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L'IMAGE ET LA RÉALITÉ

ment signifie choisir, et la conscience consiste avant tout

dans ce discernement pratique. Les perceptions diverses du

même objet que donnent mes divers sens ne reconstitueront

donc pas, en se réunissant, l’image complète de l’objet; elles

resteront séparées les unes des autres par des intervalles qui mesurent, en quelque sorte, autant de vides dans mes besoins:

c'est pour combler ces intervalles qu’une éducation des sen

est nécessaire. Cette éducation a pour fin d’harmoniser mes

sens entre eux, de rétablir entre leurs données une continuité qui a été rompue par la discontinuité même des besoins de mon corps, enfin de reconstruire approximativement le tout de l’objet matériel. Ainsi s’expliquera, dans notre hypothèse,

| la nécessité d’une éducation des sens. Comparons cette expli- “cation à la précédente. Dans la première, des sensations

inextensives de la vue se composeront avec des sensations

“inextensives du toucher et des autres sens pour donner, par leur synthèse, l’idée d’un objet matériel. Mais d’abord

on ne voit pas comment ces sensations acquerront de l’extension ni surtout comment, une fois l’extension acquise en droit, s'expliquera la préférence de telle d’entre elles,

en fait, pour tel point de l'espace. Et ensuite on peut se

demander par quel heureux accord, en vertu de quelle harmonie préétablie, ces sensations d’espèces différentes vont se coordonner ensemble pour former un objet stable, désormais solidifié, commun à mon expérience et à celle de tous les hommes, soumis, vis-à-vis des autres objets, à ces règles inflexibles qu'on appelle les lois de la nature. Dans la seconde, au contraire, les « données de nos différents sens » sont des qualités des choses, perçues d’abord en elles plutôt qu’en nous : est-il étonnant qu'elles se rejoignent, alors

que l’abstraction seule les a séparées ? — Dans la première.

hypothèse, l’objet matériel n’est rien de tout ce que nous.

apercevons : on mettra d’un côté le principe conscient avec les qualités sensibles, de l’autre une matière dont on ne peut

rien dire, et qu’on définit par des négations parce qu’on l’a dépouillée d'abord de tout ce qui la révèle. Dans la seconde, une connaissance de plus en plus approfondie de la matière

est possible. Bien loin d'en retrancher quelque chose d'aperçu,

nous devons au contraire rapprocher toutes les qualités sensibles, en retrouver la parenté, rétablir entre elles la conti-

nuité que nos besoins ont rompue. Notre perception de las

matière n’est plus alors relative ni subjective, du moins en. principe et abstraction faite, comme nous le verrons tout à" l'heure, de l'affection et surtout de la mémoire ; elle est sim

plement scindée par la multiplicité de nos besoins. — Dans la

première hypothèse, l'esprit est aussi inconnaïissable que la

matière, car on lui attribue l’indéfinissable capacité d'évoquer

des sensations, on ne sait d’où, et de les projeter, on ne sait

pourquoi, dans un espace où elles formeront des corps. Dans”

la seconde, le rôle de la conscience est nettement défini :

conscience signifie action possible ; et les formes acquises par

l'esprit, celles qui nous en voilent l'essence, devront être écartées à la lumière de ce second principe. On entrevoit

ainsi, dans notre hypothèse, la possibilité de distinguer plus“

clairement l'esprit de la matière, et d'opérer un rapproche-

ment entre eux. Mais laissons de côté ce premier point, et arrivons au second.

Le second fait allégué consisterait dans ce qu'on a appelé

pendant longtemps < l’énergie spécifique des nerfs ». On sait

que l'excitation du nerf optique par un choc extérieur ou par

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