‹ MathildeChapitre 116 sur 207 · I.a cliirllé · texte numérisé non relu

I.a cliirllé

Rodolphe blâmait beaucoup !\1 . d'Ilarville, mais il .se promit de l'excu- S( r aux yeux de Clémence, quoique bien convaincu, d'après les tristes révélations de celle-ci, que le marquis s'était à jamais aliéné son cœur.

De pensées en pensées, Rodolphe se dit :

Par devoir, je me suis éloigne d'une femme que j'aimais.. . el qui di-jà peut-être ressentait pour moi un secret penchant. Suit désœuvrement de cœur, soit commisération, elle a failli perdre rboniii'ur, la vie, poui' un sol qu'elle croyait mallieurcux. Si, au lieu de ni'éloigner d'elle, je l'avais entourée de soins, d'amour et de respects, ma réserve ei1t été telle que sa réputation n'aurait pas reçu la plus légère altrinte, les soupçons de son mari n'eussent jamais été (iveillés; tandis qu'a celteheure elle est presque à la nieici de la f.iluité de M. Charles Robeil, et il sera, je le crains, d'autant plus indiscret qu'il a moins de raisons de l'être.

Et puis encore, qui sait niainleuaiit si, malgré les périls qu'elle a courus, le cœur île madame dllarville restera toujours inoccupé ? Tout retour vers son mari est désormais impossible... Jeune, belle, entourée, d'un caractère synipalirupic à tout ce (pii soufi're... pour elle, que de dangers I que d'éeueils! l'oiir M. dllarville, que d'angoisses, (pie de chagrins ! A la fois jaloux et amoureux de sa femme, qui ne peut vaincre réloignemenl, la frayeur ([u'il lui inspire depuis la première et funeste nuit (je son mariage... quel sort est le sien !

Clémence, le front appuyé sur sa main, les yeux humides, la joue brijlanlc de confusion, évitait le regard de Rodolphe, tant celle révélation lui avait coulé.

— Ah! maintenant, reprit Rodolphe après un long silence, je comprends la cause de la irislcsse de M d'Ilarville, tristesse que je ne pouvais pénétrer... .le comprends ses regrets...

— Ses regrets! s'écria Clémence, diies donc ses remords, monseigneur... s'il en éprouve... car jamais crime paieil n'a été plus froidt!nienl médité...

— In crime!... madame.

— Et qu'est-ce donc, monseigneur, que denclialuer à soi, par des liens indissolubles, mie jeune lille qui se fie à votic honneur, lorsipi'on se sait fatalement frappé d'une maladie qui inspire répouvante et l'horreur? (Ju'est-co donc (pie de viuier sûremeni nu malheureux enfant aux mômes misères?... Qui forçait M. d'Ilarville a faite deux victimes? Une passion aveugle el insensée?... Mon, il trouvait à son gré ma naissance, ma fortune et ma personne... il a voulu faire un mariage convenable, parce que la vie de garçon rcniiuvait sans douie

— Madame... de la pillé au inufiis...

— Delà pitié!... Savcî-voilS qui la inérile, ma pitié? c'est ma fille... Pauvre victime de celle odieuse uuiiui, ([ue de nuits, que de jonis j'ai passés près d'elle! que de larmes amères m ont arrachées ses douleurs!...

— Mais son père... soulïrait des mêmes ilonli iirs imméritées !

— Mais c'est son père qui l'a condamnée à une entance maladive, à une jeunesi^e fléirio, el, si elle vit, à une vie d'ibolement et de chagrins ; car elle ne se mariera ])as. Oh ! non, je l'aime trop pour l'exposer uii jour à pleurer sur son enfant f.italemeiit frappe, comme je pleure sur elle .. J'ai trop soiillert de (elle traliison pour me rendre coupable on complice d'une trahison pareille!

— Oli ! vous aviez raison... la vengeance de votre belle-nière est norrihie... Patience... Peut-être, à votre tour, serez-vous vengée... dit Rodolphe après un moment de i éllcxion.

— Que voulcu-dire, monseigneur? lui demanda Clémence étonnée de l'inllexion de sa voix.

— J'ai presque toujours eu... le bonlieur de voir punir, oh! cnudleinent punir les méchants que je coiinaiss;iis, ajoula-t-il avec un accent qui fit tressaillir Clémence. Mais, le lendemain de cette inallicurense nuit, que vous dit votre mari?

— Il m'avoua, avec une étrange iiaïvcti', (pie les familles auxquelles il devait s'allier avaient découvert le seciel de sa maladie et rmiipu les unions prujelées... jViusi, apiis avoir été repoussé deux fois... il a encore... oh ! cela est inlâiiie !.. lit voilà pourlaiil ce qu'on appelle dans le inonde un gentilhomme de cœur et d'honneur!

— Vous, toujours si bonne, vous êtes cruelle !...

— Je suis cruelle, parce que j'ai été iiidigneinonl iroinpée. ^1. d'Ilarville me savait bonne : que ne s'adressait -il loyalement à ma boulé, en me disant toute la vérité !

— Vous l'eussiez rcfiisé...

