AMAÏDÉE
précédent. A cet égard, les pages brûlantes d' Amendée apportent un témoignage d'un prix inestimable. Qu'on veuille bien se reporter aux déclarations de Somegod ^ et l'on y trouvera la profession de foi « naturiste » la plus saisissante qu'on puisse rêver. Somegod s'adresse à Amaïdée :
« ... Parce que, ma pauvre Lesbienne, tu ne voyais sur les rivages que les voyageurs entraînés par toi au fond des bois, parce que, dans tes nuits ardentes et vagabondes, tu ne relevas jamais ton voile pour admirer l'éclat du ciel, est-ce à dire, ô Amaïdée ! qu'il n'y avait à aimer que ce que tu aimais ? Est-ce qu'auprès de l'homme, il n'y avait pas la Nature ? Est-ce à dire que toutes les adorations de l'àme finissaient toutes à l'amour comme tu le concevais ? Eh bien, moi, j'aimai la Nature, et toute ma vie fut dévorée par cette passion I Je l'aimai avec toutes les phases de vos affections inconnues et que j'entendais raconter... Ce ne fut d'abord qu'une douce rêverie au sein des campagnes... Je la revis avec des larmes, avec des bonheurs sanglotants et convulsifs... C'est qu'une passion tenait ma vie dans ses serres d'autour, et que les hommes les plus éloquents, dans leur culte de la Nature, n'en ont parlé que comme on parlerait de beauxarts. — Ils l'ont admirée, la grande Déesse, la Galalée immortelle, sur son piédestal gigantesque, mais ils n'ont jamais désiré l'en faire tomber pour la voir de plus près ! Ils n'ont jamais désiré clore avec la lave de leurs lèvres la bouche de marbre dédaigneusement entr'ouverte I... Ah ! exprimer l'Amour, cela vous est possible, mais moi, Amaïdée, je ne puis I Et tu me demandes où est ma poésie ? Elle est toute dans cet inexprimable amour, qui l'a clouée, comme la foudre, au fond de mon àme, où elle se débat et ne peut mourir... Vous, du moins, vous pouvez vous saisir, vous rapprocher, mêler vos souffles et féconder vos longues étreintes ; mais moi... Posséder ! crie du fond ténébreux de nous-même