II. Dès le 25 mars, trois jours avant Bingen, Gustine
» Stranlz, 220.
* Czeltrilz (161, * unverzeihlich •).
450 MATEKClfi
avait distribué les principaux commandements. D'Oyré, à qui cette fonction était depuis longtemps dévolue, dirigerait la défense, et serait « le maître de Torganisation de Mayence et de Kastel » ; aussi prit-il le titre de général en chef. Meusnier commandait à Kastel et devait se concerter avec d'Oyré. Aubert-Dubayet, ou comme on le nomme plus brièvement, Dubayet, était commandant des troupes de la garnison, tant de Mayence que de Kastel.
D*Oyré avait alors cinquante-quatre ans. C'était un bomme de baute taille et de belle figure, au regard doux, à la pbysionomie bienveillante, aux manières naturelles et francbes. Il avait de Tesprit et un savoir étendu; il maniait facilement le sarcasme et saisissait les ridicules avec sagacité ^ ; il lisait l'anglais et s'entretenait volontiers avec Forster. « Il est libéral, dit ce dernier, et l'aristocrate perce chez lui : il croit que la foule n'est pas mûre pour Texercice de ses droits ; que les passions de ceux qui parlent au nom du peuple, sont le ressort des événements ; bref, qu'on a simplement changé de maître. » Mais si d'Oyré ne se piquait pas de jacobinisme, il était, rapporte un de ses lieutenants, « entièrement dévoué à la chose publique et au succès des armes de sa patrie ». Il avait fait la guerre en Amérique sous lés ordres de Rochambeau qui le tenait pour un officier du plus brillant mérite. Il était colonel du génie et directeur des fortifications à Metz, lorsque Kellermana le nomma provisoirement
> Notes du général X*** (A. G.) : « Il n'a pas tout dit (dans son mémoire} et ce quil a tu, était a son avantagée ; on mettra d^autant plus de prix à sa modération. • Le général X*** ajoute que d*Oyré aurait pu confondre, s'il Pavait voulu, « ceux qui ont tout fait pour le déshonorer >.
d'oyrk 434
maréchal de camp. Custine le demanda comme chef du génie : t la réputation de d'Oyré, assurait-il, était faite et ses grandes connaissances seraient très utiles pour la conservation des conquêtes de la République. * BOyré partit pour Mayence. On a prétendu qu'une blessure dont il était imparfaitement guéri, l'empêchait de monter à cheval et par conséquent de tout voir de ses yeux. Mais i) connaissait la place, il se rendit quelquefois de sa personne sur les points essentiels ^ et, disait Beaupuy, « s'il a une jambe malade et ne peut marcher, sa tête est bonne, et c'est l'homme qu'il faut pour défendre une ville comme Mayence ». Il se défiait justement de sa garnison qu'il savait indisciplinée, hésitante, et brave par accès; aussi aimait-il mieux s'établir et se fortifier dans de sûres positions que d'étendre son action trop au loin. Non qu'il voulût s'enfermer dans l'enceinte de Mayence. Il sentait la nécessité de tenir les assiégeants à distance. Il fit construire des flèches et des redoutes en avant de la place pour retarder autant que possible le bombardement. Il ordonna des sorties qui habitueraient le soldU à voir ses adversaires en face et lui donneraient une bonne opinion de lui-même; « elles sont, disait-il, les moyens les plus certains de prolonger la défense et de rebuter l'ennemi. » Mais il désirait qu'elles fussent profitables, qu'elles eussent un but précis et déterminé; les troupes qui les en-
' Le 30 avril, il estSflria hauteur de Zahlbach; le 11 mai, il fait le tour des fortifications ; le 21 mai, il se rend à Kastel et le surlendemain à Weisenau ; le 7 juin, il visite les îles Saint-Pierre et Saint- Jean; le jour suivant, il retourne à l'ile Saint-Jean et reconnaît avec Schaal le terrain vers Marienborn ; le 22 et le 23 du môme mois, il fait, avec Gandin, la tournée des travaux, et le 23, il visite seul les ouvrages de Zahlbacb, dont il approuve Tagrandissement [JouriMl du siège et surtout Gaudin).
