‹ Maurice Barrès; pages choisiesChapitre 3 sur 28 · FEB · texte numérisé non relu

FEB

^'^.V (RECAPl à

fi ^JENVOY

thc foreign reader we think it wise to offer Barrés, Diore lyrical utterances, his visions of war, his poetic monodies.

It seems that there is in foreign countries a demand fôr the books of contemporary France. We offer thèse examples of them, and more will be forthcoming if ihey are called for.

May the Friends of France find in thèse writings Bome of the meanings which they hâve had for Frenchmen; and at the least, may an interest in France and a love of France be encouraged by the enter prise !

Marguerite-Fernand BALDENSPERGER.

ElfVOI

humbles suscités par les heures héroïques que nous vivons. Mais aux amis éloignés nous préférons offrir ses plus touchantes visions de guerre, ses plus nobles accents lyriques.

De tous côtés, paraît-il, on demande des livres de France; en voici un, en voici deux, en voici trois; en voici d'autres encore si les lecteurs les désirent.

Que nos Alliés, nos amis, cherchent dans ces pages ce que nous y avons puisé nous-mêmes, qu'ils y trouvent surtout la curiosité et l'amour des choses de la vraie France.

Marguerite-Fernand BALDENSPERGER.

Lors d'un voyage aux États-Unis, Vauteur de cette notice a été prié, à trois reprises, de parler de Maurice Barrés à des groupes d'Alliance française ou d'Universités. C était au cours de V hiver 1913-1914, alors que seule une minorité clairvoyante apercevait, dans un monde éperdu de développement économique, de réforme sociale, de pacifisme et de bien-être, les signes menaçants d'une lutte formidable.

Entretenir des auditoires américains, même sympathiques, d'une personnalité et d'une œuvre aussi éloignées de l'entrain, de V optimisme naturel, de la forte simplicité qui prévalent là-bas, quel paradoxe ! J'ai senti pourtant s'éveiller de vivantes affinités entre mon sujet et mes divers publics.

. While on a journey in the United States, the author was requested again and again to lecture on Maurice Barrés before the audiences of the Alliance Française and at the universities. This was in the winter of 1913-14, while the world was still absorbed in économie developments, social reforms, pacifism and prosperity, and at a time when very few people perceived the symptoms of the présent struggle. At first sight it seemed a hard thing to arouse interest in American audiences for a personality and a life work so removed from American optimism and active singlemindedness as Maurice Barrés and his books appeared to be. And yet 1 felt that there were living af fini lies between my subject and my varions publics.

A Boston, en pleine « Nouvelle Angleterre » inquiète de se voir débordée par une Amérique â laquelle elle ne réussirait plus à imprimer sa marque, la défense d'une personnalité contre l'envahissement des « autres » offrait de piquants problèmes. On put s'intéresser à Ann Arbor^ sur les confins de V Amérique germanisée du « Middle West y>, aux résistances opposées chaque jour, par les Bastions de TEst, A la vague incessante et trouble de VA llemagne prolifique. A Berkeley enfin, près de San Francisco, dans cette Californie effervescente, qui se sent si jeune et croit n'avoir point de passé. Vidée même d'une tradition, qui supporte d'une tige séculaire la sensibilité de chacun de nous, parut éclairer d'une lumière soudaine bien des inquiétudes et des doutes actuels.

Entre Maurice Barrés et des lecteurs d'outre-

Naturally enough, at Boston, where the New Englanders are conscious of beingoverrun by an America upon which Ihey hâve been unable to set their own stamp, — Barrés' obstiaale defence of national ideals against foreign inroads offered points of interest. Again, at Ann Arbour, where* Lhe incessant flood of prolific Germany beats against the oiitposts of the earlier Americanism, much as the same flood beats against the old civilization of Lorraine, of which Barres is the champion, — at Ann Arbour some curiosity was aroused. And finally at Berkeley, near San Francisco, in that effervescent California, which feels so young and thinks it has no past of ist own, the conceptions of Barres, who represents an endeavour to préserve ail that is vénérable and beautiful in a complex past, were welcome and Ihrew light on many questions which disquiet even new cûujilries.

U now seems to me that the war itself créâtes new bonds

Mer, la guerre ne crée-t-elle pas^ en ce moment^ de nouvelles consonances? Et par V ampleur de cette lutte y à laquelle les neutres ne sauraient échapper et qui rend aux frontières , de par le monde, une rigueur et un sens auxquels on ne croyait plus, cet auteur « nationaliste » n' est-il pas en voie de se créer un public déplus en plus étendu?

