‹ Maurice de GuérinChapitre 95 sur 125 · PROMONTOIRES BLEUS · texte numérisé non relu

PROMONTOIRES BLEUS

Et François le sait bien, car ce jeune inspiré

A tracé ces deux vers au livre préparé :

« Le premier flot qui monte emporte tous nos rêves,

« Comme ces mots écrits sur le sable des grèves. »

Puis d'un rocher tout noir portant du goëmon Gomme de longs cheveux, nous avons d'un héron Considéré longtemps la tristesse profonde ; Mais laissant sur ses pieds ce vieux rêveur de l'onde. Nos regards sont allés chercher dans le lointain Des promontoires bleus le spectacle divin.

Merveilleuse beauté d'une côte arrondie.

Qui se plonge avec grâce en la mer aplanie, 0 caps voluptueux, qui courez mollement Vous plonger tout du long dans l'humide élément. Des bords capricieux charmantes découpures. Qui de mille flots clairs recelez les murmures. Dans le bain orageux où le ciel t'a jeté. Roc, plongeant la sauvage et sainte nudité : Qu'il est doux de vous voir au lointain d'une lieue, Quand l'Océan vous peint de son haleine bleue Et qu'au soleil d'automne, à travers les vapeurs. Vous flottez incertains, comme songes trompeurs ; Mon regard vous adore et votre belle image Erre sur mes pensers comme un liège qui nage. Oh i je verrai longtemps soit de nuit, soit de jour. Dans mes rêves, des caps ondviler le contour.

Oh ! le Val est pour l'âme une telle demeure Que je sens en ma tète arriver à toute heure. Par bandes et par vols, mille i^êves divins. Qui de ma poésie encombrent les deux mains Soit qu'égarant mes pieds aux longues promenades. Je visite les flots, ou qu'aux vieilles ballades Mon âme se balance, en lisant près du feu ; Soit que par l'entretien nous élevant à Dieu, L'art et la poésie et mille choses belles Viennent du paradis pour me prendre avec elles ;

Ou que voyant dormir en son berceau plié

Un ange qui trébuche encore sur son pied,

Mon esprit s'abandonne à ces routes divines

Qui le mènent tout droit aux troupes chérubines ;

Soit qu'entendant gronder au dehors le grand bruit

Du rêveur Océan qui parle dans la nuit,

J'aille prêter l'oreille à son beau monologue,

Et que, suivant dans l'air sa parole qui vogue.

Je découvre qu'il parle à Dieu qui l'a dompté

Et qu'il tient dialogue avec l'Eternité !

Le Val de l'Arguenon, 18 novembre i833.

La grève dont parle cette poésie est l'anse de Vauvert, dont on fait la description dans un sonnet qui ouvre la Thébaïde des Grèves.

(Note de M. Morvonnais.)

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