‹ Maurice de GuérinChapitre 98 sur 125 · I. A Eugénie · texte numérisé non relu

I. A Eugénie

LE BENARRY ' 283

Chant que j'aimais, la longue absence De mon cœur l'avait effacé !

Hélas ! tant de bruits ont passé Sur les accoi'ds de mon enfance !

Quand mon cœur en la bénissant Salua ma terre chérie, Quand je respirai palpitant L'air embaumé de la patrie,

Et que mon œil suivait aux Gieux Du soleil la dernière flamme.

Un son réveilla dans mon àme Un souvenir mélodieux.

A ces accents si pleins de charmes Ma lèvre un instant a souri.

Mes yeux se sont remplis de larmes :

J'ai salué le Benarry.

Petit oiseau, tes chants à peine Sur nos coteaux sont entendus, Et peut-être sont-ils perdus Pour une àme autre que la mienne.

Gomme un instrument égaré, Ta voix harmonieuse et pure Dans le concert de la nature Elève son hymne ignoré.

Comme toi, quand le jour expire. Quand tout semble se recueillir.

Mes doigts demandent à la lyre Quelque mélodieux soupir.

Comme toi, des chants de tristesse J'aime la plaintive douceur, Car j'ai dans l'àme moins d'ivresse Que de soupirs et de douleur ;

Et modeste comme la tienne, Parmi les voix de l'univers, Ma voix s'exhale dans les airs Sans qu'aucune âme la comprenne.

Mais peut-être il s'éveillera.

L'écho de ma lyre plaintive, Peut-être à l'oreille attentive Mon hymne se réveillera.

Peut-être une âme que je rêve Un jour répétera mon nom.

Pleine des hymnes que j'achève Dans la retraite du vallon.

Adieu Rayssac, adieu, montagnes I Adieu vallons où j'ai chanté, Beaux lieux où de douces compagnes Me versaient la félicité.

Adieu ! du départ sonne l'heure.

Mais, près de partir sans retour.

Mon cœur attristé qui vous pleure, Me dit : Restons encore un jour I

Copié sur autographe, — sauf les deux dernières strophes écrites d'une autre main. Ces deux strophes sont ajoutées. Un petit trait les sépare des précédentes. Font-elles partie du Benary ?

(Note de Chopin.)

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