‹ MathildeChapitre 95 sur 207 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Uenseignements sur François Geriii,un.

M. de Graiin continua :

« Il y a environ dix-huit mois, un jeune homme, nommé François- Germain, arriva à Paris venant de Nantes, on il était employé dans la maison du banquier Noël et compagnie.

« Il rcsulle des aveux du Maître d'école et de plusieurs lettres trouvées sur lui, (]ue le scélérat auquel il avait confié son fils pour le pervertir, afin de l'employer un jour à de crimine:ies actions, dévoila celle horrible trame à ce jeune homme, en lui proposant de favoriser une tentative de vol et de faux que l'on voulait counnetlre au préjudice de la maison Noël et compagnie, où iravaillait François-Germain.

« Ce dernier repoussa celle offre avec indignalion ; mais, ne voulagl pas dénoncer Ihonmie qui l'avait élevé, il écrivit une lellre anonyme à son patron, l'instruisit de l'espèce de complot que l'on tramait, et quitta secrèlement Nantes pour échapper à ceux qui avaient tenté de le rendre l'inslrument cl le conijilice de leurs crimes.

« Ces misérables, ap|irenant le départ de Germain, vinrent à Paris, s'abouchèrent avec Bras-Rouge et se mirent à la poursuite du fils du Maître d'école, sans doute dans de sinistres inlcntions, puisque ce jeune lioninic connaissait leurs projets. Après de longues et noud)reuses recherches, ils parvinrent à découvrir son adresse ; il était irop tard : Germain, ayant quelques jours auparavant rencontré celui (pii avait essayé de le corrompre, changea brusquement de demeure, devinant lo motif qui amenait cet honnne à Paris. Le fils du Maître d'école échappa ainsi encore une fois à ses persécuteurs.

« Cependant, il y a six semaines environ, ceux-ci parvinrent à savoir qu'il demeurait rue du Temple, n" 17. Un soir, en rentrant chez lui, il manqua d'être victime d'un guet-apens (le Maître d'école avait caché cette circonstance à monseigneur).

« Germain devina d'où partait le coup, quitta la rue du Temple, el on

LES MYSTÈRES DE PARIS

ignora de nouveau le lieu de sa résidence. Les recherches en étaient a ce point lorsque le Maître d'école lut puni de ses crimes.

« C'est à ce point aussi que les recherches ont été reprises par 1 ordre de monseigneur.

« En voici le résultat : . , . j i

« Frauçois-Germain a habité environ trois mois la maison de la rue du Temple, n° 17, maison d'ailleurs extrêmement curieuse par les mœurs et par les indusliies de la plupart des gens qui l'habitent. Oerraain y était fort aimé pour son caractère gai, serviable et ouvert. Quoiqu'il parût vivre de revenus ou d'appointements très-modestes, il avait prodigué les soins les plus touchants à une famille d'indigents qui habitent les mansardes de cette maison. On s'est en vain informe rue du Temple de la nouvelle demeure de François-Germain et de la profession qu'il exerçait ; on suppose qu'il était employé dans quelque bureau ou maison de commerce, car il sortait le matin et rentrait le soir vers les dix heures.

-. « La seule personne qui sache certainement où habite actuellement ce jeune homme est une locataire de la maison de la rue du Temple:

celle jeune fille, qui paraissait intimement lice avec Germain, est une fort jolie griselle nommée mademoiselle Rigoletle. Elle occupe une chambre voisine de celle oîi logeait Germain .Celle chambre, vacante depuis le départ de ce dernier , est à louer maintenant. C'est sous le prétexte de sa location que l'on s'esl procuré les renseignements ultérieurs. »

— Rigolelle? dit tout à coup Murpli, qui depuis quelques moments semblait réfléchir, P.igolelle?

je connais ce nomlà!

— Comment ! sir WallerMurph, reprit le «baron en riant, comment, digne et respectable père de famille , vous connaissez des griseltes'?... Comment, le nom d'une mademoiselle Rigolette n'est pas nouveau pour vous ! Ah '. ti ! fi !

— Pardieu ! monseigneur m'a mis à même d'avoir de si bizarres connaissances, que vous n'auriez guère le droit

de vous étonner de celle-là, baron. Mais attendez donc... Oui, maintenant... je me le rappelle parfaitement : monseigneur, en me racontant l'histoire de la Goiialeuse, n'a pu s'empêcher de rire de ce nom grotesque de Rigolelle. Autant qu'il m'en souvieut, c'était celui d une amie de prison de cette pauvre Fleur-de-Marie.

