‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 82 sur 141 · RUE DU CHERCHE-MIDI · texte numérisé non relu

RUE DU CHERCHE-MIDI

aussitôt que je le pourrais. Cinq jours se passèrent et chaque soir c'était une véritable douleur de se séparer pour aller au loin à travers le froid chercher un gîte glacé, lorsqu'on avisa qu'il y avait dans la maison, dans une aile séparée, une petite chambre, une logette, suffisante pour un garçon comme moi qui ne traîne pas grand équipage. Sur le champ elle fut louée, meublée, ornée, garnie de tout ce qui peut faire aimer un intérieur d'étroite mesure. Tout le menu détail des attentions fines se trouve dans cette cellule : tapis, nattes, flacons, pro^^sions de sucre, enfin un oreiller rose de la main de Garo, pour le charme de mes rêves : c'est dans ce retrait parfumé que ma seigneurie vous écrit, assez semblable à un favori des fées.

Voilà plus de quinze jours que je suis arrivé et (grande marque de sagesse) je n'ai pas encore mis le bout du pied dar • le monde. Il ne dépendrait pourtant que de mon caprice d'aller montrer ma tête ronde (je me suis fait tondre comme un puritain) dans mes salons d'autrefois ; mais, adieu les caprices ; ils ne sont plus écoutés ou plutôt ils ont délogé, laissant la place à un esprit de constance et de recueillement dont je suis moi-même tout édifié. Entx-e ma tante et ma fiancée, mes soirées se passent, douces et promptes et sans autre incident fâcheux que le coup redouté de dix heures qui sonne notre séparation. Tu vois que je me range sans trop regimber à des habitudes meilleures, et j'espère que j'en i-ecevrai des compliments même de la part de Mimin '.

Hors mes amis intimes, Raynaud et M. Buquet, je n'ai vu personne. Nouveau saint, je vis dans le monde comme n'y étant pas, et je puis, au milieu de Babylone, dater mes lettres de la solitude. Je ne te donnerai donc d'autres nouvelles cette fois que celles de mes amis les plus proches. M. d'Aurevilly est encore souffrant ; il me prie de l'exprimer ses remercîments pour le souvenir de la poire. Hélas ! c'était la seule qui fût gâtée, mais cela n'ôte rien à la valeur qu'il y attache, et il n'attend qu'un peu de répit dans son mal pour te marquer lui-inême sa reconnaissance.

Autre bulletin de malade. J'ai trouvé les enfants de Ray-

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