‹ MaximesChapitre 210 sur 457 · PORTRAIT DU CARDINAL DE RETZ · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU CARDINAL DE RETZ

voir rendre : il a senti de la vanité à trouver tant de crédit, et à entreprendre de s'acquitter. Il n’a point de goût ni de délicatesse ; il s’*amuse à tout et ne se plaît à rien; il évite avec adresse de laisser pénétrer qu’il n’a qu'une légère connaissance de toutes choses. La retraite qu'il vient de faire11 est la plus éclatante et la plus fausse action de sa vie; c’est un sacrifice qu'il fait à son orgueil, sous prétexte de dévotion : il quitte la cour, où il ne peut s'attacher, et il s'éloigne du monde, qui s'éloigne de lui!2.

11. En juin 1675 (date de composition du portrait, d’après la lettre de Mme de Sévigné que nous avons citée), Retz venait d'écrire au Pape pour offrir sa démission de cardinal (elle sera refusée le 22); il donnait sa vaisselle pour payer ses créanciers, renvoyait ses domestiques, et se préparait à gagner le monastère de Saint-Mihiel.

12. Dans son appendice au tome [ de l'édition des Grands Écrivains, Régnier a signalé une version de ce texte plus favorable à Retz (B.N, ms. Clairambault 1136, fol. 170); mais cette version n’est pas très satisfaisante, et d’ailleurs elle semble postérieure à la mort de Retz. Au contraire, dans un article récent de la Revue d'histoire littéraire de la France (juillet-septembre 1959), À propos du portrait du cardinal de Retz par La Rochefoucauld, M. André Bertière a révélé l'existence d’un texte dont nous pensons comme lui qu'il est probablement celui qu'a connu Mme de Sévigné. Cette version provient du Nouveau Mercure, qui l’a donnée en septembre 1717 sous le titre Caractère du cardinal de Retz. La voici : « Paul de Gondy, cardinal de Retz, est né avec beaucoup d'esprit et de courage; il avait une mémoire extraordinaire, plus de force que de politesse dans ses paroles, l'humeur douce, une admirable docilité à souffrir les plaintes et les reproches de ses amis, peu de piété et beaucoup de religion. Il paraît plus ambitieux qu’il ne l'est en effet; la vanité seule lui a fait entreprendre de grandes choses presque toutes opposées à sa profession; il a suscité les plus grands désordres de l’État. Ce n’est pas cependant qu’il ait songé à occuper la place du cardinal Mazarin; il prétendait seulement lui paraître redoutable et se venger du mépris que Mazarin avait fait de son entremise dans le temps des barricades. Il s’est servi ensuite des malheurs publics avec beaucoup d'utilité pour se faire cardinal; il a souffert la prison avec fermeté et n’a dû sa liberté à personne qu’à sa hardiesse. La paresse autant que la force l'ont soutenu avec gloire dans l'obscurité d’une retraite de six années. Il n’a voulu se démettre de son archevêché de Paris qu'après la mort du cardinal Mazarin. Il est entré dans divers conclaves et sa conduite y a toujours augmenté sa réputation. L’oisiveté est sa pente naturelle. Il travaille néanmoins

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