A. DES ENFANTS
Que ne peut-on voir la nacelle Raser toujours des bords riants, La fleur demeurer toujours belle.
Et vous rester petits enfants.
Quand votre ame venant d'éclore S'ouvre à peine aux rayons des deux.
Quand sous les teintes de l'aurore Le monde encor s'offre à vos yeux.
Quand au lieu des sources amères
Var. Oh! pour moi maintenant toute affection humaine N'est que poussière auprès de l'or :
De la tendresse souveraine Il me faut l'immense tri'-sor; Dans l'Océan j'ai soif encore Mais, Jésus, etc.
302 MAURICE DE ULÉKLN
OÙ l'hoinine, hélas! boit chaque jour.
Suspendus au sein de vos mères \ ous vivez de lait et d'amour, El pour dormir allez près d'elles Plier vos bras dans vos berceaux, Ainsi que les petits oiseaux Dans leur nid vont plier leurs ailes, Et que sur votre front vermeil Sans que le jour laisse de trace.
Comme vme (leur s'ouvre au soleil On voit s'épanouir la grâce.
Mais bientôt... ô pauvres enfans.
De pitié mon àmc s'inonde Quand je vois en si peu de temps Se faner votre Icte blonde, Moins de baisers sur votre joue Et vos petites dents tomber Comme un collier qui se dénoue.
Et quand au lieu de l'air si doux Qui parfumait votre visage.
Vous respirez un air d'orage El que vous pleurez comme nous.
O ïTion Dieu, pnisqu'à cette épreuve Tu condamnes tous les humains.
Et qu'il faut que chacun s'abreuve Au calice offert de tes mains,
— Ah ! du moins, ô Dieu notre père, Pour les consoler sur leur sein.
Laisse aux enfans, laisse leur mère, Qu'aucun d'eux ne soit orphelin ; C'est douleur dont rien ne console.
Que jamais n'cfTace le temps :
Le nom de mère me désole A chaque fois que je l'entends.
El cependant quand je la pleure.
Sois béni, Dieu terrible et bon, .Te vois le ciel pour sa demeure
) Et vous voyez une prison.
A GEORGE S AND 3o3
Ce qui fait que les âmes pures
Se plaisent au milieu de vous,
Que Dieu vous prend sur ses genoux
Et dit : « Petites créatures,
Rien n'entre au ciel que comme vous. »
Vous, nobles orphelins, enfants de l'héroïne Dont les hauts faits de mère étonnent les héros, Femme-Roi devant qui tout monarque s'incline La couronnant de ses travaux.
A l'A.utelr d'une notice sur Maurice de Guérin * Publiée dans la Revue des Deux-Mondes.
Quelle voix m'est venue à travers la forêt,
Grande et magnifiant un nom qu'elle profère.
Comme un Génie en deuil qui pleure sur un frère.
Comme une harpe d'or chantant sous les cyprès ?
Et ce nom et ce chant du sommet des montagnes
Font bruit avec éclat jusque dans nos campagnes ;
J'ai pour les écouter laissé le soin des fleurs.
Et colombes et tout, et je verse des pleurs.
Ah I c'est qu'il était né dans ce séjour champêtre.
Que tout ce qu'on y voit porte deuil de sa mort.
Que jamais on ne rentre et jamais on ne sort
Qu'avec son souvenir que tout objet amène.
Ici sont ses rosiers, son treillis, sa fontaine
Où comme un cygne, enfant, il plongeait son pied nu.
Et malade, plus tard, sur ces bords revenu.
Pour tempérer la fièvre aux ardeurs dévorantes.
Sans cesse il demandait ses eaux rafraîchissantes.
Là sont ses champs de blé, de mais et de lin,
Et les sentiers tracés comme des rêveries
Qu'il parcourait le soir dans les pentes fleuries.
Et la mousse au repos lui servant de coussin,