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Ireprenaient, ne devaient pas s'aventurer ni demeurer longtemps en rase campagne ; elles se formeraient en colonnes de deux à trois mille hommes et ne feraient que de grands coups de main en l'espace de trois heures au plus '.
Le second de d'Oyré, le général Jean-Baptiste Meusnier, alors âgé de trente-neuf ans, plus impétueux, plus fait pour les actions hardies, voulait au contraire disputer le terrain aux assiégeants le plus loin po:>sib!e et opérer sans cesse de périlleuses sorties. Mathématicien profond, membre de l'Académie des Sciences à rage où d'autres sont encore sur les bancs, il était un des ingénieurs les plus distingués de l'armée. Dès l'école de Mézières, de Gaux le jugeait « excellent sujet, grand théoricien et propre à tout ». Il avait inséré dans les Mémoires de TAcadémie des travaux sur la courbure des surfaces, sur la décomposition de l'eau •, et il proje-
• Journal du siège^ 16 mai; rapport de Schaal, 19 mai 1793 (A. G.) D'Oyré est né à Sedan, le 27 mai 1739 ; il avait pour père un mare— chai de camp. Elève de Técole du génie de Mézières (1756), ingénieur (1759), capitaine (1765), major (1783), lieulenant-colonel (1791), il fut nommé colonel, le 8 février 1792, et maréchal de camp provisoire, le 9 octobre, et titulaire le 6 décembre de la même année. On le mit à la retraite le 31 mars 1796. Cf. lung, Dubois-Crancé, I, 67, 110, 453; Kellermann et Custina à Pache, 9 et 31 oct.; Pache à Gustine, 8 nov. (c son patriotisme, son zèle, ses talents vous seront très utiles >) ; Carnot-Feulins à Pache, 10 nov. 1792 (A. G.) ; Bussière et Legouis, Beaupuy, 60-61 ; Forster, VllI, 308 et 320 ; Goethe, éd. Strehlke, p. 256; Fersen, II, 425 ; Preuss. Augenzeuge, 225 et 433 ; Manso, Gesch. des preuss. Staates, I, 264 (t Kein unkundiger und uneotschlossener Befehlshaber ») ; Main» nach der Wiedereinnahme, 49 (« unbescholten »J ; Czettritz, 179 (témoignage de Kalb qui a connu d'Oj^ré en Amérique et le regarde comme un « homme extrêmement digne, modeste et savant, qui a conduit le siège de Yorkiown •), et 258 ; procès de Gustine, dépos. de Simon [Mon., 28 août 1793) ; mém. de Gaudin.
• Revve rétrospective ^ seconde série, tome IV, 1835, p. 77-99. Meusnier composa le mémoire sur la courbure des surfaces, à l'âge de vingt- deux ans. Il prouva dans le mémoire s^ur la décomposition de
d'oyré 153
lait la construction d'un aérostat que l'homme dirigerait à Taide des courants de l'atmosphère et de rames en forme d'hélice. Il avait fortifié Cherbourg et obtenu les éloges du duc d'Harcourt et de Rochambeau. Jacobin exalté, grand ami de Pache qu'il connut à la Société populaire de la section du Luxembourg, et, après la démission de Servan, un des personnages les plus considérables dans les bureaux de la guerre, il avait rédigé les réponses du ministre aux généraux et ce fut lui sans doute qui proposa et soutint le grand plan d'offensive, la marche de toutes les troupes vers le Rhin. Beurnonville renvoya à Tarmée de Gustine; Meusnier, disait-il, a avait tout le patriotisme et rintelligence pour être un bon chef d*état-major ». Gustine préféra le mettre à Kastel et, en abandonnant Mayence, il lui maudait qu'il comptait sur son « génie inventif * ».