— Eh bien, à cette heure, mademoiselle Rigolette peut nous devenir d'une excessive utilité. Je termine mon rapport :

« Peut-être y aurait-il quelque avantage à louer la chambre vacante dans la maison de la rue du Temple. On n'avait pas l'ordre de pousser plus loin les investigations ; mais, d'après quelques mots échappés a a portière, on a tout lieu de croire non-seulement qu'il serait possible de trouver dans celte maison des renseignements certains sur le lils du Maître d'école par linlermédiaire de mademoiselle Rigoteite, mais que

monseigneur pourrait observer là des mœurs, des industries, et surtout des misères donl il ne soupçonne pas l'existence.

CUÂPITRE VI.

Le marquis d'IIarville.

— Ainsi vous le voyez, mon cher Murph, dit M. de Graûn en finissant la lecture de ce rapport, qu'il remit au squire, d'après nos renseignements, c'est chez le notaire Jacques Ferrand qu'il faut chercher la

trace des parents de la Goualeuse, et c'est à mademoiselle Rigolette qu'il faut demander oij demeure maintenanlFrançois- Germain. C'est déjà beaucoup , ce lue semble, de savoir où chercher... ce qu'on cherche.

— Sans doute, baron; de plus, monseigneur trouvera , j'en suis sûr, «une ample moisson d'observations dans la maison dont on parle. Ce n'est pas tout encore : vous êiesvous informé de ce qui concerne le marquis d'IIarville ?

— Oui, et du moins quant à la question d'argent les craintes de S. A. ne sont pas fondées. M. Radiuot affirme, et je le crois bien instruit, que la fortune du marquis n'a jamais été plus solide, plus sagement administrée.

— Après avoir en vain cherché la cause du profond chagrin qui minait M. d'IIarville , monseigneur s'était imaginé que peut-être le nuirquis éprouvait quelque , embarras d'argent :

il serait alors venu à son aide avec la mystérieuse délica-lesse que vous «lui connaissez ;... mais, puisqu'il s'est trompé dans ses conjectures, il lui faudra renoncer à trouver le mot de celle énigmeavec d'autant plus de regret qu'il aime beaucoup M. d'IIarville.

— C'est tout sim- .

pie, S. A. n'a jamais

oublié tout ce que son père doit au père du marquis. Savez-vous, mou cher Murph, qu'en 1815, lors du remaniement des Etats de la Lontederation germanique, le père de S. A. courait de grands risques d élimination, à cause de son atlachement connu, éprouve pour Napoléon .' Feu le vieux marquis d'IIarville rendit, dans cette occasion, d immenses services au père de notre maître, grâce à l'amitié dont l'houorait I empereur Alexandre, amitié qui datait de l'émigration du marquis en Russie, et qui, invoquée par lui, cul une puissante inlluence dans les delibérations du congrès où se débattaient les intérêts des princes de la

Confédéraliou germanique. , . .

— Et voyez, baron, combien souvent les nobles actions s enchaînent ; en 92, le pcie du marquis est proscrit ; il trouve en Allemagne, auprès du père de monseigneur, Ihospitalilé te plus généreuse ; après un se-

La punition. — page 38.

LES MYSTERES DE PARIS

jour de trois ans dans notre cour, il part pour la Ru-sie, y luiiiile les bontés du czar, et à l'aide de ces boules il est à son tour très-utile au prince qui l'avait autrefois si noblement accueilli.

N'est-ce pas en 1815, pendant le séjour du vieux marquis d'IIarville auprès du grand-duc alors réj^nant, que l'amitié de monseigneur et du jeune d'IIarville a commencé?

Oui, ils ont conseivé les plus doux souvenirs de cet heureux temps de leur jeunesse. Ce n'est pas tout : monseigneur a nue si prolonde reconnaissance pour la mémoire de l'iioiiime dont l'amilié a été si utile à son père, que tous ceux qui appartiennent à la famille d'IIarville ont droit à la bienveillance de S. A... Ainsi c'est non moins à ses malheurs et à ses vertus qu'à cette parenté que la pauvre madame Georges a dû les incessantes bontés de S. A.

