‹ Mathilde, ou, La jalousieChapitre 7 sur 46 · MATHILDE, ALFRED · texte numérisé non relu

MATHILDE, ALFRED

MATHILDE. Y penses-tu ! mais je ne danserai pas, )e ne resterai pas ici... je veu.v quitter ce bal, je me sens mal aux nerfs.

ALFRED. Eh! non! jamais tu n'as été plus jolie, on me faisait tout à l'heure compliment de la toilette, qui est délicieuse , de ton air animé, de tes yeux si brillans.

MATHILDE. Mes yeux ; c'est qu'on ne voyait pas les larmes prêtes à s'en échapper, lorsqu'cn arrivant tu m'as abandonnée à côté de ma sœur, pour aller porter tes hommages à je ne sais qu'elles femmes, d'anciennes conquêtes,peut-être, qui t'ap-

': pelaient du regard.

j ALFRED. Ahl tu as remarqué cela! tu me flattes assurément, j'ai salué quelques

! dames fort peu o "cupées de n)oi, je t'as-

I sure.

i MATHILDE tu crois, eh bien, oui... c'est possible; mais alors, quel plai>ir trouves -tu

' à rester i'i, au milieu de ce bruit, de cet^e cohue... méchant, j'étais si heureuse à l'idée seule de te retenir ce soir, chez nous, en tête-à-tête, j'avais prévenu madame Darbert que nous ne viendrions pas.

ALFRED. Et tu avais eu tort. . que diable! je veux m'amuser,..ona bien le temps dans son ménage de rester faceà lace avec... ce qu'on aime, cequ'on adore, assurément! mais, on se doit à ses amis, au monde!

LE MAGASIN THHATniL.

Air du Piège.

Moi j'aime cet éclat d'un bal, Au bruit des danses enivrantes, Ce luxe...

Cela lue fait mal, ALFRED.

Ces fleurs, ces toilettes charmantes, Ces femmes dont rhcureus essaim Cède à la vrlse qui l'entraîne, Si belles !

Ces femmes enfin, Qui te font oublier la tienne !

ALFRED. Ah ! quelle idée ! toi-même, je suis sur que tu resteras avec plaisir, quand la danse t'aura un peu égayée, tiens, tout à l'heure, avec M. ïhéobald.

MATHILDE. Oui, Un Original, qui me fatigue de ses airs de fatuité, et de bonne fortune.

ALFRED. Vrai ! il doit être amusant !

MATHILDE. Vous trouvez! s'il vient me parler bas, pour faire croire que je l'écoute... s'il me suit sans cesse, s'il m'entoure desoins fastidieux... cela vous est égal.... cela ne vous émeut pas !

ALFRED. Cela me fait rire...

MATHILDE . ar.cc douleur. Ah ! c'est que vous ne m'aimez pas... C'est que vous ne m'avez jamais aimée.

ALFRED. Nous y voilù... il faudrait être jaloux comme toi! Eh bien, non, ma chère non... je ne le suis pas... je ne veux pas l'être... c'est un ridicule que j'aurais eu... que sais-je?comme un autre : mais tu m'en as dégoTité, Dieu merci.

MATHILDE Ainsi... parce que je t'aime, parce que je soullVc... parce que je suis malheureuse... vous me trouvez bien ridicule , n'est-ce pas?.,

ALFRED. Je te trouve... je te trouve insupportable.

MATHILDE. Alfred!..

ALFRED. C'est vrai aussi!., il y a cinq heures que je veux me conienir pour ne pas éclatL-r, lu m'y forces à la fin... Après m'avoir fait une scène chez moi pour m'fmpêchcr de venir ici, où tu as voulu me suivre; c'est toi qui l'as voulu... voilà que tu vas recommencer à me tourmenter, à me persécuter de tes soupçons, de tes rej)roches, de tes maux de nerfs!., je ne puis pas parler à une femme, que tes yeux ne s'allununt de colère... je n'ose pas danser, de crainte que tu ne l'évanouisses... Oh! ma foi! cela m'ennuie, cela me fatigue si tu te déplais ici prends la voiture , Ta-

t'en... je ne m'y oppose pas... quant ù moi, je m'y trouve bien... et j'y reste!..

MATHILDE. Oh! ce que vous me dites là, est bien dur, bien cruel... tu es un ingrat, Alfred...

ALFRED. Moi! allons, tu pleures, àprésent. .. tu vas nous donner en spectacle à toute cette foule qui ne demande pas mieux que de rire à nos dépens... adieu...

MATHILDE, le retenant. Eh bien, non...

non.. .reste; tiens...vois,jenc pleure plus... je ne pleurerai plus...

ALFRED. Tant mieux! car avec ta jalousie, tu ferais le malheur de tous ceux qui t'entourent... et pour commencer j'irais perdre mon argent à la bouillotte que je ne peux pas souffrir.

MATHILDE. Eh ! tu as tort... tous ces messieurs jouent là-bas, dans l'appartement de madame Darbert... vas-y...

ALFRED. Oui... dans le quartier des hommes . . .

MATHILDE. A moins que tu ne préfères partir tout de suite... Oh! je t'en prie...

ALFRED. Je ne partirai pas... et si tu t'obstines à me faire la guerre , je resterai ici, jusqu'à trois heures du matin... et je danserai et je walserai.

On entend un air de galop.

MATHILDE. Oh ! je vais danser... je vais danser...

eoceo&cooooosQe3ooooo£iooooocwQooog8Qeaaa»sa.

Page 1