De tous les écrivains français de grand style , Maurice BaiTès est sans doute, par sa collaboration presque journalière à ^Écho de Paris, le plus efficacement engagé dans le détail quotidien de la guerre. Les œuvres d' assistance auxquelles il préside depuis le début de la lutte complètent sans la remplir son activité d'animateur, de héraut d'armes et de sonneur de ralliement : ce grand artiste est vraiment devenu — selon un jeu de mots qui voulait être du

between the spirit of Barrés and his readers in those new realms beyond the sea. It may be that Barrés the Nationalist is about to find an ever wider public through the very amplitude of this war, which the neutrals cannot escape from, and which gives back to the word « frontiers », ail over the world, its half-forgotten signification.

Among ail the mas ter writers of France, Maurice Barrés has laid his hand most powerfuUy upon the daily détails of the war. The work on commissions which he has done since its outbreak is the complément to his work as an animator, as a herald who calls to arms. This great artist has actually become — as was truly said of him, though said in jestthe littérateur y if not the libérateur of his native soil.

persifiage et se trouve une vérité — « le littérateur du territoire » .

Tout le préparait à ce rôle : son origine vosgienne, qui Va fait naître en Vun des points les plus sensibles de la lutte séculaire entre V Allemagne et la France; la courbe même de son œuvre antérieure' évoquait depuis longtemps des épisodes du conflit qui — même en temps de paix — met aux prises dans les Marches de TEst deux civilisations; sa ferveur d'héritier de Paul Déroulède, le fondateur de la Ligue des Patriotesj Vapôtre claironnant, quarante années durant, de la lutte contre la nouvelle Germanie; et même des aspects plus subtils de la sensibilité barrésienne y sa puissance d'émotion devant la mort et la souffrance physique, une sorte d'acre volupté des ruines qui l'apparente à Chateaubriand, ne laissent pas d'accorder tout son talent d'écrivain à l'unisson des douleurs nationales, vaillamment supportées, intensément ressenties.

Ail things assigned him to this rôle : first, his birth in the Vosges, one of the provinces most troubled by the ageloag conflkt between Germany and France; next, his very changes of attitude in his earlier works were indicative of llie auLagoiiism which even in times of peace makes two ci vîU;£a lions clash on our eastern border; again, hiszeal as succesâûF to Paul Déroulède, the founder of the League of PatrioLs aûd the apostle who for fort y years sounded the batllenote against the new Germany; lastly, the subtle senmbility of Barrés' own nature, his keen susceptibility to scènes of death and sufifering, his gloomy fondness for ruins which makes him akin to Chateaubriand — ali thèse things filted him to he the writer of national calamities, intensely lelt and bravely endured.

Maurice Barrés est né eri i862y à Charmes, 'petite ville vosgienne où s'était fixé son grand-père, ancien soldat originaire d^ Auvergne qui avait fait les guerres du premier Empire. Ses années d'enfance se passèrent à quelques lieues de la frontière imposée à la France par le traité de Francfoi^t. Dans la Lorraine française, après ce traité, comment n'eussent-elles pas été de tous les jours et de tous les instants, l'angoisse patriotique et la piété pour les morts? Pour une sensibilité enfantine, ombrageuse et enfiévrée, la destinée même de la Lorraine, éte?^nettement balancée entre la France et la Germanie et incapable de se créer entre ces deux voisines la destinée historique indépendante à laquelle cette belle province avait droit, pouvait sembler refléter le douloureux problème du « moi », toujours menacé par les « barbares », maintenant à grandpeine un équilibre précaire entre sa loi intérieure propre et les exigences du monde extérieur.

A ce problème fondamental de tout individualisme

Maurice Barrés was bora in 1862, at Charmes, a little town in the Vosges, where his grandfather had settled. This grandfather was an old soldier of Auvergne, who had followed the campaigns of the First Empire. Maurice's early years were spent some miles from the frontier imposed by the Treaty of Frankfort upon France. In French Lorraine the people lived in constant anguish over the fate of their country and the death of their sons. The destiny of Lorraine — eternally balanced as the land was between France and Germany, forbidden, to develop any independent historié existence, cheated of its fale, shorn of its birthright — may hâve suggested to the feverish sensibility of the child Barrés the problem of the self, which for ever struggles to maintain

se rapportent, à vrai dire, les premiers livres de Barrés. Ses études à Nancy, ses débuts dans le monde littéraire parisien, en développant chez ce jeune orgueilleux un sentiment croissant de sa valeur, lui imposaient aussi le goût de cacher d^ abord sa pensée sous un voile d'ironie et de subtile malice. La « culture du moi » prétendit mettre en forms, à la manière des livres de direction spirituelle, tous les principes de la gymnastique intérieure la plus raffinée. Un art merveilleusement fertile en ressources expressives permettait de fixer les moindres tressauts de la vie intérieure. Benjamin Constant, Sainte-Beuve, Goethe patronnaient de loin ce souple intellectualisme. Ernest Renan, le Renan de la fin, le souriant vieillard qui instituait des doubles à toutes les certitudes, apparaissait comme le parrain plus vivant d'un jeu séduisant et pervers. Et des voyages

an equilibrium between its own interior laws of feeling and the exigencies of the external world.

