BÉNITIERS DE LA CATHÉDRALE DE LUCQUES
riche protecteur avait d'ailleurs approuvé ses modifications ; il l'en avait même récompensé. Le reçu de cette somme est le dernier qui nous certifie la présence de Matteo à Lucques ; le 3 avril 1498, le trouve établi à Carrare. Il reste cependant dans cette même cathédrale de Lucques, si riche déjà en œuvres du maître, deux autres ouvrages incontestablement de sa main, auxquels on ne peut pas assigner de date précise, car les contrats ont échappé à toutes nos recherches. Il s'agit des deux bénitiers, « Le Pile delV Acgiia Santa », à droite et à gauche de la porte d'entrée principale.
Ce sont deux œuvres charmantes et d'une grande élégance; tout en se faisant absolument pendant par la silhouette générale, elles diffèrent l'une de l'autre par de jolis détails de l'ornementation. On voit qu'il y a dans la disposition de la base triangulaire une préoccupation des formes antiques, et rarement Matteo s'est plus rapproché des anciens que dans l'exécution des ornements qui décorent les faces de ce piédestal ; le modelé des feuilles est même traité dans l'esprit des anciens. Au centre de la vasque qui contient l'eau bénite, Matteo a assis un petit enfant, un « putto » qui, attentif, l'oreille tendue, semble guetter des poissons que l'artiste a figurés, engagés dans une des moulures de la base même qui le porte ; Matteo mêle ainsi une idée familière et naïve à l'idée religieuse. La petite figure, dont la main est malheureusement mutilée, est d'une admirable naïveté ; le geste, gauche et enfantin, est traduit avec cette puissance d'observation familière aux artistes du xv^ siècle, qui ont tous excellé à représenter la grâce inconsciente du premier âge. J'ajouterai qu'en appliquant la figure humaine à une œuvre architecturale, le Civitali, comme tous les artistes dignes de ce nom, s'est préoccupé d'adapter les formes et de les subordonner dans une certaine mesure à l'architecture, ce qui est toujours la marque d'un grand esprit.
Sur la base au centre de l'autre vasque, le sculpteur a couché l'agneau sans tache, dont la ligne molle est moins heureuse et termine assez mal ce joli piédestal et cette vasque qui semblent empruntés à quelque temple grec.