— Madame Georges ! la femme de l)uresnel ! le forçat snriiomuié le Maître d'école? s'écria le baron.

— Oui, la mère de ce François-Gormain que nous cherchons et que nous trouverons, je l'espère...

— Elle est parente de M. d'IIarville?

— Elle était cousine de sa mère et son intime amie. Le vieux marquis avait poui' madame Gcorj;os l'amilié la plus dévouée.

— Mais comment la famille d'IIarville lui a-t-elle laissé épouser ce monstre de Muresnel, mon cher Mnrph ?

— Le père de cette infortunée, M. de l.agny, intendant du l.angnedoc avant la révolution, possédait de grands biens ; il échappa à la proscription. Aux premiers jours de calme qui suivirent celle terrible époqu? , il s'occupa de marier sa fille. Diiresncl se présenta ; il appartenait à une excellente famille parlcmenlaire ; .M était riche; il cachait ses inclinations perverses sous des dehors hypocrites : il épousa mademoiselle de Lagny.

Quelque temps dissimulés, les vices de cet honmie se développèrent bienlôl :

dissipateur . joueur effréné , .idonné à la plus basse crapule, il rendit sa femme très - malheureuse.

Elle|ne se plaignit pas, cacha'ses chagrins, et après la mort de son père se retira dans une terre qu'elle fit valoir pour se distraire. Bientôt son mari eut englouti leur fortune commune dans le jeu et dans la débauche ; la* propriété fut vendue. Alors elle emmena son (ils et alla rejoindre sa parente la marquise d'Harville, qu'elle aimait comme sa sreur Onresiiel, ayant dévoré son patrimoine et les biens de sa femme, se trouva réduit aux expédients; if demanda au crime de nouvelles ressources, devint faussaire, voleur, assassin, fut condamné au li:igne à perpéluiié, enleva son fils à sa femme pour le confier à un misérable de sa trempe. Vous savez le reste.

UO Ptri*. -- Imp imv-tU Schnci'Ul nie d'KrrufUt, I.

Le M-àlu- Jccq;!),

— Mais comment monseigneur a-t-il retrouvé madame Dnrcsncl ?

— Lorsque DuresncI fut jeté au bagne, sa femme, réduite à la plus profonde misère, prit le nom de (leorges.

— Dans celle eruclle po^iiion, elle ne s'est donc pas adressée à la manpiise d'IIarville, sa parente, s;i meilleure amie?

— la mai(pnse était morte avant la condamnation de Duresnel, eV depuis, i)ar nue honte iiivincilile, jimais madame Georges n'a osé se présenler à sa famille, qui aurait eeilainement eu pour elle des égards que méritaient tant d'iiiloilunes. l'ouitanl... une seule fois, poussée à boul par la misère et par la maladie... elle se résolut à implorer les secours

de M. d'IIarville, le lils de sa meilleure amie... Ce fut ainsi que monseigneur la rencontra.

— Comment donc?

— Un jour il allait voii- ,M. d'IIarville; à (piehpu's pas devant lui marchait une pauvre fenmic , velue misérablement, p;ile, soufirante , abaltue.

Arrivée à l:i porte de l'hntel d'IIarville, au moment d'y frapper, après une longue hésilatlon, elle (it,un brusque mouvement et revint sur ses pas, comme si le courage lui eût manqué. Trèséionné, monseigneur suivit cette femme, vivement inléressé par son air de douceur et de chagrin.

Klle entra dans un logis de Iriste apparence. Monseigneur prit quelques rensoipiienrents sur elle :

ils furent des plus honorables. Elle travaillait pour vivre , mais l'ouvrage et la sanléluimanrpiaient:

elle élail réduite au pl;rs alTrerix dénrtmerit. I.e leirdemain j':illai chez elle avec mouseigneur. >'ous arriv;inies ;'i temps porrr l'cnrpècher de moririr de faim.

Apres une longue maladie où tous les soins lui fru-ent proliigrré--, madame Georges, dins sa reconnaissance, raconta s;i vie à monseigneur, dont elle ne connaît encore ni le nom, ni le r.ing, Irri raconta, dis-jc, sa vie, la cond.irnnalion de Duresnel , et l'enlèvement de son fils.

— Ce fut ainsi que Son Altesse apprit que madame Georg06 apparienait à la famille d'IIarville?

