III
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et qu'en voyant Malck Adhel combattre avec les chi en'ens , il ne verrait en lui qu'un traître qui a déshonore la gloire de ses armes en les tournant contre sa patrie et son le'gitime souverain; sa voix, comme la mienne, le déclarerait lâche et peifide à la face de tout l'univers; et mon épée , comme la sienne , saura bien soutenir ces paroles. » Bérengère , blessée de la manière dont il parlait du bienfaiteur qui l'avait rendue à son époux, mêla, pour la première fois de sa vie, un peu d'à ru e. t urne à ses paroles , et répondit que , quelque formidable que fût son épée , elle ne pensait pas que le héros , surnommé a si juste titre le foudre de guerre de tout T 0-* Tient ^ pût s'en effrayer beaucoup. A ces mots , Lusignan contraignit avec peine la violence de son dépit; et, sans répondre à Bérengère , il se tourna vers Malhilde , et lui dit : <c Je suis étonné, je l'avoue , de voir la reine d'Angleterre professer des sentimens si contraires à ceux de son illustre époux; mais je le serais bien plus, je l'avoue , s'ils étaient approuvés par votre altesse,— Sire, reprit-elle avec une fière àX.
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gnitë, si je me suis toujours honorée de penser comme la reine ma sœur, je ne cesserai point de m'unir à elle lorsqu'elle avoue hautement son estime pour le lieros qui vous a ravi votre empire , et qui vous îe rendra peut-être. » Elle achevait à peine , que des cris tumultueux s'élevèrent dans le camp et rompirent la discussion. Au même moment , la porte s'ouvrir, Richard parut tout armé et couvert de pous^ière : sa contenance était sombre, farouche, et il ne daigna pas répondre à la i eine qui s'était précipitée vers lui. — O mon frère ! ô mon frère 1 » s'écria Mathilde d'une voix altérée. Et elle jetait des regards inquiets derrière lui pour voir si Malek Adhel ne le suivait pas. Tous les princes et les chefs , saisis d'une extrême surprise, lui demandèrenlîa cause de son retour , et comment il revenait à Ptolémaïs quand ils le croyaient maître de Césarée. <^ J'ai été vaincu j» reprit Richard d'un air consterné , et jurant dans son âtne une haine implacable a celui qui le forçait à un pareil aveu. « Eh quoi ! reprit le prince de Tarente , votre majesté a-telle donc été repoussée avant d'avoir p»
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joindre Malek Adhel ? -- Que parlez-vous de Malek Adhel, interrompit brusquement Bichard ? c'est lui seul qui nous a perdus, qui a cause notre défaite et ruine notre entreprise. J'avais enfonce toute l'arraëe de Saîadin; ses escadrons rompus , frappe's de terreur, disperses dans la plaine, ne pouvaient éviter les chrétiens ; ils fuyaient de tous côle's , de tous côtes ils trouvaient l'esclavage ou la mort; et, si je n'avais eu que le sultan à combattre , il serait prisonnier à Ptole'maïs , et dans peu de jours peut-être nous serions à Je'rusalera; mais Malek Adhel est venu ra'arracher la victoire : tel qu'un astre malfaisant, il a paru tout à coup , et le désordre de Parmee ennemie a cesse , les troupes ont été' rallie'es , les chrétiens ont été vaincus , et, pour la première fois de sa vie , Richard
a fui O honte insupportable ! continua
le fier monarque en frappant son front contre ses deux poings aimés de gantelets; ô superbe Malek Adhel ! ton nom sera toujours mon opprobre ; tant que tes yeux seront ouverts a la lumière , il existera un homme qui pourra se dire , j'ai fait reculer Bichard; et, ce qui met le comble à
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mon injure, j*ai perdu le pouvoir de l'ôter la vie. — Mon frère , s'écria Lusignan en lui serrant la main avec force , pourquoi Tas-tu perdu? Le malheur a-t-il abattu ta grande âme , et te défies- tu de ta valeur? — Emporté par mon courage, répondit Richard avec sa loyale franchise , j'allais tomber dans les mains de Parmée entière des musulmans; Malek Adhel Ta vu, et m'a sauvé; je lui dois la liberté, peut-être Ja vie : fatale obligation qui redouble la honte de mon affiont en me défendant de m'en venger ! — Et n'as-tu pas ici ton frère qui périra pour te venger? répliqua Lusignan, les yeux étincelans d'ardeur et de joie ; suis-je même le seul qui soit sensible à tes outrages , au point de payer de tout mon sang Phonnerr de les effacer? IN'estu pas entoure' d'amis qui te chérissent , et qui tous vont jurer avec moi de ne poser les armes qu'après que la mort de Malek Adhel aura délivré ta gloire du seul homme qui puisse se vanter de l'avoir vu fuir. » Ces mots dits à dessein animèrent d'une telle fureur le ressentiment de Richard , que sa générosité' ordinaire
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en fut e(oiifïee ; et , pressant son fière d'armes contre sa poihine , il s'écria : <ç Brave Liisignan, je t'entends , et je promets la main de ma sœur au vainqueur de MalekAdhel. » A l'inslanl , tous les chevaliers et les rois qui aspiraient à l'hymen de la princesse se re'unirent autour du roi; et, élevant leurs e^ees d'un commun accord ils jurent la mort de Malek AdheL... r>lais , à l'aspect de tous ces fers e'iincelans destines à percer le cœur qu'elle adorait , Tinfortunëe Maihilde pâlit, ses yeux se fermèrent , et elle tomba sans mouvement sur le plancher.
En la voyant e'vanouie , BeVengère fit un cri et accourut vers elle ; Richard tressaillit, mais il ne s'approcha point de sa sœur; et , faisant un geste , il dit à la reine : 4i Faites appeler vos femmes , madame , quelles emportent celte jeune fille loin d'ici; j'excuse les frayeurs d'une vierge timide , et je me plais à croire qu'il n'y a pas d'autre motif à son saisissement. Mon père , continua-t-il en s'adressant à l'archevêque , veuillez la suivre , je vous prie ; cjuand elle sef à en état de vous entendit .
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d'ies-lui que vous m'avpz assure qne son devoir lui était plus cher que sa vie, et que son premier devoir est de m'obëir : qu'elle sache bien que , si jamais , sans égard pour sa gloire , elle osait tenir un autre langage , la mienne ne me permettrait pas de le soufLir.» Avant de suivre les femmes qui emmenaient Maîhilde , Guillaume s'inclina avec respect devant le roi , et lépondit : « Je connais la princesse d'Angleterre , sire ; j'ai lu souvent dans ce coeur pieux , soumis , tel qu'd n'en existe pas un autre sur la terre ; il n'y a point de sacrifices qu'elle ne fasse à la religion ; il n'y en a point qu'elle ne lui ait fait , et peut-être chercheriez-vous en vain autour de vous quelqu'un qui en put dire autant : je réponds donc à votre majesté que la conduite de la princesse Maihilde honorera toujours le sang dont elle sort. — Qu'elle n'oublie donc pas , répliqua le roi d'un air méconient, que, pour en être digne , il faut que la faiblesse qu'elle a montrée aujourd'hui soit la dernière de sa vie : car quiconque ost. faible n'eat pas du çang de Richard, »,
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