CLXXXVII I
Il y a des crimes qui deviennent innocents et même glorieux par leur éclat, leur nombre et leur excès. De là vient que les voleries publiques sont des habiletés , et que prendre des provinces injustement s’appelle faire des conquêtes.
Nous avouons nos défauts pour réparer par notre sincérité le tort qu’ils nous font dans l’esprit des autres.
Il y a des héros en mal comme en bien.
MORALES
On ne méprise, pas tous ceux qui ont des vices ; mais on méprise tous ceux qui n’ont aucune vertu.
Le nom de la vertu sert à l’intérêt aussi utilement que les vices.
La santé de l’ame n’est pas plus assurée que celle du corps ; et quoique l’on paroisse éloigné des passions , on n’est pas moins en danger de s’y laisser emporter que de tomber malade quand on se porte bien.
Il semble que la nature ait prescrit à chaque homme dès sa naissance des bornes pour les vertus et pour les
vices.
Il n’appartient qu’aux grands hommes d’avoir de grands défauts.
On peut dire que les vices nous attendent dans le cours de la vie comme des hôtes chez qui il faut successivement loger; et je doute que l’expérience nous les fit éviter s’il nous étoit permis de faire deux fois le même chemin.
Quand les vices nous quittent , nous nous flattons de la créance que c’est nous qui les quittons.
Il y a des rechutes dans les maladies de l’ame comme dans celles du corps.
Ce que nous prenons pour notre guérison n’est le plus souvent qu’un relâche ou un changement de mal.
Les défauts de l’ame sont comme les blessures du corps : quelque soin qu’on prenne de les guérir , la cicatrice
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MORALES. 4g
paroît toujours, et elles sont à tout moment en danger de se rouvrir, c c.
Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est que nous en avons plusieurs.
Nous oublions aisément nos fautes lorsqu’elles ne sont sues que de nous.
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Il y a des gens de qui l’on peut ne jamais croire du mal sans l’avoir vu ; mais il n’y en a point de qui il nous doive surprendre en le voyant, f
Nous élevons la gloire des uns pour abaisser celle des autres; et quelquefois on Ioueroit moins M. le Prince et M. de Turenne, si on ne les vouloit point blâmer tous deux.
RKFLEXIOHS C C I V.
Le désir de paroître habile empêche souvent de le devenir.
La vertu n’iroit pas si loin si la vanité ne lui tenoit compagnie.
Celui qui croit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de tout le monde se trompe fort; mais celui qui croit qu’on ne peut se passer de lui se trompe encore davantage.
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Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent leurs défauts aux autres et à eux-mêmes. Les vrais honnêtes gens sont ceux qui les commissent parfaitement et les confessent.