— Orri, et après celle explication, monseigneur, qui avait apprécié de plus en plus les qualités de madame Georges, lui lit quitter Taris et l'élablit à la ferme de Bonqueval, où elle est à cette heure avec la Goualense. Elle trouva dans celle paisible relr.iile, sinon le boidieiir, du moins l.i tranqnillilé, et put se dilraii-e de ses chagrins en gérani celte métairie. .. Aulaiil pour ménager' la doulouieirse snsceplil)ililé de madame Georges que parce qu'il n'aime pas ;i éliruiler ses bienfaits, monseignerrr a laissé ignorer- à M. d'IIarville ipi'il ;ivail rctiri' sa par<'nle d'une afrren>e détresse.

— .le comprends maintenant le durrblc inlérèt de monseigneur .à découvrir les traces du fils de celle pairvre femme.

LES MYSTERES DE PARIS

— Vous jiigfz aussi par l:i, mou clier liaron, df l'alfeclioii (ini: poile Son Mlcsse à loule cetto famille, cl coiiibicn vif est son chagiiii de voir le jeune maïquis si trisle avcr taiil de raisons d'être heureux.

— En elfet, que nianque-l-il à M. d'Uarville? Il réunit (oui, nai-;sanoc, fortune, esprit, jeunesse; sa femme est cliarniante, aussi sage que belle...

— Cela est vrai, et monseigneur n'a songé aux renseignemenls dont nous venons de parler qu'après avoir en vain tadié de pénétrer la cause de la noire mélancolie dr M. d'Uarville; celui-ci s'est montré [irolbudément louché des bonlés de Son Altesse, mais 11 est toujours resté dans une complète réserve au sujel de sa tristesse. C'est peut-être tme peine de cœur?

— On le dit pourtant fort amoureux de sa femme ; elle ne lui donne aucun motif de jalousie. Je la rencontre souvent dans le monde : elle est fort entourée, comme l'est toujours une jeune et charmante femme, mais sa réputation n'a jamais soulfert la moindre atteinte.

— Oui, le marquis se loue toujours beaucoup de sa femme 11

n'a eu qu'une très-petite discussion avec elle au sujet de la comtesse Sarah Mac-Grégor 1

— Elle la voit donc?

— Par le plus malheureux hasard, le père du marquis d'Uarville a connu, il y a dix-sept ou dix-huit ans, Sarah Seyion de llalsbury et son frère toni, lors de leur séjour à Paris, où ils étaient patronés par madame l'ambassadrice d Angleterre. Apprenant que le hère et la sœur se rendaient en Allemagne, le vieux marquis leur donna des leitres d iuirodui lion pour le peie de monseigneur, avec lequel il entretenait une correspondance suivie. Hélas! mon cher de Graûn, peut-cire sans celle reeonmiandalion bien des malheurs ne seraient pas arrivés, car monseigneur n'aurait sans doute pas connu celle femme. Enfin, lorsque la comtesse Sarah est revenue ici, sachant l'amitié do Son Altesse pour le marquis, elle s'est fait présenter à l'hôlel d'Uarville, dans l'espoir d'y rencontrer monseigneur ; car elle met autant d'acharnement à le poursuivre qu'il met de persistance à la fuir.

— Se déguiser en homme pour relancer Son Altesse jusque dans la Cité !... 11 n'y a qu'elle pour avoir des idées semblables.

— Elle espérait peut-être par là toucher monseigneur, et le forcer à une entrevue qu'il a toujours refiisée et évitée. Pour en revenir à madame d'Uarville, son mari, à qui monseigneur avait parlé de Sarah comme il convenait, a conseillé à sa femme de la voir le moins possible; mais la jeune marquise, séduite par les llalleries hypocrites de la comtesse, s'est un peu révoltée contre les avis de M. d'IIarville. De là quelques petits dissenliments, qui du reste ne peuvent cerlainemenl pas causer le morne abattement du marquis.

— Ah ! les femmes... les femmes! mon cher Murph ; je regrette beaucoup que madame d'Uarville se trouve en rapport avee celle Sarah... Celle jeune et charmante petite marquise ne peut que perdre au commerce d'une si diabolique créature.

— A propos de créatures diaboliques, dit Murph, voici une dépêche relative à Cecily, l'indigne épouse du digne David.

