‹ Maurice Maeterlinck. Joyzelle: Pièce en 5 actesChapitre 78 sur 82 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

tout appris rien qu'en voyant mes yeux, mes mains, mou ombre même; et je ne pouvais pas le montrer mon bonheur... Tu devais l'ignorer jusqu'à la grande épreuve... Il fallu it que tu fisses une chose impossible... Laquelle?... Je' n'en sais rien; mais j'avais beau sourire, il a fallu céder; il m'a fallu attendre et compter patiemment les minutes de l'heure qui séparait aiusi deux ivresses sans patience... Mais maintenant j'accours, j'écoute, je veux savoir... Parle, parle, j'écoute...

Puisque tu es heureux, je suis heureuse, aussi... Je ne sais rien de plus... Je me réveilla à peine d'un songe plein d'horreur et incompréhensible...

Oui, ma pauvre Joyz( lie, le songe était horrible; mais le voilà vaincu, et l'épreuve est

passée en fondant un bonheur que plus rien ne menace, si ce n'est l'ennemie qui menace tous les hommes...

Mais quelle était enfin cette épreuve effroyable?...

Joyzelle te le dira dans les premiers baisers purs de toute inquiétude que vous échangerez après cette victoire. Ils voileront bien mieux que mes pauvres paroles ce qui, dans cette épreuve, parait impardonnable... Elle était dangereuse et presque insurmontable... Joyzelle pouvait choisir une voie différente... Elle aurait pu céder, se sacrifier elle-môme, sacrifier son amour, désespérer, que sais-je?... Elle n'aurait pas été la Joyzelle attendue... Il n'était qu'un sentier tracé par le destin ; elle s'y est engagée, la suivi jusqu'au bout, et t'a sauvé la vie en sauvant son amour...

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