois, cela est nécessaire, indispensable... vous m'entendez?
En prononçant ces derniers mots , la voix de M. de Lancry, jusquelà douce et affectueuse , prit une expression plus ferme ; il contracta légèrement ses sourcils. Je craignis de l'avoir blessé par ma résistance, j''en fus désespérée; mais ce qu'ail me demandait, avec raison peutêtre, me semblait au-dessus de mes forces.
— Pardon , pardon , mon ami , — lui dis-je ; — ayez pitié de ma faiblesse,. . mais, pour rien au monde. . . je ne reverrai cette femme. . . Au nom de notre amour, Contran... n'exigez pas cela de moi... Je ne le pourrais pas.
— Je vous assure , Mathilde , que vous le pourrez. . . . C'est un sacrifice, un grand sacrifice... soit... je vous le demande.
— Gontran , par pitié !
— Je vous dis que cela est nécessaire, et que vous le ferez.
— Mais , mon Dieu ! mon Dieu ! vous ne savez donc pas ce que c'est que...?
M. de Lancry m'interrompit avec une violence jusque-là contenue, et s'écria en frappant du pied :
— Je sais bien ce que c'est, moi ! que d'avoir enduré les insultants
reproches, les insolentes bravades de M. de Mortagne! Je- sais ce
que c'est que d'avoir été ainsi traité à la face de votre famille et de la mienne ; je sais ce que c'est que d'avoir refoulé ma haine et mon désir de vengeance ; je sais enfin ce que c'est que d'avoir , par égard pour vous, consenti à ne pas forcer cet homme à me donner satisfaction, quoiqu''il se retranche derrière la protection qu'il vous porte ! Eh bien !
c'est parce que je sais combien tout cela m''a coûté qu'en retour je
vous prie de faire ce que je crois de votre rigoureux devoir... Une fois pour toutes, autant vous me trouverez aveuglément dévoué à tous ceux de vos désirs qui ne vous seront pas fâcheux , autant vous me trouverez intraitable lorsqu'il s''agira de céder à un caprice.
— Un caprice ! . . . Gontran . . . mon Dieu ! . . . . un caprice ! ! !
— L**exagération d''un sentiment très-louable vous empêche de juger nettement cette question.
— Mais mon cœur se révolte. . . malgré moi ; que puis-je faire?. . .
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— Eli bien! |)iiis(iuo les raisons, piiiscjiK» les piirrc^s ne |)(Mivent lien sur vous, — s'écria M. de Lanc-ry en courroux, — je vous déclare (|ue si vous ye consentez pas à nra(conij)aL'iier chez mademoiselle de Maran, je découvrirai la demeure de M. de Mortagne; je connais sa bravoure , je sais que , malgré sa résolution de ne pas se battre , il est des
outragés (\n'\\ ne soulïrira |)as et si vous m'y forcez f)ar votre
relus, je...
— J'irai chez mademoiselle de Maran , — dis-je en pleurant et en prenant la main de mon mari entre les miennes j)resque avec elîroi, et comme pour Farracher à un grand danger.
On frappa à la porte du salon où nous étions; je rentrai dans ma chambre à coucher en essuyant mes larmes.
J*'entendis un valet de chambre annoncer à mon mari que M. le comte de Lugarto Tattendait chez lui. Contran vint me trouver, changea de ton , me parla avec tendresse , et me dit de le faire avertir lorsqu''il pourrait m'amener M. Lugarto, qu'il voulait me présenter.
— Mais je suis en larmes , — lui dis je ; — de grâce , remettez cette visite.
— Vite, vite , séchez ces beaux yeux , — me dit Gontran avec une apparente gaieté , — ou je vous amène tout de suite mon tigre dompté. Pendant que vous allez vous remettre , je vais lui faire admirer notre maison, et j'enverrai tout à l'heure vous demander si vous pouvez nous recevoir.
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