‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 105 sur 141 · L HYMNE DU VOYAGEUR · texte numérisé non relu

L HYMNE DU VOYAGEUR

Le bout d'aile d'un sylphe errant parmi la flamme, Qui jette en voltigeant à pleine main dans l'âme Et dans le fond du cœur

Mille rêves choisis, mille douceurs exquises. Mille parfums plus doux que la foule des brises

Courant parmi les bois :

Et dans les cicux ' et l'âme où leur demeure est douce. Lèvent, comme Zéphir se cachant dans la mousse.

Mille charmantes voix.

Mais tandis que je vais au fil des causeries Enchaînant bien des mots et des choses fleuries

Et ce que j'ai de mieux.

Une plainte s'élève en cette jiart de l'âme Où les bonheurs couchés laissent un peu de flamme.

Comme le soir aux cieux ;

Au fond de moi je chante une hymne de tristesse, Car tout bonheur éteint au sein de l'âme laisse

Un regret pour chanter. Et je fais aussitôt courir, courir ma plume Car je sens en mon cœur l'hymne qui se rallume

Et le vent s'agiter.

Qui portera ma voix où je veux que demeure

Tout trésor de mon cœur, soitqu"il chante ou qu'il pleure.

Vers les séjours heureux Qui na'ont fait plus rêver à la bonté des âmes Que ne peut dans mon sein jeter le bruit des lames

De rêves glorieux ^

Le Val de l'Arguenon, novembre iS33.

Ces stances se rattachent à la pièce qui, dans la Thcbaïde des Grèves, a pour titre : Dispersion. Cette pièce devait être et elle sera désormais dédiée à Maurice et à un autre ami do Maurice, M. Paul Quemper.

(Note di' M. Morvonnais.) 1. Le cœur, dans la copie de M. de M;!rzan.

AIAUUICE ])E GLERIN

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