‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 79 sur 103 · O IR B · texte numérisé non relu

O IR B

J'ai pris la liberté d'écrire à Votre Majesté au commencement de ce mois, et de Lui conseiller de s'unir étroitement avec la France. Je me suis hasardé, depuis, de Lui faire observer le danger où Elle exposait la Saxe en permettant que le roi de Prusse emmène les troupes de Votre Majesté sur la Taja. J'ai depuis agi en conséquence de ces principes. Mais il a plu à .Votre Majesté d'en ordonner autrement.

Je prends la liberté d'envoyer à Votre Majesté une lettre de M. le cardinal, par laquelle vous verrez, Sire, la confiance qu'il a prise dans vos sentiments, et que je souhaite de tout mon cœur que l'envoi des troupes saxonnes sur la Taja n'ait pas altérée.

Le roi de Prusse, qui sent qu'il a déplu à la cour de France en entraînant les Saxons par ruse et par adresse sur la Taja, cherche à la distraire de l'attention qu'elle

>) Il a été facile de restituer la date qui manque, d'après la lettre précédente, adressée a Brnhl le même jour.

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pourrait y faire, par des propositions de paix qu'il a suscitées lui-même à Vienne, et qu'il fait passer par des courriers, coup sur coup, en France, et que je crois assez frivoles. Quoi qu'il en soit, il arrive de France plus de trente mille hommes, qui, avec ce que nous avons en Bohème, ne laisseront pas de se faire respecter. Si les troupes de Votre Majesté avaient été à portée de se joindre, je crois que le roi de Prusse aurait filé doux, et que vous en auriez tiré, Sire, de grands avantages.

Je ne dois pas passer sous silence que le maréchal deBroglie m'a dit hier que, s'il lui arrivait un échec entre ici et le temps où il pourra être renforcé, il n'aurait d'autre retraite à prendre que la Saxe. Cette perspective * m'afflige autant que notre situation ici, et celle des troupes saxonnes en Moravie.

Je suis avec la soumission la plus profonde, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très -soumis et très-obéissant serviteur Maurice de Saxe.

Annexe,

le cardinal de fleury au comte de saxe ')•

Versailles, le 15 février 1742.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre dont vous m'avez honoré du 2 de ce mois, et j'avoue que j'ai pensé comme vous, et

') Cette lettre, qui fut rendue k Maurice, mais dont Bruhl garda copie, est lu même dont parle le maréchal de Broglie en écrivant de Pisek, le 15 mars 1742, au cardinal de Fleury:

„M. le comte de Saxe est bien content, avec raison, de la lettre que Votre Emincnce lui a fait l'honneur do lui écrire et de celle qu'il a reçue de M. de Breteuil; c'est un très-bon officier-général, et qui mérite beaucoup de louanges de la manière dont il s'est comporté pour le service du Roi, quand il a été question de nous faire joindre par les Saxous; il est très-content de moi et moi de lui." Voyo*: Campagnes de Messieurs les maréchaux de Broglie et de Btlkisle. (Amsterdam 1762.) T. IV., p. 48.

Lettres imeditea. (1742.)

que je crains infiniment que le roi de Prusse ne prenne point le parti de tourner tout d'un coup après son entreprise d'Iglau sur Neuhaus et Budweis. M. le maréchal Belleisle est persuadé du contraire, et j'ai grande peur qu'il ne se trompe; car outre la lettre au roi de Pologne j'en ai vu plusieurs autres dans lesquelles il se promet de chasser entièrement les Autrichiens de la Bohème, mais sans s'expliquer sur la route qu'il prendra pour y parvenir. J'apprends que vous étiez parti le 5 de ce mois pour aller exhorter ce prince à changer d'avis, et à se porter sur la droite au lieu de la gauche. Nous ne sommes pas même bien certains que les Saxons prennent ce parti ; mais je voudrais que le roi de Prusse pût nous laisser croire qu'il sera aussi docile que le roi de Pologne, dont je connais la droiture des intentions.

J'attends ce dénouement avec autant d'inquiétude que d'impatience, et je voudrais du moins, si vous ne pouvez persuader le roi de Prusse, que vous puissiez gagner sur vos compatriotes d'aller joindre, avec M. de Polastron, M. le maréchal de Broglie.

Je compte beaucoup sur votre zèle et sur la bonne cause dont vous êtes chargé. Je ne puis qu'approuver toutes vos réflexions qui sont fort justes, et vous assurer, Monsieur, des sentiments les plus sincères avec lesquels etc.

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