‹ Maurice Maeterlinck. Joyzelle: Pièce en 5 actesChapitre 33 sur 82 · ACTE U, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE U, SCÈNE III

recourbé comme une fleur prudente, tâle l'eau qui sourit en le cerclant de perles... Elle lève les bras pour nouer ses cheveux ; et la clarté du ciel coule entre ses épaules, comme une eau lumineuse sur des ailes de marbre... (Sapproehant davantage.) Elle est belle, elle est belle!... Il faut que je la voie... Voici qu'elle se retourne et l'un de ses seins nue, à travers ses cheveux, ajoute des rayons aux rayons qui l'assaillent... Elle écoute, elle entend ; et ses yeux agrandis interrogent les roses... Elle m'a vu, elle se

cache, elle va fuir... (Passant à travers la haie.) Non,

non, ne me fuis pas!... J'ai vu... II est trop tard !... (Prenant Arielle dans ses bras.) Je veux savoir le nom d'une vision si pure, qui plonge dans la nuit tout ce que j'ai aimé ! Je veux savoir aussi quelle ombre trop fidèle, quelle profonde retraite recelait la merveille que je liens dans mes bras!... Quels arbres, quelles grottes, quelles tours, quelles murailles pouvaient donc étouffer l'éclat de cette chair, le parfum de cette vie, la flamme de ces yeux?... Où doue te cachais-tu, toi qu'un aveugle même retrouverait sans peine

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dans une foule en fêle?... Non, ne m'écarte pas: ce n'est point la passion, l'ivresse d'un moment ; c'est l'éblouissement durable de l'amour!... Je suis à tes genoux que j'embrasse humblement... Je me donne à loi seule... Je ne suis plus qu'à toi... Je ne demande rien qu'un baiser de tes lèvres pour oublier le reste et sceller l'avenir... Que ta tête s'incline... Je la vois qui se penche, je la vois qui consent; et j'appelle le signe que rien n efface plus... (11 l'embrasse ardemment. On entend un cri de détresse derrière les buissons.) — Qu'est-ce?. ..

(Ârielle qu'il tenait embrassée se dégage, fuit et disparaît. — Entre Joyzellc.)

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