Meusnier avait plus de talents et plus d'audace que personne à Mayence. Nul mieux que lui ne se raidissait contre les difQcultés, et il possédait toute l'énergie, toute l'obstination nécessaire à l'homme qui gouverne une place et qui s'est juré de faire une longue et vail-
Feau que ce fluide n'est pas une substance simple et qu'il y a plusieurs moyens d'obtenir en grand l'air inflammable qui y entre comme principe constituant. Un troisième mémoire est consacré à un appareil propre à manœuvrer ditférentes espèces d'air dans les expériences qui exigent des volumes considérables ; un quatrième, aux moyens d'opérer une entière combustion de Thuile et d'augmenter la lumière des lampes en évitant la formation de la suie.
> Augoyal, not. ms.; Saint-Cyr, I, 271-272, note; Rochambeau, Mém,, 1, 373 ; Mem,, sur Carnot, 1869, I, 125; Jemappes, 139-140 ; Mainz nach der Wiedereinnahme^ 49 {• der heftigste Jakobiuer •); Beurnonville à Gustine, 14 févr. 1793 ; Gustine à Meusnier^ 18 févr. et 7 mars 1793 (A. G.) ; Mon., 28 août 1793 ; Journal de Damas, [Meusnier arriva pendant que Gustine était à Paris, et servit d'abord à Frankenthal sous Munnier ; WimpSen lui destinait le commandement de l'avant-garde.) Il est né à Tours, le 19 juin 1754.
454 MATUNCB
lante défense. Mais il n'avait pas encore Thabitude de manier les troupes et ne connaissait pas suffisamment le soldat. Il s'illusionnait sur les forces qu'il commandait et ne les voyait pas telles qu'elles étaient réellement, ne voyait pas qu*il leur manquait non le courage, mais Torganisation, Tobéissance, la discipline. Il combinait savamment ses opérations, les réglait avec la même précision que s*il eût réglé une machine. Il ne songeait pas que la machine dont il disposait avait ses défauts et ses imperfections. « Lorsqu'il prévoit une forte résistance, dit un officier, il augmente la longueur de ses leviers : malheureusement ce sont des hommes et des assiégés qu'on ne peut remplacer; il calcule bien l'effet qu'il doit produire sur les Prussiens, mais il ne peut classer dans ses calculs les effets du frottement et de la réaction qui agit sur sa propre mécanique. » Téméraire et résolu de vaincre à tout prix, il ne tenait aucun compte des obstacles et ménageait la vie de ses soldats aussi peu que la sienne. Il proposait de passer sur la rive gauche du Mein, d'entrer dans le pays de Darmstadt, de détruire le pont d'Oppenheim, de brûler les magasins des ennemis, puis de regagner Mayence. Le plan était beau, mais d'Oyré objecta judicieusement qu'il était trop vaste et qu'il exigeait au moins 40,000 hommes: des forces aussi considérables pouvaient>-elles s'engager à pareille dislance, au risque d'être coupées dans leur retraite? Meusnier prétendait qu'il jetterait un pont en deux ou trois heures à Tembouchure du Mein. Ignorait-il, disait d'Oyré, que le Main avait à son embouchure une largeur de cent cinquante toises * ?
* M^m, du général X*** ; d'Ojré, observât ioM addit.
d'oyrb 455
Probe d'ailleurs, intègre, plein de sensibilité, un peu distrait, comme tous les penseurs, et absorbé par les projets qu'il roulait sans cesse dans sa tète inquiète, il serait admirable à tous égards s'il avait eu plus de modération et de modestie. Mais une ambition ardente, démesurée, dévorait Meusnier. 11 voulait dominer partout, avoir partout la première place qu'il croyait due à son mérite éminent et qu'il avait prise à TEcole de Mézières, à Cherbourg, dans le corps des ingénieurs, au ministère de la guerre, et dans le monde des savants. Il avait désiré le commandement supérieur de Mayence et il insinuait que d'Oyré ne possédait pas la viguenr physique que demandait une pareille tâche ^ Il fît au général en chef une opposition déclarée. A l'entendre, il ne dépendait de personne. Mayence, d'Oyré, le Conseil de guerre ne devaient pas le gêner dc^s sa conduite ; il était seul maître de ses desseins, et à Kastel et sur la rive droite du Rhin 11 n'exécuterait que ses résolutions personnelles. Reubell et Merlin appuyèrent Meusnier qui les fréquentait assidûment et qui mêlait dans sa conversation à de grandes vues militaires les assurances du républicanisme le plus fervent. Durant tout le siège, d'Oyré ne connut jamais les intentions de son lieutenant qu'après leur accomplissement. Fort de la protection des commissairesy Meusnier allait de l'avant et s'affranchissait de toute entrave. « Il avait, dit un officier, secoué entièrement le joug et désobéissait ouvertement aux ordres qu'il recevait de Mayence. Il avait organisé des moyens d'insubordination à Kastel ; là 11 prêchait au milieu de ses disciples le maratisme le plus dégoûtant, et lorsqu'il fut tué, les commissaires étaient au moment de lui
^ • Ce général, écrivait-il le 24 mars a Custine, n*est point encore en état de faire usage de sa jambe. » [A.. G.)