— Entre nous, mon cher Uluiph, celte audacieuse métisse (1) aurait bien mérilé la teirible pimilion que son mari, le cher docteur nègre, a inlligée au Maître d'école par ordre de monseigneur. Elle aussi a fait couler le sang, et sa corruption est épouvantable.

— El malgré cela si belle, si séduisante ! Une àme perverse sous de gracieux dehors me cause toujours une double horreur.

— Sous ce rapport, Cecily est doublement odieuse; mais j'espère que celle dépêche annule les derniers ordres donnés par monseigneur au sujel de cette misérable.

— Au contraire .. baron.

— Monseigneur veut toujours qu'on l'aide à s'évader de la forteresse où elle avait été enfermée pour sa vie?

— Oui.

— Et que sou prétendu ravisseur l'emmène en France? à Paris?

— (hii, cl bien plus... celle dépêche ordonne de hâter, autant que possible, l'évasion de Ceeiiy el de la f.iire voyager assez rapidement pour qu'elle arrive ici au plus lard dans quinze jours.

— Je m'y perds... monseigneur avait toujours manifesté tant d'horreur pour elle!...

— Et il en manifeste encore davantage, si cela est possible.

— Et pourtant il la fait venir auprès de lui ! Du reste, il sera toujours facile, comme l'a pensé Son Altesse, d'obtenir l'extradition de Cecily, si elle n'accomplit pas ce qu'il attend d'elle. On ordonne au lils du geôlier de la forteresse de (lérolstein d'enlever celle femme en feignant d'être épris d'elle; ou lui donne loiiles les l'acililés nécessaires pour accomplir ce projet. Mille fois heureuse de cette occasion de fuir, la mélisse suit son ravisseur supposé, arrive à Paris; soit, mais elle re-te loujoius sons le coup de sa condanmalion; c'est toujours une prisonnière évadée, et j" suis parraiteiucnt en mesure, dès qu'il plaira à monseigneur, de réclamer son extradition, de I obtenir.

— (Jiii vivni vcrr.i. moucher de Craûn ; je vous prierai aussi, d'après l'ordre de nlon^eigneln', d'écrire à notre chancelier. e pour y demander, courrier par courrier, une copie légalisée de l'acic de mariage

(1) Criolc issue d'un blanc et il'uno quarteronne escl.ivo. I.es mrlisscs no diffc'Ti'Rl des lilanclic.'' que par quelques signes im()crct|ilililes.

de David ; car il s'est marié au palais ducal, en sa qualité d'officier de la maison de monseigneur.

— En écrivaul par le courrier d'aujourd'hui, nous aurons cet acte <lans huit jours au plus tard.

— Lorsque David a su par monseigneur la prochaine arrivée de Cecily, il eu est resté pétrifié: puis s'esl écrié . « J'espère que Votre Altesse ne m'obligera pas à voir ce monstre? — Soyez tianquille, a répondu monseigneur, vous ne la verrez pas... mais j ai besoin d'elle pour certains projets. » David s'est trouvé soulagé d un poids énorme. Néanmoins, j'en suis silr, de bien douloureux souvenirs s'éveilhiient en lui.

— Pauvre nègrel... il est capable de l'aimer toujours. On la dit encore si jolie !

— Charnianle... trop charmante... Il faudrait l'œil impitoyable d'un créole pour découvrir le sanij mêlé dans l'imperceptible nuance bistrée qui colore légèi ement la < oiironue des ongles roses de celle métisse ; nos fraîches bcaulés du Nord n'ont pas un teint plus transparent, luie peau plus bluncbc, des cheveux d'un châtain plus doré.

— J'étais en France lorsque monseigneur est revenu d'Amérique, ramenant David el Cecily; je sais que cet excellent homme est depuis celle époque attaché à Son Altesse par la plus vive recoiuiaissance, mais j'ai toujours ignoré par suiie de quelle aventure il s'était voué au service de noire mailre, et comment II avait épousé Cecily, que j'ai vue pour la première fois environ un an après son mariage; el Dieu sait le scand.de qu'elle soidcvail déjà !..

— Je puis pai faitement vous Instruire de ce que vous désiiez savoir, mon cher baron ; j accompagnais monseigneur dans ce voyage d Amérique, 011 il a ariaché David et la métisse au sort le plus aflreux.

— Vous êtes mille fois bon, mon cher Murjih, je vous écoule, dit le baron.

Page 1