‹ Maurice de GuérinChapitre 37 sur 44 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Non , ce n'est plus assez de la roche lointaine Où mes jours, consumés à contempler les mers, Ont nnurri dans mon sein un amour qui m'entraîee A suivre aveuiïiément l'attrait des flots amers. Il me faut sur le bord une grotte profonde, Que l'orage remplit d'écume et de clameurs, Où. quand le dieu du jour se lève sur le monde, L'œil règne, et se contente au vaste sein de l'onde , Ou suit à l'horizon la fuite des rameurs. J'aime Télhys : ses bords ont des sables humides; La penie qui m'attire y conduit mes pieds nus; Son haleine a gonflé mes songes trop timides, Et je vogue en dormant à des points inconnus. L'amour qui, dans le sein des roches les plus dures, Tire de s )n sommeil la soucce ae^ ruisseaux, Du désir de la mer émeut ses faibles eaux, La conduit vers le jour par des veines obscures, Et qui, précipitant sa pente et ses murmures, Dans l'abime cherché termine ses travaux :

1. Publié avec le Centaure par la fieinie di'x Deux Mondes (15 mai 18-10).

« Le Ctntnvie, qui est complet, et ce fragment de vers, qu'on pourra-'t in tiiler f,Mvciis, sont, disait George Sand, les seuls essais que nous ayons pu rucuuillir. i

C'est le iricn. Mon ck-slin s'incline vers la plage. Le socrel de mon mal est au sein de Tolliys. J'irai, je goûterai les plantes du rivage , Et peut-être en mon sein tomber? l*» breuvage Qui change en dieux des mers les nioitels engloulia Non, je transporterai mon chaume dos montagnes Sur la pente du sable, aux bords pleins de fraîcheur, Là, je verrai Téthys, répandant sa blancheur, A l'éclat de ses pieds entraîner ses compagnes, Là, ma pensée aura ses humides campagnes, l'aurai môme une barque et je serai pêcheur.

Ah! les dieux retirés aux antres qu'on ignore,

Les dieux secrets, plongés dans le charme des eaux.

Se plaisent h ravir un berger aux troupeaux ,

Mes regards aux vallons, mon souffle aux clialumeaux,

Pour charger mon esprit du mal qui le dévore.

J'étais berger; j'avais plus do hiilie brebis.

Berger je suis encor, mes brebis sont fidèles :

Mais qu'aux champs refroidis languissent les épis,

Et meurent dans mon sein les soins que j'eus pour ciicsl

Au cours de l'abandon je laisse errer leurs pas.

Et je me livre aux dieux que je ne connais pasl...

J'immolerai ce soir aux Nymphes des montagnes.

NympiK'^, diviiiilés dont lo pouvoir conduit

Les racines dos bois et le cours dos fontaines,

Qui nourrissez les airs de fécondes lialoines,

Et des sources que Pan entretient toujours pleines

Aux champs menez la vie à grands Ilots et sans brnif,.

Comme la nuit répand lo sommeil dans nos veines;

Dieux dos monts et dos bois, dieux nomm'''s ou cacliôs.

De qui le charme vient à tous lieux soliinires, V.l toi, dieu des bcri^ers à ces lieux attachés, Pan, qui dans les forais m'entr' ouvris tes mvstère Vous tous, dieux de ma vie et que j'ai tant aimés, t)c vos bienfaits en moi réveillez la mémoire, Tour m"ôt(M- ce |j;micIi l'U et nvir la victoire Aux perfides attraits dans li mer enfermés. Comme un fruit suspenflu dans l'ombre du feuillage. Mon destin s'est formé dans l'épaisseur des bois. J'ai grandi, recouvert d'une chaleur sauvage, El le venl qui rompait le tissu de l'ombrage nie découvrit le ciel pour la première fois. Les faveurs de nos dieux m'ont touché dès l'enfance^ Mes plus jeunes regards ont aimé le- forêts, Et mes plus jeunes pas ont suivi le silence Qui m'entraînait bien loin dans l'ombre et les secrets. Mais le jour où, du haut d'une cime perdue, Je vis (ce fut [)0ur moi comme un brillant réveil!) Le monde parcouru par les feux du soleil. Et les champs et les eaux couchés dans l'étendue, L'étendue enivra mon esprit et mes yeux; Je voulus égaler mes regards à l'esiiacc, El p'jssoder sans borne, en égarant ma trace, L'ouverture des champs avec celle des cieux. Aux bergers appartient l'espace et la lumière En parcourant les monts ils épuisenl le jour; ils sont chers à la nuit, qui s'ouvre tout entière A leurs pas inconnus, cl laisse leur paupière Ouverte aux feux |)erdus dans leur profond séjour. Je courus aux bergers, je reconnus leurs fêtes, Je marchai, je goûtai le charme des troupeaux; Et, sur le haut des monts comme au sein des retraites Les dieux, qui m'attiraient dans leurs faveurs secrètes, Dans dîs pièges divins i)rv.-naient mes sens nouveaux

MO FOÈMBS.

Dans les réduits secrets que le gazon recèle, Un ver du jour éleinl recueillant les débris, Lors(iui' tout s'obscurcit, devient une élincello, El jiloin des traits pi^rdus de la (lainme éternelle Goùie encor le soleil dans l'ombre Oes ahris. Amsi. . . , . r . .

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