LE MARQUIS DE BRETEUIL AU COMTE DE SAXE
(EXTRAIT
Versailles, le 2 mars 1742.
„Le Roi a été informé, Monsieur, de tout ce que
vous avez fait pour son service, tant à la cour de Dresde,
Lettres inédites. (1742.;
qu'auprès des troupes de Sa Majesté Polonaise, et Sa Majesté est si contente du zèle que vous avez fait paraître pour ses intérêts dans une circonstance aussi importante, qu'elle m'a chargé de vous témoigner de sa part, que vous la trouverez toujours disposée à vous donner des marques de sa satisfaction."
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Cartel. — Maurice a ravitaillé Fraueuberg, et se propose de se rendre à
Pilsen. — Affaires de Courlande.
MoNfUEim, à Pl8BK> le 12 mars 1742«
M. le maréchal de Broglie m'a dit hier qu'il était convenu avec le prince Charles de Lorraine (qui est toujours à Budweis, malgré les dires, faits et gestes de Sa Majesté Prussienne), qu'il était convenu, dis-je, de faire un cartel pour l'échange des prisonniers. Il m'a dit en même temps d'en écrire à Votre Excellence, pour savoir si Elle veut y envoyer quelqu'un de la part de Sa Majesté le roi de Pologne. Le jour du rendez-vous n'est pas encore fixé; ainsi Elle aura encore le temps d'y envoyer. Cette conférence se tiendra à Protiwein, entre ici et Budweis. Il y aura, de la part des ennemis, un lieutenant-général, un commissaire, deux aides-de-camp, quelques ordonnances et cinquante hommes de garde; de notre part, pareil nombre de personnes et une pareille escorte. Si Elle veut envoyer un commissaire de guerre avec des pouvoirs, cela sera suffisant.
Nous avons jeté, il y a quatre jours, des farines dans Frauenberg, et, chemin faisant, nous avons pris environ
456 Mauwcs peut pab loi "
deux cent et quelques hommes dans différents quartiers, avec quatre lieutenants, et un capitaine à Wodnin. Cela a fait rassembler au prince Charles une vingtaine de bataillons à Budweis; ce qui fait clairement voir qu'il veut soutenir ce poste. Nous avons quelques avis que les ennemis ont dessein de faire passer un corps considérable de cavalerie le Danube, pour marcher par le haut Palatinat vers Egra. Comme cela regarde nos derrières, je partirai demain pour Pilsen. Si j'apprends quelque chose de positif dans ces quartiers -là, je ne manquerai pas de vous en informer.
Je commence à mal augurer de mon affaire de Courlande, parce que Votre Excellence ne m'en parle pas. Apparemment qu'Elle n'a rien de bon à me dire ; mais j'aimerais encore mieux qu'Elle me dit quelque chose que de ne point parler du tout. Je La supplie d'assurer le Roi de mes respects les plus profonds, et d'être persuadée etc. Maurice de Saxe.
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Eloge d'une lettre de Bruhl. — Broglie à la veille d'être attaqué. — Retraite à travers la Saxe, une éventualité sérieuse. — Avis reçus de Ratisbonne.
Monsieur, * P1L8EN> 1° 28 (mars), à dix heures du soir 1 742.
J'ai reçu les deux lettres que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 22 de ce mois, et que Bauvais l) m'a remises. Votre Excellence me paie de si
') Valet de chambre de
Lettres inédites. (1742.) 457
bonnes et solides raisons, et elles sont dites avec tant de sens, que je ne puis que les approuver. Je n'ai jamais vu de lettre si bien écrite, et c'est un chef-d'œuvre de prudence, de bonté et de dignité ,). Je remets à un autre temps d'y répondre amplement. D est à présent question d'une plus grande circonstance. Votre Excellence verra par les deux incluses2) (que je viens de recevoir) que M. le maréchal de Broglie doit être incessamment attaqué. Si cela arrive, nous serons bientôt sous Prague, et peut-être en Saxe, avec la cavalerie. J'ai cru la chose de trop grande importance pour ne pas la faire parvenir au plus tôt à Votre Excellence. L'officier qui a donné ces avis n'est pas un visionnaire; il est homme sage et entendu ; je le connais. On peut l'avoir trompé, mais il n'a sûrement rien imaginé, et les 9000 hommes qu'il a vus passer à Linz, il les a bien vus. Je ne manquerai pas d'envoyer à Votre Excellence un courrier, sur le premier mouvement que nous ferons, pour L'en avertir. Ceci deviendrait extrêmement sérieux si cela était. Je n'en entretiendrai pas davantage Votre Excellence, et finirai cette lettre en la priant d'être persuadée que l'on ne saurait être plus parfaitement, Monsieur, de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur Maurice de Saxe.
') Nous n'avons pas retrouvé la minute de cette lettre, écrite, sans doute, pour justifier le mouvement de l'armée saxonne blâmé par Maurice.
9) Copies de deux lettres de Katisbonne (du 27 mars 1742), informant le maréchal Broglie des mouvementé et des succès de l'ennemi.
458 MaUHICK PKINT PAH LUI-MftMK.
MAUIIICE A AUGUSTE III.
Maurice chargé du siège d'Egra. — Plan do cette forteresse. — Il annonce 8a visite à Dresde.
gJRE à Lehenstein, bous Eqra, le 8 avril 1742.
M. le maréchal de Broglie m'a envoyé ici pour prendre le commandement du siège; M. de Leuville étant hors d'état d'y vaquer (il est mort le 4), et, après quelques préparatifs, j'ai ouvert la tranchée hier.
Je me porte avec d'autant plus de plaisir à cette opération, que je suis dans la persuasion qu'il est bon d'ôter aux ennemis cette place qui est sur les frontières de la Saxe, et qui pourrait bien devenir cet été une tanière de hussards, si les armées s'éloignent de la Bohème en s'approchant du Danube.
Mon armée est bien petite. Les assiégeants ne sont guère plus forts que les assiégés ; il y a quatre fois plus d'artillerie dans la place que je n'en ai pour l'attaquer; mais mon zèle et mon industrie suppléeront à mes forces, et je compte être maître de cette place le lô du mois, soit par accord, ou de vive force.
Votre Majesté verra par le plan que j'ai l'honneur de Lui envoyer qu'elle est fort bien fortifiée. Le gouverneur est expérimenté, à ce qu'on prétend; il ne manque de rien pour faire une vigoureuse défense. L'événement fera voir le reste. Cette opération finie, je me rendrai à Dresde, pour profiter pendant quelques jours du bonheur de faire ma cour à Votre Majesté, Lui présenter mes hommages, et la soumission profonde avec
Lr.TTRK» INÉDITES. (1742.)
laquelle je serai* toute ma vie, Sire, de Votre Majesté le très -humble, très -soumis et très-obéissant serviteur
Maueice de Saxe.
Le gouverneur s'appelle M. d'Auffingen ; il tire du canon depuis ce matin comme de la mousqueterie. Dans une couple de jours je diminuerai son caquet
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