LA ROUTE D'ERDEVEN; MORBIHAN
Il a donc apporté son œuvre à son époque, mais il l’a produite en dehors des divers courants qui ont entraîné les esprits pendant cette époque d’engouements violents et rapides, mais dénués de profondeur. Cette œuvre ne s'en rattache que mieux aux chaînons ininterrompus qui donnent son admirable continuité à l’art français.
C'est une des raisons qui devaient, dans la seconde partie de sa carrière, le pousser à se jeter avec passion dans des campagnes pour l’art régionaliste et spécialement celui des terres bretonnes. Il s’y sentit dans sa patrie d'adoption, et loin de renier sa ville natale, il aimait à soutenir que l'influence de Nantes s’étendait entre les deux mers, l'Océan et la Manche, depuis Lorient jusqu’à Saint- Malo. Cela, peut-être, contre les Nantais qui, « dès que l’on a passé l’embranchement de Savenay », disent qu'on va en Bretagne, et contre les Bretons qui, pourtant, ne lui tinrent pas rigueur, bien au contraire, en considération de la ferveur avec laquelle il combattit pour leurs traditions et s’'inspira de leur nature; double façon de se faire naturaliser.
— J'avais presque trente ans, disait-il, quand, pour la première fois, à part quelques fugues hors du pays nantais, je vins dans la partie finistérienne de la Bretagne, celle qui, avec les Côtes-du-Nord, reflète le plus l’état d'âme breton. |
« Ces régions diffèrent profondément. Le climat de la Loire-[nférieure n'offre pas plus de rapports avec l’autre que la langue et les mœurs si profondément celtiques des pays du Nord.
« La culture n’a aucune ressemblance; la vigne y est prospère, et $1 le Sarrasin y pousse “iltnamesteeneess cultivé que dans de très petites parties.
«Le ciel bleu :de’lin, si doux, chamarrésdennusces blanchâtres, diffère beaucoup de celui, plus intense dans l'indigo, ou dans le noir, avec des blancs brutaux, qui marque la délimitation vers le Nord.
« La différence est telle, que le“voyaseur. "quil
redescende du Nord vers le Sud, ou, qu’au contraire, il monte vers les pays septentrionaux, est complètement dépaysé et se croit transporté en pays étranger. »