‹ Maximes et réflexions morales du duc de La RochefoucauldChapitre 22 sur 36 · CC X X X I X · texte numérisé non relu

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Quelques prétextes que nous donnions à nos afflictions , ce n’est souvent que l’intérêt et la vanité qui les causent.

Il y a dans les afflictions diverses sortes d’hypocrisie. Dans l’une, sous prétexte de pleurer la perte d’une personne qui nous est chere , nous nous pleurons nous-mêmes ; nous pleurons la diminution de notre bien , de notre plaisir, de notre considération; nous regrettons la bonne opinion qu’on

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a voit de nous. Ainsi les morts ont l’honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je dis que c’est une espece d’hypocrisie , parceque dans ces sortes d’afflictions on se trompe soi-même. Il y a ‘une autre hypocrisie qui n’est pas si innocente , parcequ’elle impose à tout le monde ; c’est l’affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d’une belle et immortelle douleur. Après que le temps, qui consume tout, a fait cesser celle qu’elles avoient en effet, elles ne laissent pas d’opiniâtrer leurs pleurs , leurs plaintes et leurs soupirs ; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader par toutes leurs actions que leur déplaisir ne finira qu’avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d’ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur •exe leur ferme tous les chemins qui

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mènent à la gloire , elles s’efforcent de se rendre célébrés par la montre d’une inconsolable affliction. Il y a encore une autre espece de larmes qui n’ont que de petites sources , qui coulent et se tarissent facilement : on pleure pour avoir la réputation d’être tendre ; on pleure pour être plaint ; on pleure pour être pleuré; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas.

Dans l’adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons souvent quelque chose qui ne nous déplaît pas.

Nous nous consolons aisément des disgrâces de nos amis lorsqu’elles servent à signaler notre tendresse pour eux.

Il semble que l’amour-propre soit

la dupe de la bonté, et qu il s’oublie lui - même lorsque nous travaillons pour l’avantage des autres. Cependant c’est prendre le chemin le plus assuré pour arriver à ses fins ; c’est prêter à usure sous prétexte de donner ; c est enfin s’acquérir tout le monde par un moyen subtil et délicat.

Nul ne mérite d’être loué de sa bonté s’il n’a pas la force d’être méchant ; toute autre bonté n’est le plus souvent que paresse ou impuissance de la volonté.

Il n’est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien.

ccxtvi.

Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands, parcequc nous la regardons comme un effet de notre

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mérite, sans considérer qu’elle ne vient ». le plus souvent que de vanité ou d’im-

puissance de garder le secret.

CCXtVII.

On peut dire de l’agrément séparé de la beauté, que c’est une symmétrie dont on ne sait point les réglés , et un rapport secret des traits ensemble , et des traits avec les couleurs et l’air de la personne.

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