LE LIVRE LXIII
ses Mémoires, en remarquant que « la fortune règle les événements plus souvent que la conduite des hommes! ». Dans les Maximes il va beaucoup plus loin, et insinue que la conduite des hommes elle-même est soumise à son action : « La fortune nous corrige de plusieurs défauts que la raison ne saurait corriger»; «il y a des gens destinés à être sots, qui ne font pas seulement des sottises par leur choix, mais que la fortune même contraint d'en faire »; ou, plus nettement encore : « Notre sagesse n’est bas moins à la merci de la fortune que nos biens ?>, doctrine dont la portée est encore précisée par la fréquente association que les Maximes font des deux mots humeur et fortune : « La fortune et l'humeur gouvernent le monde. »
« Après la lecture de cet écrit, notait en 1663 Mme de Schonberg, l’on demeure persuadé qu'il n'y a ni vice ni vertu à rien, et que l'on fait nécessairement toutes les actions de la vie. S'il est ainsi que nous ne nous puissions empêcher de faire tout ce que nous désirons, nous sommes excusables*.… » Incontestablement ces lignes mettent en lumière un aspect essentiel de l’œuvre : son aspect critique, par lequel — on vient de le voir — se trouvent mises en cause les notions de vice, de vertu, de liberté, de responsabilité, tandis que la vie morale tout entière apparaît comme soumise à la quadruple pression de l’amourpropre, de l'humeur, des passions et de la fortune. C’est le côté antistoïcien des Maximes. « Les philosophes, et Sénèque surtout5.… » Pour La Rochefoucauld, de même que pour Pascal, le stoïcisme incarne la présomption de l’homme,