‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 57 sur 71 · MÉTHODE A SUIVRE · texte numérisé non relu

MÉTHODE A SUIVRE

une iorce, — forme extérieure où s'insérerait l'agrégat, force indéterminée et pour ainsi dire physique qui assurerait la cohésion des éléments. De là les deux points de vue opposés sur la question de la liberté : pour le déterminisme, l'acte est la résultante d'une composition mécanique des éléments entre eux ; pour ses adversaires, s'ils étaient rigoureusement d'accord avec leur principe, la décision libre devrait être un fi,at arbitraire, une véritable création ex nihilo. — Nous avons pensé qu'il y aurait un troisième parti à prendre. Ce serait de nous replacer dans la durée pure, dont l'écoulement est continu, et où l'on passe, par gradations insensibles, d'un état à l'autre : continuité réellement vécue, mais artificielle* ment décomposée pour la plus grande commodité de la connaissance usuelle. Alors nous avons cru voir l'action sortir de ses antécédents par une évolution sut generis, de telle sorte qu'on retrouve dans cette action les antécédents qui l'expliquent, et qu'elle y ajoute pourtant quelque chose d'absolument nouveau, étant en progrès sur eux comme le ' fruit sur la fleur. La liberté n-'est nullement ramenée par là, comme on l'a dit, à la spontanéité sensible. Tout au plus en serait-il ainsi chez l'animal, dont la vie psychologique est surtout affective. Mais chez l'homme, être pensant, l'acte libre peut s'appeler une synthèse de sentiments et d'idées, et l'évolution qui y conduit une évolution raisonnable. L'artifice de cette méthode consiste simplement, en somme, à distinguer le point de vue de la connaissance usuelle ou utile et celui de la connaissance vraie. La durée où nous nous regardons agir, et où il est utile que nous nous regardions, est une durée dont les éléments se dissocient et se juxtaposent; mais la durée où nous agissons est une durée où nos états se

byGooglc

S06 CONSCIENCE ET UATËItULITÉ

fondent les uns doiis les autres, et c'est là que nous devons bîn eflorl pour aous replacer par la pensée dans le cas exceptionnel et unique où dous spéculons sur la nature intime de l'action, c'est-i~dire dans la théorie de la liberté. Une méthode de ce genre e5t-<tte applicable au problème de la matière? La question est de saroir si, dans cette ■ diversité des phénomènes » dont Kant a parlé, la masse confuse à tendance extensive pourrait être saisie en deçà da l'espace homogène sur lequel elle s'applique et par Tintermédiaire duquel nous la subdivisons, — de même que notre vie intérieure peut se détacher du temps indéfini et vide pour redevenir durée pure. Certes, l'entreprise serait chimérique de vouloir s'affranchir des conditions fondamentales de la perception extérieure. Mais la question est de savoir si certaines conditions, que nous tenons d'ordinaire pour fondamentales, ne concerneraient pas l'usage à faire des choses, le parti pratique à en tirer, bien plus que la connaissance pure que nous en pouvons avoir. Plus particulièrement, en ce qui r^arde l'étendue' concrète, continue, diversifiée et en même temps organisée, on peut contester qu'elle soit solidaire de l'espace amorphe et inerte qui la sous-tend, espace que nous divisons indéfiniment, où nous découpons des figures arbitrairement, et où le mouvement lui-même, comme nous le disions ailleurs, ne peut apparaître que comme une mulllplicité de positions instantanées, puisque rien n'y saurait assurer la cohésion du passé et du présent. On pourrait donc, dans une certaine mesure, se dégager de l'espace sans sortir de l'étendue, et il y aurait bien là un retour à l'immédiat, puisque nous percevons pour tout de bon l'étendue, tandis que nous ne faisons que concevoir l'espace à la maulëre d'uu

byGooglc

PERCEPTION ET MATIÈRE schëme. Reprochera-t-on à cette méthode d'attrib trairemeot à la coDoaissaûce immédiate une vale légiée ? Mais quelles raisons aarions-nous de dou coDDaissaDce, l'idée môme d'en douter nous vîea jamais, sans les difïtcuUés et les contradictiODi réflexion signale, sans les problèmes que la pi pose ? Et la connaissance immédiate ne trouverait alors en elle-même sa justification et sa preuve, si vait établir que ces difficultés, ces contradictions, blêmes naissent surtout de la figuration symboliq recouvre, figuration qui est devenue pour nous mtoe, et dont un eSort intense, exceptionnel, ] réussir à percer l'épaisseur ?

Choisissons tout de suite, parmi les résultats l'application de cette méthode peut conduire, ceux ressent notre recherche. Nous nous bornerons d'i des indications ; il ne peut être question ici de const théorie de la matière.

I. — rouf mouvement, en tant que passage <fun n repos, est absolument indivisible.

Il ne s'agit pas ici d'une hypothèse, mais d'un fai hypothèse recouvre généralement.

Voici, par exemple, ma main posée au point A. J< au point B, parcourant d'un trait l'intervalle. 11 y i mouvement, tout à la fois, une image qui frappe ma acte que ma conscience musculaire saisit. Ma coosc donne la sensation intérieure d'un fait simple, car f le repos, en B est te repos encore, et entre A et B se acte indivisible ou tout au moins indivise, passage

Dg,t,.™byGOOglC

Page 1