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1 56 MATENCE
(lonDer le commandemeat en chef, après avoir deslitué d'Oyré. » Une fois, au lendemain d!un échec, il proféra de violenles menaces contre d'Oyré et son entourage qu'il nommait ironiquement la cour deMayence : « Cette cour, s*écriail-il dans un transport de colère, cette cour de Mayence travaille mes troupes et fait avorter mes projets I Mais qu'ils y prennent garde : je passerai le Rhin, je me rendrai à ia parade et je les exterminerai ; les patriotes ont la majorité et je me mettrai à leur lôte * ! »
Annibal Aubert-Dubayet, qui devint plus tard général de l'armée des côtes de Cherbourg, minisire de la guerre et ambassadeur à Gonslantinople, avait représenté le département de l'Isère à la Législative. Thuriot le blâmait d'avoir « montré une opinion peu prononcée ». Mais Dubayet présida l'Assemblée et y iSt quelques discours remarquables. Il s'éleva contre les émigrés et tous ceux qui, démissionnaires ou déserteurs, « allaient au rendez- vous de l'orgueil et tournaient leurs armes contre la patrie » ; il proposa d'embrigader les gardes nationales avec les troupes de ligne ; il trouva des termes émus pour louer la classe la plus précieuse des officiers, les capitaines et les lieutenants qui doivent être les véritables compagnons du soldat, partager ses fatigues et ses dangers, le guider, le mener à la victoire en animant son courage à chaque instant. On lui reprochait néanmoins un peu d'emphase. « Si les boulets de canon, écrivait-il à Kléber, étaient des boules de neige,
' M^m, du général X***. t Le système de Meusnier, dit d'Oyré, a été constamment suivi, de porter ses moyens sur la live droite du Rhin, dans la vue de faire des expéditions au-delà de ce fleuve, sans s'occuper de la défense de Kastel et moins encore de celle de Mayence, et il était appuyé par une autorité supérieure à celle du général en chef. »
si les bivouacs d'hiver étaient des bals parés où Tambre des parfums exquis répand dans une atmosphère échauffée par le souffle de cent beautés une délicieuse chaleur, je te demande quel mérite y aurait-il à faire la guerre ? » Dubayet, naguère lieutenant-colonel du 82« régiment, cidevant Saintonge, commandait à Worms comme chef de brigade lorsqu'il reçut l'ordre de se rendre à Mayence. Custine le nommait un officier nerveux et annonçait à d'Oyré que, par sa fermeté, par son activité, il aurait bientôt « mis les choses sur un bon pied ». Il était né à la Louisiane et respirait, suivant le mot de Beaupuy, toute Tardeur du soleil de son pays natal. «Je suis né, disait-il pendant le siège, sur le Mississipi, un des plus beaux fleuves de l'Amérique, et je mourrai ici, sur un des plus beaux fleuves de l'Europe. » Sa conduite fut admirable. Il déployait autant de vigilance que de bravoure : il était à tous les incendies et encourageait, stimulait la troupe qui travaillait à les éteindre. « Ses excellentes qualités d'esprit et de cœur, rapporte un contemporain, lui valurent l'estime et l'atfection des Mayençais. » Mais le valeureux, entreprenant et chevaleresque Dubayet, le brave Annibal, comme l'appelaient ses amis, était en môme temps homme du monde : il voulait faire son chemin, il voulait réussir, e' , afl'able envers tous, il ne pouvait, assure un officier, « rien dire de désobligeant à ceux mômes qu'il méprisait* ».
