SCENE IX
M AD. DARBEKT, ALFRED.
MAD. DARBERT, entrant par le foiul. On étoulTe ! c'est charmant !
ALFRED. Justement, la voilà.
MAD. DARBERT. 31. de Savcnaj!.. que faites-vous donc seul, ici!
ALFRED. Mais... je vous attendais, peutêtre...
MAD. DARBERT. Moi !
ALFRED. Et, ne savez- vous pas, que pariout où vous êtes, je ne cherche que vous, je ne veux voir que vous...
MAD. DARBERT. Ah ! VOUS allez reprendre votre langage ordinaire... quand je vous cherchais sans crainte.
ALFRED. Vous me cherchiez... était-ce
donc pour repousser encore mes hommages , mon amour.
MAD. DARBERT. Monsieur...
ALFRED. Ah! ]>ardon... ce mot m'est échappé... mais il le fallait, enfin... et cette déclaration que vous recevez aujourd'hui...
MAD. DARBERT, souriant. Le lieu est singulièrement choisi pour me la faire I
ALFRED. Eh ! que m'importe !.. cette musique cet éclat, cet air de fête et de bonheur!., tout éveille en moi des espérances, que vous ne repousserez pas...
oh! nonl.. vous savez si je vous aime.
MAD. DARBERT. Je croyais du moins, que vous a^iez compris mon silence, et que mes refus... seraient un obstacle.
ALFRED. Au coniraire , ils n'ont fait qu'irriter mon amour !
M.\D. DARBERT. Mais, VOUS êtes fou en vérité!.. M. Alfred! écoutez-moi... cet amour, je n'y crois pas... (.Mouvement d'Alfred.) Ce langage me fait mal... il me rappelle des souvenirs.
Air : J'en guette un petit de mon âge.
A ce passé que je regrette Il me reporte malgré moi ; Votre amitié franche et discrète Me conviendrait mieux, et j'y croi.
ALFRED
Ahl vous l'avez, tout vouâ l'ateste!
MAD. DARBERT.
La mienne est à vous désormais!
ALFBED.
J'accepte votre amitié... mais Sans vous tenir quitte du reste !
MAD. DARBERT. Oh! ne me parlez plus ainsi... je vous le demande, en grâce !.. un ami... voiiù tout, et j'en aurai besoin peutêtre-..
ALFRED. Ah! parlez, madame... parlez; trop heureux...
MAD DARBERT. Vrai! si mou cœur VOUS confiait des peines... Alfred, la vie d'une femme... la plus folle... la plus heureuse en apparence... est souvent entourée de mystère... et vouée à la douleur...
ALFRED. Vous, madame.
MAD. DARBERT , gaiment. Heureusement que ce n'est pas de moi qu'il s'agit.
ALFRED. Quoi! ce sont les peines d'une autre femme...
MAD. DARBERT. C'est possible... mais plus tard... d'ailleurs, au milieu d'un bal.
ALFRED. Oui, vous avez raison. [Regardant autour de lui.) Mais du moins ne pourraij-je tous voir bientôt... seule...
LE MAGASIN THÉÂTRAL
MAD. DARBERT. Y pensez-vous?
ALFRED. Pour recevoir vos secrets... à charge de revanche... car moi aussi... j'ai des peines, des chagrins qu'une amie pourrait guérir...
MAD. DARBERT. Une confidence, à moi; mais votre femme !
ALFRED. Une confidence à moi... et votre mari. Ah! pardon... rappelez-vous ce jour où arri\ant de bonne heure... chez cette vieille Marguerite, qui fut autrefois au service de mon père et qui avait imploré ma pitié... je vous trouvai à son chevet, comme un ange bienfaisant... vous lui portiez des secours.
MAD. DARBERT. Mon mari prend ses cliens au premier étage... il me laisse ceux des mansardes...
ALFRED. Oui, et grâce au hasard... je suis seul dans ce secret-là... Depuis cette matinée que je n'oublierai jamais, je suis retourné souvent chez Marguerite, je ne vous y ai plus retrouvée... vous la négligez... retournez-y demain... à neuf heures. MAD. DARBERT. Ah! je Yois quelle est votre espérance...
ALFRED. Vous y serez...
MAD. DALBERT. Non , monsieur... non, n'y comptez pas.
ALFRED. Ah! c'est que vous n'avez pas pour moi cette amitié dont vous me parliez tout à l'heure ; c'est que vous ne m'aimez pas comme je vous aime...
MAD. DARBERT. Ah! de grâcc , taisezvous !
ALFRED. Cotnme vous en aimez un autre, peut-être...
MAD. DARBERT. Monsieur de Savenay!
ALFRED. Oui, madame, oui, un autre...
que je retrouve partout sur vos pas... que
vous retenez sans cesse à vos côtés, par un
regard, par un sourire...
MAD. DARBERT. Plus bas, monsieur; je ne vous comprends pas...
ALFRED. Ce jeune homme... monsieur Lucien...
MAD. DARBERT. .Te le connais à peine... ALFRED. Il est chez vous ce soir.. .
MAD. DARBERT. Ce n'est pas moi qui l'ai inviié.
ALFRED. Raison de plus...
MAD. DARBERT. Je ne lui adresse jamais la parole...
ALFRED. Le voilà...
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