CCXCVIII
II y a plus de défauts dans l’humeur que dans l’esprit.
Le mérite des hommes a sa saison aussi bien que les fruits.
On peut dire de l’humeur des
hommes comme de la plupart des bâtiments , qu’elle a diverses faces, les unes agréables et les autres déspgréables.
La modération ne peut avoir le mérite de combattre l’ambition et de la soumettre ; elles ne se trouvent jamais ensemble. La modération est la langueur et la paresse de l’ame, comme l’ambition en est l’activité et l’ardeur. C C C I I.
Nous aimons toujours ceux qui nous admirent, et nous n’aimons pas toujours ceux que nous admirons, c c C I I I.
Il est difficile d’aimer ceux que nous n’estimons point; mais il ne l’est pas moins d’aimer ceux que npus estimons beaucoup plus que nous.
Les humeurs du corps ont un coin s
MORALES
ordinaire et réglé qui meut et tourne imperceptiblement notre vplonté :
elles roulent ensemble, et exercent successivement un empire secret en *
nous ; de sorte qu’elles ont une part considérable à toutes nos actions, sans que nous le puissions connoître.
La reconnoissance dans la plupart des hommes n’est qu’une forte et sécrété envie de recevoir de plus grands bienfaits.
Presque tout le monde prend plaisir à s’acquitter des petites obligations : beaucoup de gens ont de la reconnoissance pour les médiocres ; mais il n’y a presque personne qui n’ait de l’ingratitude pour les grandes.
CCGVII.,
Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses.
Assez de gens méprisent le bien, mais peu savent le donner.
Ce n’est d’ordinaire que dans de petits intérêts que nous prenons le hasard de ne pas croire aux appa-
rences.
Quelque bien qu’on nous dise de nous , on ne nous apprend rien de
nouveau.
Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient; mais nous ne pouvons pardonner à ceux que nous en-
nuyons.
L’intérêt, que l'on accuse de tous noscrimes, mérite souvent d’être loué de nos bonnes actions,
MORALES
On ne trouve guere d’ingrats tant qu’on est en état de faire du bien, c c c x i v.
Il est aussi honnête d’être glorieux avec soi-même qu’il est ridicule de l’être avec les autres.
On a fait une vertu de la modération, pour borner l’ambition des grands hommes, et pour consoler les gens médiocres de leur peu de fortune et de leur peu de mérite.
Il y a des gens destinés à être sots , qui ne font pas seulement des sottises par leur choix , mais que la fortune même contraint d’en faire.
Il arrive quelquefois des accidenta dans la vie, d'où il faut être nn peu fou pour se bien tirer. .
CCCXVI1I. j
S’il y a des hommes dont le ridicule n’ait jamais paru , c’est qu’on ne l’a pas bien cherché.
Ce qui fait que les amants et le* maîtresses ne s'ennuient point d’être ensemble, c’est qu’ils parlent toujours d’eux-mêmes.
Pourquoi faut -il que nous ayons assez de mémoire pour retenir jusqu’aux moindres particularités de ce qui nous est arrivé, et que nous n’en ayons pas assez pour nous souvenir combien de fois nous les avons contées à la même personne?
L’extrême plaisir que nous prenons à parler de nous -mêmes nous doit faire craindre de n’en donner guere à ceux qui nous écoutent.
MORALES
Ce qui nous empêche d’ordinaire de faire voir le fond de notre cœur à nos amis n’est pas tant la défiance que nous avons d’eux que celle que nous avons de nous-mêmes.
Les personnes foibles ne peuvent être sincères.
Ce n’est pas un grand malheur d’obliger des ingrats ; mais c’en est un insupportable d’être obligé à un mal-honnête homme.
On trouve des moyens pour guérir de la folie , mais on n’en trouve point pour redresser un esprit de travers.
On ne sauroii conserver long- temps les sentiments qu’on doit avoir pour «es amis et pour ses bienfaiteurs si ou
se laisse la liberté de parler souvent de leurs défauts.
cfccxxvn.
Louer les princes des vertus qu’ils n’ont pas , c’est leur dire impdhément des injures.
CCCXXVIÎI.
Nous sommes plus près d’aimer ceux qui nous haïssent que ceux qui nous aiment plus que nous ne voulons.
Il n’y a que ceux qui sont méprisables qui craignent d’être méprisés.
Notre sagesse n’est pas moins à la merci de la fortune que nos biens.
Il y a dans la jalousie plus d’amourpropre que d’amour.