DE L'AIR ET DES MANIERES
naître celui qui nous estamaturelgn’en point sortir, et le perfectionnemautant qu'il nous est possible.
Ce qui fait que la plupart des petits enfants plaisent, c'est qu’ils sont encore renfermés dans cet air et dans ces manières que la nature leur a donnés, et qu’ils n’en connaissent point d’autres. Ils les changent et les corrompent quand ils sortent de l'enfance : ils croient qu'il faut imiter ce qu’ils voient faire aux autres, et ils ne le peuvent parfaitement imiter; il y a toujours quelque chose de faux et d’incertain dans cette.imitation !. Ils n’ont rien de fixe dans leurs manières ni dans leurs sentiments; au lieu d'être en effet ce qu’ils veulent paraître, ils cherchent à paraître ce qu’ils ne sont pas. Chacun veut être un autre, et n'être plus ce qu’il est : ils cherchent une contenance hors d'eux-mêmes, et un autre esprit que le leur; ils prennent des tons et des manières au hasard; ils en font l'expérience sur eux, sans considérer que ce qui convient à quelques-uns ne convient pas à tout le monde, qu’il n’y a point de règle générale pour les tons et pour les manières, et qu'il n’y a point de bonnes copies. Deux hommes néanmoins peuvent avoir du rapport en plusieurs choses sans être copie l’un de l’autregsischacunisuit sonsnaturelæ mais personne presque ne le suit entièrement. On aime à imiter; on imite souvent, même sans s’en apercevoir, et on néglige ses propres biens pour des biens étrangers, qui d'ordinaire ne nous conviennent pas.
tellement en-nous-mêmes que nous n’ayons pas la liberté de-suivre-desexemplés; et de joindre à nous des qualités utiles ou nécessaires que la nature ne nous a pas données : les arts et les sciences conviennent à la plupart de ceux qui s’en rendent capables, la bonne grâce et la politesse conviennent à tout le monde; mais ité
unionvavecnoswpropressqualités?, qui les étendent et les
augmentent imperceptiblement.
r. G : toute imitation (toutes les autres versions donnent cette). 2. G : nos qualités naturelles (toutes les autres versions donnent #05 propres qualités).
Nous-sommes-quelquefoissélevéssà un rang et à des dignitéswau-dessusmdemnous*, nous sommes souvent
engagés dans une profession nouvelle où la nature ne nous avait pas destinés ; tous ces états ont chacun un air qui leur convient, mais qui ne *convient pas toujours avec notre air naturel; ce changement de notre fortune change souvent notre air et nos manières, et y ajoute l’air de la dignité, qui est toujours faux quand il est trop marqué et qu’il n’est pas joint et confondu avec l’air que la nature nous a donné : il faut les unir et les mêler ensemble et qu’ils ne paraissent jamais séparés.
On ne parle pas de toutes choses sur un même ton et avec les mêmes manières ; on ne marche pas à la tête d’un régiment comme on marche en se promenant. Mais il faut qu'un même air nous fasse dire naturellement des choses différentes, et qu’il nous fasse marcher différemment, mais toujours naturellement, et comme il convient de marcher à la tête d’un régiment et à une promenade.
Il y en a qui ne se contentent pas de renoncer à leur air propre et naturel, pour suivre celui du rang et des dignités où ils sont parvenus; il y en a même qui prennent par avance l'air des dignités et du rang où ils aspirent. Combien de lieutenants généraux apprennent à Daraître maréchaux de France! Combien de gens de robe répètent inutilement l'air de chancelier, et combien de bourgeoises se donnent l'air de duchesses*!
Ce qui fait qu’on déplaît souvent, c'estiqtiempersonne
, se ; ni ses-tons et ses paroles avec ses pensées et.ses sentiments;on trouble leur harmonie par quelque chose de faux et d’étranger; on s’oublie soi-même, et on s’en éloigne insensiblement. Tout le monde presque tombe, par quelque endroit, dans ce défaut; personne n’a l'oreille assez juste pour entendre parfaitement cette sorte de cadence. Mille gens déplaisent avec des qualités
3. G : qui sont au-dessus de nous. — Cf. max. 419 et 449. 4. Les phrases en italique étaient barrées sur le manuscrit G, et elles ne figurent ni sur le manuscrit 325 bis, ni sur la copie Chapet.