Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé
E vous envoie vos sentences d’aujourd’hui, et j'ai écrit à M. Esprit pour venir demain voir l'ouvrage tout entier. Je vous supplie très humblement de ne rien dire à personne
de l'espérance que je vous ai dit que j'avais que Mlle de Liancourt vous ferait gagner votre gageure, car on pourrait lui écrire des choses qui fortifieraient les sentiments contraires à ceux que je lui souhaite.
2. Lettre de La Rochefoucauld à Jacques Esprit. 24 octobre 1659 (?).
E vous envoie l'opéra dont je vous ai parlé; je vous J supplie que Mme la marquise de Sablé le voie, car j'espère au moins qu'elle approuvera mon sentiment, et qu’elle sera de mon côté. Vous m'avez fait un très grand plaisir d’avoir
Lettre 1. — Portefeuilles Vallant, t. IL, fol. 143, autographe. — L'édition G-E.F. donne, avec raison, la date de 1659; c’est en effet le 13 novembre de cette année que s’est réalisée l'espérance qu'avait La Rochefoucauld de marier son fils aîné à Mlle de Liancourt, en dépit de tout ce qu’on avait pu dire à la jeune fille contre ce prétendant.
Lettre 2. — Portefeuilles Vallant, t. II, fol. 203-204, copie. — Le fait que La Rochefoucauld parle de faire intervenir Gourville prouve que la lettre est antérieure à 1661 : Gourville n'aurait pu intervenir après la chute de Foucquet. Mais de quel retranchement de rentes s'agit-il? L’on ne voit pas ce qui a permis aux auteurs de l'édition G-E-F. de dire que ce retranchement s’est produit en 1660. Lorsque lon consulte le registre des délibérations du Bureau de Ville de Paris (Archives Nationales, H 1815), on trouve mention d’une telle quantité d'incidents relatifs au paiement de divers types de rentes
rectifié’ les sentences. Je prétends que vous en userez de | même de l'opéra” et de quelque autre chose que vous verrez, que l’on pourrait ajouter, ce me semble, à l'Éducation des Enfants’ que Mme la marquise de Sablé m'a envoyée. Voilà | écrire en vrai auteur, que de commencer par parler de ses ouvrages. Je vous dirai pourtant, comme si je ne l’étais pas, que je suis très véritablement fâché du retranchement de vos rentes, et que si vous croyez que pour en écrire à Gourville comme pour moi-même, cela vous fût bon à quelque chose, je le ferai assurément comme il faut. Ma femme a toujours la fièvre double quarte; il y a pourtant deux ou trois jours qu’elle n’en a point eu. Je lui ai dit le soin que vous | avez d’elle, dont elle vous rend mille grâces. Je pourrai bien vous voir cet hiver à Paris. Je vous donne le bonsoir.
Le 24 octobre, à Verteuil.
Au reste, je vous confesse à ma honte que je n’entends pas ce que veut dire : « La vérité est le fondement et la raison de la beauté.» Vous me ferez un extrême plaisir de me ! l'expliquer, quand vos rentes vous le permettront; car enfin, ||
qu'il est difficile de rien affirmer; toutefois il semble plutôt qu'il
s'agit de l’année 1659, pour laquelle figure, sous la date du r2 octobre, ! une longue requête adressée à la Chambre des Comptes pour défendre ! les droits des rentiers : « À Nosseigneurs des Comptes, Suppliant | humblement le Prévot des Marchands et les Échevins de la Ville de |! Paris, disant qu'ils croiraient manquer à leur devoir et s’exposer ! non seulement aux plaintes des rentiers, mais même au blâme de la! Chambre s'ils dissimulaient la recherche qu’on renouvelle aujourd’hui des débet de quittance...» (Fol. 34-35.)
1. Le manuscrit, qui n’est malheureusement pas autographe, porte | d’abord ratifié : rectifié est une correction faite d’une main inconnue. !
2. Opéra est à prendre, dans cette lettre, dans le sens, courant à! l’époque, de chef-d'œuvre. La Rochefoucauld emploie le mot plaisamment. Si la lettre est bien de 1659, il s’agit, comme l’a montré M. Grubbs (Revue d'Histoire littéraire de la France, janvier-mars 1933), du long texte sur l’amour-propre (MS 1) qui allait paraître dans le recueil de Sercy.
3. Il s’agit probablement d’un texte de quelques pages publié par: N. Ivanoff dans La Marquise de Sablé et son salon, pp. 150-156.
4. Cf. MS 49 (L 163). Il est remarquable que cette maxime, que! La Rochefoucauld devait reprendre à son compte, se présente ici} comme une maxime d’Esprit, sur laquelle il demande des éclaircissements . Il ne sera d’ailleurs pas le seul ; cf. lettre 27, et n. 3.— Cf. aussi réfl. r.
quelque mérite qu’aient les sentences, je crois qu’elles perdent bien de leur lustre dans un retranchement de l'Hôtel de Ville, et il y a longtemps que j'ai éprouvé que la philosophie ne fait des merveilles que contre les maux passés ou contre ceux qui ne sont pas prêts d'arriver, mais qu’elle n’a pas grande vertu contre les maux présentsÿ. Je vous déclare donc que j'attendrai votre réponse tant que vous voudrez; mais je vous la demande aussi sur l’état de vos affaires. La honte me prend de vous envoyer des ouvrages. Tout de bon, si vous les trouvez ridicules, renvoyez-les-moi sans les montrer à Mme de Sablé.
3. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 3 décembre 1659 ou
9 E que vous me faites l'honneur de me mander me confirme dans l’opinion que j'ai toujours eue, que l’on ne saurait jamais mieux faire que de suivre vos sentiments, et que rien n'est si avantageux que d’être de votre parti. Le Père Esprit! me mande néanmoins que M. son frère n’en est pas, et qu'il nous veut détromper. Je souhaite bien plus qu’il en vienne à bout que je ne crois qu’il le puisse faire. Je vous rends mille très humbles grâces de ce que vous avez eu la bonté de dire à M. le commandeur Souvré?. J'espère suivre bientôt son conseil, et avoir l’honneur de vous’ voir à Noël. J'avais toujours bien cru que madame la comtesse de Maure condamnerait l'intention des sentences et qu’elle se déclarerait pour la vérité des vertus. C’est à vous, Madame, à me justifier, s’il vous plait, puisque j'en crois tout ce que vous en croyez. Je trouve la sentence de M. Esprit.la plus belle du monde. Je ne l'aurais pas entendue sans secours, mais à cette heure elle me paraît admirable. Je ne sais si vous avez remarqué que l'envie de faire des sentences se gagne comme le rhume :
5. Allusion à ce qui sera la maxime 22 (L 180); il se peut qu’elle soit alors, comme la précédente, d’Esprit. On remarquera qu’elle se retrouve exactement dans les mêmes termes dans le manuscrit Gilbert.
Lettre 3. — Portefeuilles Vallant, t. II, fol. 149-150, autographe.
1. L’oratorien Thomas Esprit; cf. #ntroduction, p. XIX, n. 1.