— Ce mot le condaniue, monseigneur ; sa conduilc était une traliisnn indigne s'il avait celte craiule.

— Mais il vous aimait !

— S'il m'aimait, devait-il me sacrifier » son ëgoïsine ?. . . Mon Dieu!

LES MYSTÈRKS Dl". PARIS,

i';ivais tant di> liàle «le quitter la maison de mou

j'étais si tourmentée, j......^ ."•- - -, ., , , ,

nère nue, sil eût été franc, pcnt-ëtre m ann,U-il Inncliee, émue par 1. tablein de le-pece «le ré|in,l.alioii di.nt il était fiapiie. de I isoli-meiit au.inel le vo.iail un soil attrenx et lalal... Oui, le voyant a U foK M loyal, si r^i illieureu\, peul-étre n'aurais-je pas eu le coMra?e de le reliiser ; et, sii'avais pris ainsi rengagement saeré de sid)ir les . onsequences de mon dév.iiiement. jaurais vaillamment tenu ma promesse. Mais voul.nr forcer mon intériH et ma pitié eu me mettant dal)«)r. dans sa dijpendance : mais exiger cet intérêt, cette pitié, au nom de mes devoirs de femme, lui nui a trahi ses dev«)irs dlionnète homme, c est a la hu; un.' folie et une lâcheté !... Maintenant, monseigneur, jugez de ma vv i J".fC'de mes cruelles déceptions ! J'avais l««i dans la loyauté de M. d llanille, et il m'a indignement trompée... Sa mélancolie douce et timide m avait inléressée ; et cette mélancolie, qu'il disait causée par de pieux souvenirs, n'était que la conscience de son incurable inrirmité...

— Mais enfin, vous fût-il étranger, ennemi, la vue lie ses souft'rances doit vous apitoyer: votre cœur est noble et généreux!

— Mais, puis-je les calmer, ces soulfrances? Si encore ma voix était entendue, si un regard reconnaissant répondait à mon regard attendri!...Mais non...

Oh ! vous ne savez pas, mouseignciir, ce qu'il y a d'afireux dans ces crises où l'homme se débat dans une furie sauvage, ne voit rien, n'entend rien , ne sent rien, et ne sort «le celte frénésie que pour tomber dans une sorte d'accablement l'aiouche.

Quand ma fille succombe à une de ces attaques, je ne puis que me désoler ; mon cœur se déchire, je baise in pleurant ces pauvres peli(s bras roidispar les convulsions qui la tuent...

.Mais c'est ma lillle...

c'est ma fille !... et quand je la vois souffrir ainsi, je maudis mille fois plus encore son père. Si les douleurs de mon enfant se calment, mon irritation contre mon mari se calment aussi ; alors... oui, alors je le plains, parce que je suis bonne ; à mon aversion succède un seniimenl de pitié douloureuse... Mais

enfin, me suis-je mariée à dix-sept ans pour n'éprouver jamais que ces alternatives de haine et de commisération pénible, pour pleurer sur un malheureux enfant que je ne conserverai peut-être pasl'? Et a propos de ma lille. monseigneur, permettez-moi d'aller au-devant dun reprocie que je mérite sans doute, et <pie peut-être vous n'osez pas me laire. i.iie est si intéressante qu'elle aurait dû suflire à occuper mon çonir, car ji| l'aime passionnément ; mais celte affection n.ivraiilc est melee de tant d'amertumes présentes, de tant de craintes pour l'avenir, que ma lendresse pour ma fille se résout ton, ours par d.s larmes. Auprès il Ule, mon colur est continuellement brisé. l<>'-'";^'''^^'='*l'f «:"'.{';„*;"* ""l puissante à conjurer ses maux, que I on di incurables. Eh bien ! pc^ur sortir de cette atmosphère accablante et sinistre, j avais rêve un atia-

chemeiit ilans la diiuceur duquel je me serais réfugiée, reposée... Helas! je me suis abusée, iiiiligucmeiil abusée, je l'avoue, et je retombe dans l'existence douloureuse «pie mon mari m'a faite. Dites, monseigneur, était ce cette vie que j'avais le dniil d'attindre? Suis-ji' donc seule coupable des tons que M. d'ilarville vonl.iit c«; matin me faire payer de ma vie .' Ces torts sont grands, je li- sais, d'autant plus grands que j'ai à rougir de mon choix. Heureusement pour moi, monseigneur, ce que vous ave/ surpris de rcntretieii de la comtesse Sarali et de son frère au sujet lie M. Charles Roljeit m'épargnera la honte de ce nouvel aveu... Mais j'espère au moins que maintenant je vous semble mériter autant de pilié que de blâme, el que vous voudrez bien me conseiller dans la cruelle position où je me trouve.

— Je ne puis vous exprimer, madame, combien votre récit m a emu ;

depuis la mort de votre mère jusqu'à la oaissaDce de votre fille, que de chagrins dévorés, que de tristesses cachées!

'Vous si brillante, si admirée, si enviée ! .

— Oh ! croyezmoi , monseigneur , lorsqu'on souffre de certains malheurs, il est affreux de s'entendre dire : Est-elle heureuse!...

— N'est - ce pas, rien n'est plus pué-

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