‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 107 sur 141 · AUX GRÈVES DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

AUX GRÈVES DE BRETAGNE

Un grand pli, recueillir parmi les fleurs écloses

La fleur d'entre les lis, la fleur d'entre les roses ;

Puis donne un grand coup d'aile, essayant si tu peux

Dérober quelques fleurs au beau jardin des cieux.

Et puis ayant fini ton voyage et ta quête.

Redescends vite avec l'odorante conquête.

Jette là ta chaussure et foulant le parquet

Avec tes pieds tout nus, tes pieds blancs comme lait.

Vers ce berceau qui dort à côté de la mère,

Va délicatement, va, ma muse légère.

Encombrer ce berceau, lit d'un ange enfantin.

Et de lis et de roses et du plus beau jasmin.

Puis regagne aussitôt le plus prochain nuage.

Ne laissant en ces lieux de ton soudain passage

Que des fleurs durant peu, mais dont la douce odeur

Se réfugie et vit longtemps au fond du cœur.

Le Val de l'Arguenon, i5 novembre i833.

L'Arguenon est une petite rivière de Bretagne qui baigne les tours en ruines du Guildo.

{Note de M. Morvonnais.)

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