OO MAURICE DE GLKIUN
« O ma sœur, que je te suis donc fatal ! Ce n'est pas assez de faire si souvent couler tes larmes, j'ai manqué te donner la mort, j'ai manqué l'immoler dans ces bois comme la colombe, maudit chasseur ! Maudite soit l'arme perfide et meurtrière 1 Je l'ai jetée pour jamais loin de moi. Jamais la main de ton frère ne touchera un fusil. Comment le plomb mortel est-il parti ? Et comment n'a-t-il fait que déchirer ta robe sans l'atteindre ? Dieu l'a préservée. Sans ce prodige, il y aurait eu deux lombes : ô chère sœur, je ne t'aurais pas survécu. »
Ce séjour de plusieurs mois fortifia encore, entre le frère et la sœur, les liens d'une nature si rare créés par leur longue séparation. Le 19 octobre, Maurice, rentré à Paris, prend possession de sa chambre d'étudiant jiarisicn « avec autant de fierté qu'un prince qui reçoit l'investiture de son royaume ». Il raconte son voyage de retour : cinq jours et quatre nuits, de Toulouse — où il est reçu par Mademoiselle Coutaud — jusqu'à Paris, avec un court arrêt à Limoges. Maintenant, il s'agit d'organiser sa vie nouvelle. Ses cousins Raynaud, Auguste et Victor ^, lequel vient d'être très malade, continuent d'être pour Guérin de précieux soutiens. On déguste chez le premier « les gimblettes de Lili et la gelée de coing de Coacouroucounos <> qu'il a rapportées du Cayla : joyeux dîner qu'il raconte avec entrain. Visites à MM. Augcr et Buquet, au collège Stanislas. Sa première lettre à Eugénie (7 nov. 1829) renferme un parallèle assez piquant entre la vie de Paris et
t. M. Auguste Raynaud, professeur au collège Bourbon, correspondant de Guérin à Paris. Victor Raynaud, son frère,, mourut deux mois plus tard.