The first books ôf Barrés were, in fact, devoted to this, the fundamental problem of ail individualism. His étudies at Nancy and his first ventures in the literary world of Paris begat in this young protagonist a growing sensé of his own value and confirmed his taste for veiling his meaning under fine irony and sly subtleties. In his cultivation of self he undertook to formulate, after the manner of the manuals of spiritual dévotion, certain principles of a « gymnastique intérieure ». His art was extremely resourceful in fînding expressive images which enabled him to define the most délicate shades of mental expérience. Benjamin Constant, Sainte-Beuve and Goethe were the geniuses who presided over his délicate intellectualism. Ernest Renan — the later Renan, the smilingsage who found counterparts to ail our

vers les pays et les sites les mieux propres à éveiller de vifs états d'âme, Venise, V Espagne de Séville ou de VEscurialy complétaient les découvertes que prescrivait une telle « psychothérapie ». Mêm£ les débuts de Barrés dans la vie politique, son entrée dans le houlangisme et ses campagnes électorales, laissaient la balance indécise entre la recherche éperdue, chez ce précoce ennuyé de fière mine, de nouveaux états d'âme, et le désir passionné d'amender en France le régime parlementaire pour retrouver les sources jaillissantes du vrai sentiment national.

Au bout de cette « recherche du moi », Barrés en quête d'un fond plus solide où, fixer sa mobilité, s'arrêta à un pîincipe qui n'est pas tout à fait la « tradition » ni tout à fait le « peuple » ou la « nation » ou V « hérédité », ynais qui tient de tout cela

certitudes — seems to hâve been the more immédiate progenitor of this perverse, seductive passion for anaiysis. Many journeys to tliose countries and to those ancien t sites which most appeal to men of sentiment — to Venice, to Se ville, to the Ëscurial — completed his emotional éducation. Barrés' entry into politics, created a rivalry between his desperate search for new sensations and his passionate désire to discover in an improved parliamentary government the well-springs of a sound national sentiment.

In the final outcome, his « search for the self » led Barrés to the discovery of a principle which was neither altogether « tradition », nor altogether « the people » nor « the nation » nor « heredity » ; but which contained a little of ail thèse

ensemble, et qui forma désormais comme la basse continue sur laquelle se détacheront les nuances de ses émotions. Et qui exigerait y d'un artiste délicat, une doctrine rigoureuse de sociologie ou de politique? C'est dans ses contradictions mêmes que réside une partie de son charme,..

Il faut lire, dans les Déracinés, les pages où Taine, remplaçant désormais Renan parmi les chefs intellectuels de Barrés, ou du personnage qui parle en son nom, explique à celui-ci la loi de soumission et de persistance que révèle un bel arbre — un simple platane de V Esplanade des Invalides. Sa forme lui est donnée, une fois pour toutes, et il lui suffit de la remplir, pour avoir du même coup épuisé toutes ses possibilités et utilisé toutes ses énergies. Il est « enraciné y>, et fait affluer à toutes ses feuilles les sèves qu'il sait puiser dans un terroir propice. Ainsi, selon Barrés, un ensemble de conditions se crée, à

things and which thenceforth became the basis or substratum in his mind to which the varions shades of meaning in his thought are ail fundamentally related. One cannot, of course, insist that so refîned an artist shall foUow a rigorous System of sociology or of political science. A great part of Barrés' charm is due to his very contradictions.

One should read the pages of his « Déracinés ». In this book Taine replaces Renan as the chief of Barrés' gods and explains to Barrés the law of submission and persistence which a fine tree reveals — a simple plane-tree on the Esplanade of the Invalides. Its type is fîxed : to this fact are due both its perfections and its limitations. It is rooted and sends to ail its leaves the sap which it draws from the propitious earth. In like manner, retisons Barrés, a habitat is made for each one of us by the centuries, and this ren-

travers les siècles, pour chacun de nous, qui rend dangereuse et souvent fatale notre transplantation dans un nouveau milieu j que ce soit le dépaysement par les idées ou le déracinement matériel. Thèse singulièrement étroite s'il fallait la prendre dans sa rigueur, mais qui proteste à juste titre contre les dissonances et les désaccords provoqués par Vémiettement et Vexpatriation commodes des temps modernes, et surtout contre V attrait si souvent corrosif des très grandes villes.

