‹ Maurice de GuérinChapitre 113 sur 125 · DOULEUR SANS FIN · texte numérisé non relu

DOULEUR SANS FIN

Tant que les ruisseaux couleront, Tant que dans les cyprès funèbres Les vents d'automne gémiront, Tant que les cloches sonneront Le glas des morts dans les ténèbres.

Il est des yeux qui pleureront, 11 est une douleur profonde, Des regrets, un deuil fraternel Qui dui'eront plus que le monde ; Car je les prendrai dans le ciel. Rien n'est capable sur la terre De consoler si grand malheur !

Oh ! la perte d'un si doux frère Me rend inconsolable sœur.

Qui ne l'a vu ne sait les chai'mes Que mon cœur goûtait dans le sien, La douceur de son entretien, Ces regards où venaient des larmes Quand il en venait dans le mien !

J'ai renoncé à la poésie parce que j'ai connu que Dieu ne demandait pas cela de moi, mais le sacrifice m'a d'autant coûté qu'en abandonnant la poésie, la poésie ne m'a pas abandonnée ; au contraire, je n'eus jamais tant d'inspirations qu'à présent qu'il me faut les étouffer. A présent je chanterais à ma fantaisie, ce me semble. J'ai trouvé le ton que je cherchais. J'en aurais des transports de joie qui me tueraient s'il m'était permis de m'y livrer. Eteignons, éteignons ce feu qui me consumerait pour rien. Ma vie est pour Dieu et pour le prochain ; et mieux vaut pour mon salut un mot de catéchisme enseigné aux petits enfants qu'un volume de poésie.

Ceci est vrai, mais plus haut il y a quelques petits mensonges

poétiques '.

(Tiré d'un cahier d'extraits faits par Eugénie.)

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