‹ Maximes (volume 2)Chapitre 44 sur 85 · CCXLVIII · texte numérisé non relu

CCXLVIII

La magnanimité méprise tout pour avoir tout.

Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix, dans les yeux et dans l'air de la personne, que dans le choix des paroles.

La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut et à ne dire que ce qu'il faut.

Il y a des personnes à qui les défauts siéent

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bien, et d'autres qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualitez.

Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu'il est extraordinaire de voir changer les inclinations.

L'interest met en œuvre toutes sortes de vertus et de vices.

L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission dont on se sert pour soumettre les autres : c'est un artifice de l'orgueil qui s'abaisse pour s'élever; et, bien qu'il se transforme en mille manières, il n'est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lors qu'il se cache sous la figure de l'humilité.

Tous les sentimens ont chacun un ton de voix, des gestes et des mines qui leur sont

REFLEXIONS MORALES gS

propres; et ce rapport, bon ou mauvais, agréable ou desagréable, est ce qui fait que les personnes plaisent ou déplaisent.

Dans toutes les professions, chacun affecte une mine et un extérieur pour paroistre ce qu'il veut qu'on le croje. Ainsi on peut dire que le monde n'est composé que de mines.

La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts de l'esprit.

Le bon goust vient plus du jugement que de l'esprit.

Le plaisir de l'amour est d'aimer, et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on donne.

La civilité est un désir d'en recevoir et d'estre estimé pol y.

L'éducation que l'on donne d'ordinaire au jeunes gens est un second amour propre qu'on leur inspire.

Il n'y a point de passion où l'amour de soymesme règne si puissamment que dans l'amour; et on est toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu'on aime qu'à perdre le sien.

Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent que la vanité de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons.

La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d'autruy; c'est une habile prévoyance des malheurs où nous pouvons tomber : nous donnons du secours aux autres pour les engager à nous en donner en de semblables occasions; et ces services que

nous leur rendons sont, à proprement parler, des biens que nous nous faisons à nous-mesmes par avance.

La petitesse de l'esprit fait l'opiniastreté, et nous ne croyons pas aisément ce qui est au delà de ce que nous voyons.

C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes passions, comme l'ambition et l'amour, qui puissent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas d'en estre souvent la maistresse : elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consume insensiblement les passions et les vertus.

La promptitude à croire le mal sans l'avoir assez examiné est un effet de l'orgueil et de la paresse : on veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d'examiner les crimes.

La Rochefoucauld. 1 3

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