‹ Maxims & réflexions moralesChapitre 19 sur 64 · On aime mieux dire du mal de sfof · texte numérisé non relu

On aime mieux dire du mal de sfof

méme que de n'en point parler.

139. Une des choses qui font que Ton trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c'est qu'il n'y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut dire qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, en même temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un égarement pour ce qu'on leur dit, et une précipitation pour retourner à ce qu'ils veulent dire ; au lieu de considérer que c'est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader, que de chercher si fort à se plaire à soi-même, et que Ibien écouter et bien répondre est une des plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.

140. Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la compagnie des s^ts.

141. Nous nous vantons souvent de ne nous point ennuyer, nous sommes si glorieux que nous ne voulons pas nous trou^ ver de mauvaise compagnie.

142. Gomme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits» a*

contraire, ont le don de beaucoup parler et de ne rien dire.

143. C'est plutôt par Testime de nos propres sentiments que nous exagérons les bonnes qualités des autres, que par Testime de leur mérite; et nous voulors not.s attirer des louanges lorsqu'il semble que nous leur en donnons.

144. On n'aime point à louer et on ne loue jamais personne sans intérêt. La louange est une flatterie habile, cachée et délicate, qui satisfait différemment celui qui la donne et celui qui la reçoit : Tun la prend comme une récompense de son mérite, Tautre la donne pour faire remarquer son équité et son discernement.

145. Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées, qui font voir par contre-coup en ceux que nous louons des défauts que nous n'osons découvrir d'une autre sorte.

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