Du même coup Barrés déterminait son programme de Lorrain à Végard de la France. La Lorraine, longtemps disputée^ conquise par la France aux XVir et XVÎir siècles, est devenue Vune des provinces les plus virilement, les plus activement patriotes : chez elle, plus que dans telle autre partie du pays y la qualité française était maintenue par un effort constant contre Vétayiel empiétement germanique; les meilleurs aspects de la civilisation fran-

ders any transplantation dangerous, — whether through a material uprooting or through our expatriation from our native ideals. The thought, taken strictly, is a narrow one, but it expresses well enough the damages and the dissonances which resuit from the fréquent transplantations of contemporary life and above ail from the corrosive fascination of great cities.

Barrés drew his program for Lorraine by the light of the same analogy. The long-dispuled land of Lorraine, which was conquered by France in the seventeenth and eighteenth centuries, has become one of the most virile and most patriotic provinces of France. Hère more than elsewhere on French territory the spirit of France was kept alive by a constant struggle against Germanie encroachment. The best

UAURICB BARR^.S. 2

i8 — PRÉFACE

çaise : le tact, la générosité^ la modération des propos et des ambitions, l'aménité entre les personnes et la faculté de pouvoir communiquer vraiment a d'homme à homme », étaient acceptés et gardés, non comme une chose qui va de soi, mms comme un patrimoine précieux et toujours menacé; et V Alsace toute voisine sait bénéficier y elle aussi, de toutes les richesses dont la France a pu lui faire comprendre la beauté pendant des siècles de franche et libre •imion.

La religion catholique, telle que souhaitent la conserver les majorités essentielles de ces pays, est un des soutiens de cette civilisation si humaine^ si mmlératrice, si bien accordée avec V aspect physique et le visage de ces terres mollement ondulées, coupées de régions de bois ou d'étangs qui restent aisément accessibles à Veffort de l'habitant, dominées par des sanctuaires plus mystérieux et chargés de poésie, Sainte-Odile, Sion-Vaudémont, ou, s'accumulent le lyrisme et la légende de contrées entières.

Krench traditions — tact, generosity, tolérance, the social amenities and the habit of free speech between man and man — were received and preserved not as matters of course but as precious inheritances which were always in danger. And Alsace also has known how to profit by propinqiiity in the riches whose value had been shown to her during the centuries of free and willing union when she was part of France.

The catholic religion, as it is professed in thèse countries, is oiie of the mainstays of their civilization, — a civilization so humane, so tolérant, so well-agreeing with the face and aspect of nature in those gently-roUing lands, where the forests and lakes lie close underthe hand of man. The hills

Dès lors^ Au service de TAUemagi^e, Colette Baudoche, la Colline inspirée reprennent divers aspects de Véternel problème. La Grande pitié des Églises de France défend les humbles monum^ents d'une foi qui ne devrait pas cesser de coopérer avec les forces de civilisation. Des livres de polémique protestent contre les déformations que la politique apporte a'ux réelles volontés nationales. Et sur ces sujets^ dont une sèche sociologie ferait aisément une matière à statistique, se joue une merveilleuse fécondité de ressources, multipliant les trouvailles d^eœpression, les saisissantes variations de ton. Les échappées éloquentes à côté des raccourcis ironiqu£s : livres difficiles à classer dans un genre déterminé, dont le roman, la confession, la chronique ou le poèms en prose ne définiraient yas tout

are crowned with mysterious sanctuaries full of accumulated poetry. In Sainte-Odile, in Sion-Vaudémont, survive the lyric feeling and the legends of whole provinces.

Accordingly Barrés, in his books, Au Service de V Allemagne y Colette Baudoche^ la Colline inspirée^ takes up différent aspects of the everlasting question. La Grande Pitié des Églises de France champions the humble monuments of a faith which should not cease to co-operate with the forces of civilization.

His polemical books protest against those misrepresentations which politics throw upon the deeper instincts of the nation. Thèse subjects, which in the hands of a dry sociologist would easily turn into statistical matter, are treated by Barrés with marvellous facility and respurce, with a wealth of happy expressions and dramatic changes of mood; with Qashes of éloquence flanked by laconic irony. His books are hard to classify whether as romances, confessions, chronicles or poems in prose ; yet thèse nondescripts

kt contenu et qui mettent leur auteur au 'premier rang des prosateurs français.

C'est tout cela qui préparait Barrés à tenir la place que Von sait dans le journalisme de la Guen^e.

Écrit en juin i 9 J 5,

Fernand BALDENSPERGER, professeur à la Sorhonney mobilisé depuis le 2 août 1914 aux armées de VEst,

hîive placed their author in the first rank of the writers of Fiench prose.

AJi thèse things taken together hâve prepared Barrés to fill the place which he does in the journaiism of the war.

Written in June 1915,

by Fernand BALDENSPERGER, professor of the Sorbonne, mobilized since the 2d of August 1914 aux armées de l'Est.

MAURICE BAllRÈS VERS 1890.

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