1 II fut nommé général de brigade le 2 avril 1793, par le Conseil de guerre et devint général de diviaioa le 4 février 1795. Cf. Discours de ïhuriot (4 août 1793j ; discours de Dubayet {Mon., 23oct. 1791 et 5 février 1792) ; leltre à Kléber {Eeviie rétrosp , V, année 1834, p. 314) ; Roussel, Les Volont., 37; Custine à d'Oyré, 25 et 28 mars 1793; Ment, du général X*** * 11 voulait plaire aux puissances législative et executive... 11 a mal reçu d'Oyré à son retour en France; on ne devient ni général, ni ministre sans plaire aux puissances du mo-
458 MAYENCIS
Eq d'autres temps, et si les commissaires de la ConventioQ ne s'étaient pas trouvés dans la place. d'Oyré eût peut-être exercé le commandement sous sa propre responsabilité. Mais il désirait ne laisser aucun doute sur la pureté de ses intentions. Dès les premiers jours, il déclara que sa conduite serait franche et loyale, que les principaux officiers devaient savoir tout ce qui se passait et discuter avec lui les moyens de défense, et que, d'ailleurs, dans ses difficiles fonctions, il lui serait très utile de s'éclairer des lumières d'autrui et de prendre l'avis des hommes expérimentés et instruits *.
Le Conseil de guerre, présidé par d'Oyré, comptait tous les généraux et les chefs de corps. C'étaient, outre d'Oyré, Meusnier, Dubayet et de Blou" ; l'adjudant-général Chadelas, chef de l'élat-major* ; Chevalier, chef de brigade du 57° régiment d'infanterie*; Dazincourt,
ment » (A. G.) ; Reynaud, Merlin, II, ol et 68 ; Bussière et Legouis, Beaupiiy, 61 ; Philippeaux (Compte-rendu, 4« partie, p. 16), !« juge c brave soldat et franc républicain, toujours prêt a se sacrifier pour sa patrie, Tâme aussi pure que généreuse », et un Allemand (Czettritz, 254), loue ses nobles façons et son zèle pour sa cause c eia Mann von vieiem Anstand, und sebr warm fur seine Sache •. Ci*. Mainz nach der Wiede^'einnahme, 34-35. Il avait annoncé qu'il écri» rait une histoire du siège de Mayence ; mais, dit Legrand, « la vérité n'y sera pas toujours très sévère, comme il arrive toujours quand on veut faire des espèces de poème épique > (A. G.). ' Gaudin et discours de Dubayet, 16 mai (A. G.).
* Il fut frappé le 27 juin, ainsi que Gaudin, par un éclat d'obus, dans la cour du quartier-général. On l'inhuma avec Gaudin, dans lè terre-plein du bastion Raymondi, avec les honneurs militaires ; et l'ennemi, prévenu, interrompit son feu pendant la cérémonie. • Il s'était, dit le Journal du siège, montré juste et humain envers les habitants >. Cf. Custine, p. 255.
* Chadelas avait organisé le camp de Soissons [Retraite de Brun^ swicky p. 36).
* Pierre Chevalier avait alors 63 ans. Le Conseil de guerre le nomma provisoirement général de brigade, le 14 avril, et lui confia, le 5 juillet, le soin de diriger la batterie qui devait tirer à cartouches
d'oyré 159
chef de brigade du U'^ régiment de cavalerie * ; Le Dieudeville, commandant de rarlillerie*, et Douay, chef de bataillon, directeur de Tarsenal ' ; Galle, capitaine des mineurs*; Gaudin, chef du génie'; Gillot, directeur du parc*; Schaal, chef de brigade et commandant temporaire de KasleF; Schleginski. chef de brigade du7«ré' giment de chasseurs à cheval®; Vimeux, chef de brigade du 32® régiment d'infanterie, vieux et modeste soldat qui devint plus tard, à son corps défendant, général
sur le fleuve et le qu^i, dans le cas d'une attaque par eau. Dubayet le chargea, le 5 pluviôse an IV, d'activer Texécution de la loi du 4 frimaire et de faire entendre le cri de la patrie en danger, dans les déparlements de l'est. Un bon juge l'appréciait ainsi : t Trop bigot, pour être entièrement dans le sens de la Révolution et trop honnête homme pour trahir sa patrie » (18 août 1792, A. G.).
