LAMENNAIS ET SON DISCIPLE
C'était à peu près le nombre que la maison pouvait contenir.
Qu'on relise ici la description si remarquable du domaine qui fait partie de la lettre du i4 décembre, adressée à M. de Guérin ' : « Nous sommes entourés, cernés, pressés et comme étouffés par les bois... », et aussi le portrait saisissant de l'auteur des Affaires de Rome :
« Petit, grêle, pâle, yeux gris, tête oblongue, gros nez et long, le front profondément sillonné de rides qui descendent entre les deux sourcils jusqu'à l'origine du nez ; tout habillé de gros drap gris des pieds à la tète, courant dans sa chambre à fatiguer les jeunes jambes, et quand nous sortons pour la promenade, marchant toujours en tête, coifTé d'un mauvais chapeau de paille aussi vieux et aussi usé que celui de Charles de Bayne. »
La conversation initiale du maître et de l'élève fut pleine de variété et d'entrain : elle roula sur les compagnons de voyage du nouvel hôte, son âge, les hautes marées à Saint-Malo, Calderon, la manière de pêcher les huîtres, la poésie catholique, Hugo, et enfin sur les poissons les plus remarquables de la côte de Bretagne. On devine par là quelle immense curiosité l'entretien d'un tel homme devait susciter chez ses disciples.
Maurice s'acclimate rapidement. Ses yeux se familiarisent avec les landes épineuses et les forêts couleur de rouille. Il doit y avoir, observe-t-il une