‹ Matière et mémoireChapitre 42 sur 77 · Bernard, De l’Aphasie, Paris, 1889, p. 171 et · texte numérisé non relu

Bernard, De l’Aphasie, Paris, 1889, p. 171 et

2. Graves cite le cas d'un malade qui avait oublié tous les noms, mais se souvenait de leur initiale, et arrivait par elle à les retrouver. (Cité par Bernard, De l’Aphasie, p. 179.)

“terprétation, à cause de l’invincible tendance qui nous porte à penser, en toute occasion, des choses plutôt que des progrès. Nous avons dit que nous partions de l’idée, et que nous la “développions en souvenirs-images auditifs, capables de s’in- |sérer dans le schème moteur pour recouvrir les sons entendus. I y à là un progrès continu par lequel la nébulosité de l’idée Se condenseen images auditives distinctes, qui, fluides encore, ont se solidifier enfin dans leur coalescence avec les sons -matériellement perçus. À aucun moment on ne peut dire avec précision que l’idée ou que l’image-souvenir finit, que l’image- ‘Souvenir ou que la sensation commence. Et, de fait, où est la ligne de démarcation entre la confusion des sons perçus en masse et la clarté que les images auditives remémorées y ajoutent, entre la discontinuité de ces images remémorées “elles-mêmes et la continuité de l’idée originelle qu’elles dissocient et réfractent en mots distincts ? Mais la pensée scientifique, analysant cette série ininterrompue de changements ét cédant à un irrésistible besoin de figuration symbolique, arrête et solidifie en choses achevées les principales phases de cette évolution. Elle érige les sons bruts entendus en mots séparés et complets, puis les images auditives remémorées en ‘entités indépendantes de l'idée qu’elles développent : ces trois | termes, perception brute, image auditive et idée vont ains former des touts distincts dont chacun se suffira à lui-même Et tandis que, pour s’en tenir à l’expérience pure, c’est d l'idée qu’il eût fallu nécessairement partir puisque les sou- “enirs auditifs lui doivent leur soudure et que les sons bruts à leur tour ne se complètent que par les souvenirs, on ne voit pas d’inconvénient, quand on a arbitrairement complété le son brut et arbitrairement aussi soudé ensemble les souve-

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airs, à renverser l’ordre naturel des choses, à affirmer que nous allons de la perception aux souvenirs et des souvenirs à l'idée. Pourtant il faudra bien rétablir, sous une forme ou sous une autre, à un moment ou à un autre, la continuité rompue des trois termes. On supposera donc que ces trois termes, logés dans des portions disunctes du bulbe et de l'écorce, entre tiennent entre eux des communications, les perceptions allant réveiller les souvenirs auditifs, et les souvenirs à leur tour des idées. Comme on a solidifié en termes indépendants les phases principales du développement, on matérialise maintenant en lignes de communication ou en mouvements d’im” puision le développement lui-même. Mais ce n'est pas impuné: ment qu'on aura ainsi interverti l’ordre véritable, et, par une conséquence nécessaire, introduit dans chaque terme de la série des éléments qui ne se réalisent qu'après lui. Ce n'est pas impunément non plus qu’on aura figé en termes distincts et indépendants la continuité d’un progrès indivisé. Ce mode de représentation suffira peut-être tant qu'on le limitera strictement aux faits qui ont servi à l’inventer : mais chaque fait nouveau forcera à compliquer la figure, à intercaler le long du mouvement des stations nouvelles, sans que jamais ces stations juxtaposées arrivent à reconstituer le mouvement lui-même:

Rien de plus instructif, à cet égard, que, l’histoire des « schémas » de l’aphasie sensorielle. Dans une première période, marquée par les travaux de Charcot‘, de Broad bent?, de Kussmaul*, de Lichtheim, on s’en tient en effet

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