^ Louis-Stanislas Dazincourt avait alors 31 ans.
> Le Dieudeville fut nommé général de brigade, le 28 mai, par le Conseil de guerre.
3 Douay, naguère capitaine commandant Tartillerie à Landau, fut nommé chef de brigade, le 17 juin, par le Conseil de guerre, devint directeur de l'artillerie à Strasbourg, et prit un congé en 1798.
* Galle fut nommé chef de bataillon, le 26 mai, par le Conseil de guerre.
5 Gaudin, naguère employé à Landrecies, fut nommé, le 6 avril, chef de bataillon. « Il réunissait, dit le Journal du siège ^ aux connaissances de son métier, un esprit droit et conciliant, un très grand sang-froid; il dirigeait avec intelligence et surveillait avec exactitude les travaux très multipliés de la défense. >
6 Gillot (Joseph-Charles-Sophie), chef de brigade d'artillerie, avait alors 53 ars.
7 Schaal (François-Ignace), alors âgé de 45 ans, fut nommé le 3 mai général de brigade, par le Conseil de guerre, et devint général de division, le 13 juin 1795; il était naguère lieutenant-colonel du 93' régiment et commandait à Worms (cf. Custine, p. 125 et 255). Ses notes portent qu'il était c propre au commandement d'une division > — • mais non d'une armée.
s Schleginski [François-Charles], alors âgé de 54 ans, avait, dit un Allemand, tout à fait le caractère polonais [Czetlritz, 251); Custine déclare à son procès, qu^il aurait nommé commandant de Mayence cet honnête homme, ce patriote, s'il l'eQt connu [Mon., 27 août 1793).
460 MAYENCB
en chef de Tarmée de l'Ouest, et qui reçut, le 28 juin, après la mort de Blou, le commandement particulier de Mayence*; le commissaire-ordonnateur Blanchard'; le commissaire des guerres Brunck*.
Les commissaires de la Convention, Reuhell et Merlin de Thionville, et ceux du pouvoir exécutif, Simon et Meyenfeld, rejetés dans la ville après Téchec de Guntersblum, assistaient aux séances du Conseil. Simon surveilla la fabrication de la monnaie de siège *. Reubell et Merlin, toujours d'accord, et comme disait Reubell, deux
* Vimeux, nommé p^énéral de brigade, le 28 mai, par le Conseil de guerre, conBrmé le 30 septembre 1793, général de division, le 4 mars 1794, ne semblait pas, dit un officier saxon, c avoir grand crédit, et sa conversation marquait un esprit médiocre i. (Czeltriiz, 260.) Le mémoire inédit qu'il a rédigé sur sa carrière militaire est sec et insignifiant.
> Pierre Blanchard était très estimé. Il avait été un instant dans la c position la plus bizarre > ; des commissaires de la Législative Pavaient suspendu à l'armée du Rhin ; d^autres Tavaient appelé à l'armée du Centre. Il resta à l'armée du Rhin parce que Cusline refusait de le renvoyer ; t en nous i'ôtant, disait Biron, nous ne pouvons répondre du service » [Biron à Custine, 5 sept, et à Servan, 17 septembre 1792 (A. G.). Cf. le témoignage de Custine à son procès : • Je n'avais que Blanchard ; il m'a donné les moyens de prendre Bpire et Mayence. ■ Mon,^ 23 août 1793).
