‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 55 sur 71 · LE PROBLÈME DU DUALISME · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DU DUALISME

une émanation de la matière ; bien au contraire, la matière, telle que nous la^ saisissons dans une perception concrète qui occupe toujours une certaine durée, dérive en grande partie de la mémoire. Or, où est au juste la différence entre les quatltés hétéîûgèues qui .se succèdent dans notre perception concrète et les changements homogènes que la scieuce met derrière ces perceptions dans l'espace ? Les premières sont discontinues et ne peuvent se déduire les unes des autres ; les seconds au contraire se prêtent au calcul. Mais pour qu'ils s'y prêtent, point n'est besoin d'en faire des quantités pures : autant vaudrait les réduire au néant. Il suffit que leur hétérogénéité soit assez diluée, en quelque sorte, pour devenir, à notre point de vue, pratiquement négligeable. Or, si toute perception concrète, si courte qu'on la suppose, est déjà la synthèse, par la mémoire, d'une infisité de • perceptions pures ■ qui se succèdent, ne doit-on pas penser que l'hétérogénéité des qualités sensibles tient à leur contraction dans notre mémoire, l'homogénéité relative des changements objectifs à leur relâchement naturel? Et l'intervalle de la quantité à la qualité ne pourrait-il pas alors être diminué par des considérations de tensitm, comme par celles d'extension la distance de l'étendu à l'inétendu?

Avant de nous engager dans cette voie, formulons le principe général de la méthode que nous voudrions appliquer. Nous en avons déjà fait usage dans un travail antérieur, et même, implicitemeut, dans le travail présent.

Ce qu'on appelle ordinairement un fait, ce n'est pas la réalité telle qu'elle apparaîtrait à une intuition immédiate, mais une adaptation du réel aux intérêts de la pratique et aux | exigences de la vie sociale. L'intuition pure, extérieure ou i

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■S02 CONSCIEWCE ET MATÉRIALITÉ

interne, est j^aIIp H'nin» çontiii"''^ inHipig^A Nous la fractioa- QOQS en éléments juxtaposés, qui répondent, ici à des mot» ■distincts, là à des objets indépendants. Mais justement parce que nous avons rompu ainsi l'unité de notre intuition originelle, nous nous sentons obligés d'établir entre les termes -disjoints un lien, qui ne pourra plus être qu'extérieur et surajouté. A l'unité vivante, qui naissait de la continuité intérieure, nous substituons l'unité factice d'un cadre vide, inerte comme les termes qu'il maintient unis. Empirisme et dogmatisme s'accordent, au fond, à partir des phénomènes ainsi reconstitués, et diflërent seulement en ce que le dogmatisme s'attache davantage à cette forme, l'empirisme à cette matière. L'empirisme, en eflet, sentant vaguement ce qu'il y a d'artificiel dans les rapports qui unissent les termes entre eux, s'en tient aux termes et néglige les rapports. Son tort n'est pas de priser trop haut l'expérience, maïs au contraire de substituer à l'expérience vraie, à celle qui naît du contact immédiat de l'esprit avec son objet, une expérience désarticulée et par conséquent sans doute dénaturée, arrangée en tout cas pour la plus grande facilité de l'action et du langage. Justement parce que ce morcellement du réel s'est opéré en vue des exigences de la vie pratique, il n'a pas suivi les lignes intérieures de la structure des choses : c'est pourquoi l'empirisme ne peut satisfaire l'esprit sur aucun des graods problèmes, et même, quand il arrive à la pleine conscience de son principe, s'abstient de les poser. — Le dogmatisme découvre et dégage les difficultés sur lesquelles l'empirisme ferme les yeux ; mais, à vrai dire, il en cherche la solution dans la voie que l'empirisme a tracée. Il accepte, lui aussi, ces phénomènes détachés, discontinus, dont l'empirisme se contente, et s'eflorce

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