I. Voir l'Appendice, pages 5 7 et
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chefoucauld, sans tomber dans les pièges que la funeste amitié du duc tendit avec succès à plusieurs de ses contemporaines. Dans ces mêmes pensées, exprimées souvent en termes analogues, perce toujours la différence qui existe entre le langage d'une femme indulgente^ qui parle avec son cœur, et les jugements systématiquement sévères d'un homme égoïste^ uniquement guidé par son orgueil. Madame de Sablé n'a pas, comme son illustre contemporain, le défaut de tout généraliser et de faire la règle de ce qui n'est que l'exception. Elle est d'ailleurs plus disposée à voir dans r humanité des défauts que des vices; pour elle nos travers sont toujours un sujet d'étude, mais jamais une satisfaction maligne.
« Les sotises d'autruy^ dit-elle, nous a doivent estre plûtost une instruction a qu'Hun sujet de nous moquer de ceux « qui les font. — On s'instruit aussi « bien par le défaut des autres que par
« leur instruction. Vexemple de rim- « perfection sert quasi autant à se a rendre parfait que celujr de V habileté (c et de la perfection. »
Mais^une fois la part faite aux qualités du cœur, nous ne pousserons pas notre admiration pour Madame de Sablé jUsqu^à la comparer à La Rochefoucauld pour la noblesse du style ou la grandeur de la pensée. Plus ingénieuse que profonde, elle descend volontiers dans de petits détails qui accusent sans doute une exquise sensibilité; mais elle ne conçoit pas les vues d^ ensemble.
Sa dix-huitième maxime nous offre un exemple remarquable de ce manque de largeur dans les idées. Parlant du plaisir secret que nous éprouvons parfois à la vue des plus tristes et des plus terribles événements, elle attribue ce sentiment à la « malignité naturelle qui est en nousn. Ici Madame de Sablé n'a vu le cœur humain qu'à la
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surface, et son regard, faute de poupoif y pénétrer plus avant, s'est égaré. Lucrèce, qu'ion ne s'attendait peut-être pas à voir figurer ici, et que Madame de Sablé serait bien excusable de n'avoir pas lu, avait été, lui aussi, frappé de cette particularité de notre nature; mais^ avec le coup d*ml infaillible du génie, il en aperçut la véritable cause, et l'expliqua ainsi dans les quatre vers par lesquels débute si majestueusement son deuxième livre De la Nature deô choses :
SuavCi mari magno^ turbaqtibus aquora yentis, E terra magnum alterios spectare laborem :
- Non quia Tezari quemquam est jucunda voluptat, Sed quibus ipse malis careas quia cernere suaye est.
Voilà certes une belle maxime, largement conçue et grandement exprimée, et que le duc de La Rochefoucauld lui-^même n'eût pas été fâché de rencon-trer sous sa plume.
Madame de Sablé nest pas d'ailleurs un écrivain; ses maximes ne fu-
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rent jamais par elle destinées à l'impression. Elle en écrivit parce que tout le monde dans sa société en écrivait; c'était la mode du temps, et l'on se plaisait volontiers à cet exercice, qui n^ était alors, à vrai dire, qu'un jeu de société : on faisait des maximes à peu près comme on a fait plus tard des charades. Aussi, tout en sachant gré à l'abbé d'Ailly de nous avoir fait connaître les Maximes de Madame de Sablé {moins peut-être pour rendre hommage à une ancienne amie que pour glisser les siennes à la suite de celles de la marquise)^, gardons-nous bien d'y chercher autre chose que ce que
I. C'était alors le beau temps des Maximes et Pensées, L^abbé d'Ailly en avait fait, comme tant d'autres, et il fut bien aise de les montrer aux gens à la faveur de celles de M">* de Sablé. Il s'excuse modestement de se produire ainsi au grand jour, disant que ses pensées « sont d'un des amis particuliers de la Marquise » , et que « c'est elle en quelque façon qui les a fait naître ».
Nous pourrons publier ces maximes de d'Ailly,
nous devons raisonnablement y trouver.
Voyons-y seulement les pensées d'une femme vertueuse^ d'un grand cœur et d'un grand esprit, qui se plaisait à fixer sur le papier le résultat de ses réflexions de chaque jour^ et qui, dans ces confidences destinées à elle seule ou à ses amis intimes, ne dut jamais viser à cette perfection de style quelle aurait cherchée, et sans doute rencontrée, si elle avait pensé affronter un jour le jugement du public.
Les maximes de Madame de Sablé furent d'ailleurs très-goûtées dans le cercle qui s^ était formé autour d'elle; il en est souvent question dans les correspondances de ses amis ' ; et si Von
ainsi que celles d*Esprit, de Domat et d'autres petits-moralistes peu connus de la même époque, qui sont comme les satellites de Pascal et de La Rochefoucauld.
I. Voir, entre- autres, dans notre publication spécimen : Huit Lettres de Madame de Lafayette à Madame de Sablé, la lettre III. .
doit attribuer une partie de leur succès au charme que la marquise répandait autour d'elle^ et qui s'attachait à tout ce qui venait d'elle, il faut bien aussi leur reconnaître un véritable mérite, indépendant de qualités personnelles de l'auteur. Enfin, si Madame de Sablé ne fut pas un écrivain comme l'était son amie Madame de Lafayette, elle contribua puissamment, par la direction quelle sut donner à sa société, au mouvement littéraire de son époque.
« Toute la littérature des maximes et « des pensées^ dit M. Cousin, est sortie « du salon d'une femme aimable re- « tirée dans le coin d'un couvent * , « qui, n'ayant plus d'autre plaisir que « celui de revenir sur elle-même, sur « ce qu'elle avait vu et senti, sut donner
I. Port-Royal dé Paris, où M"»* de Sablé, éprouvée par des chagrins de famille et des revers de fortune, alla fixer son séjour, et où se forma autour d'elle la société de beaux esprits dont elle devint le guide et l'arbitre.
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(c ses goûts à sa société, dans laquelle (c se rencontra par hasard un homme « de beaucoup d'esprit^ qui avait en « lui l'étoffe d'un grand écrivain. »