* Adrien Brunck, né le 27 février 1773, à Strasbourg, aide-commissaire des guerres, le 1" avril 1792, nommé commissaire des guerres, le 15 juin 1793, par Reubell et Merlin, réformé à l'organiealion du 16 avril 1793, renommé commissaire des guerres adjoint, le 11 vendémiaire an III, par Féraud et Neveu, devint, le 9 ventôse an VIII, sous-inspecteur aux revues. Il avait un grand-père maternel commissaire-ordonnateur et un père (le fameux helléniste), ainsi qu'un oncie maternel commissaires des guerres. Merlin le nomme un > sujet distingué > et Tordonnateur Martellière, un f sujet de la première distinction >.
* Cf. sur Simon et Meyenfeld, ci-dessus, p. 60 et 90. Simon se plaint dans son rapport (A.. B.) des militaires du Conseil ; f ils finirent par nous tolérer (Meyenfeld et lui), mais la plupart nous recevaient de mauvais œil ; d'Oyré faisait semblant de ne pas nous apercevoir, et jamais il ne demandait notre avis >•
d'oyrb 461
bons bougres de montagnards qui ne voulaient que le salut de la République, s'étaient réservé, le premier, les détails de Tadminislration civile *, le second, les mouvements militaires. Ils avaient une autorité considérable, et, selon le mot de d'Oyré, une influence d'autant plus embarrassante que les limites de leur pouvoir n'étaient pas tracées. Aussi pesèrent-ils sur les résolutions du Conseil. Ils soutinrent Meusnier contre d'Oyré et firent prévaloir un système d'opérations téméraires plutôt que d'admettre une métbode de guerre moins brillante mais plus solide, qui eût ménagé la garnison et prolongé la résistance. Ils déterminèrent la belle sortie de Marienborn ; mais ils imposèrent la malheureuse expédition de Mosbacb, et ce furent eux qui précipitèrent la reddition de la place. Un officier assure qu'au lieu de laisser à d'Oyré sa responsabilité, ils l'ont « contrarié sans cesse » et que le général en chef ne put, dès le commencement du blocus, « adopter un plan et le suivre avec vigueur », qu'il dut « aller au jour le jour et se livrer au hasard «, que, sans la présence des commissaires et leur fâcheuse
* Reubell, député du Haut-Rhin à la Convention (il avait eu au premier tour du premier scrutin 305 voix sur 416], était, dit un des assiégeants, c long et gros, raide et renfermé > (Czettrilz, 160). Un des assiégés le décrit ainsi : c II était autrefois d^une société très douce ; il m*a paru tel toutes les fois qu'il a voulu oublier avec moi son nouveau rôle ; quoique modéré cans ses expressions, et même dans ses opinions, il juge des hommes comme le font tous les républicains exagérés ; il ne voit même parmi les militaires qu'aristocrates et patriotes. Les religieuses du couvent qu'il habite ne voient que catholiques et hérétiques, et elles damnent tout ce qui n'est pas catholique • (Mém. du général X***}. Mais ce même Reubell écrivait à sa femme, le 3 avril : c Tu sais, ma chère amie, que tous les ans je risque de mourir d^accès de colique néphrétique et de goutte. Si je ne puis aller aux eaux, cette année, à temps, cela empirera l'état de ma santé très délabrée. Mais, de quelque manière que je meure, ce sera d'une ma^ nière digne de toi et de moi. > [A.. N.)
162 MAYENCK
intervenlioli, il aurait défendu la ville un mois encore *. Mais si Reubell et Merlin ont exercé parfois une action pernicieuse, s'ils ont suscité des difficultés et soufflé la rivalité entre les généraux, s'ils ont hâté la capitulation, ils représentèrent dignement l'assemblée qui les avait envoyés à Tarmée du Rhin. Merlin, fils de la belliqueuse Thiouville et « enfant de la Fensch », fut un des héros du siège. Il avait alors trente et un ans. Petit, mais robuste, svelte, agile, toujours remuant, il était noir comme un nègre, et ses cheveux longs et bouclés qui tombaient en désordre sur ses épaules, sa forte moustache, ses favoris épais, ses lèvres retroussées, ses yeux étincelants et inquiets, sa figure marquée de petite vérole, lui donnaient un aspect sauvage. Les officiers allemands jugèrent qu'avec beaucoup de faconde et d'intelligence, il trahissait par son allure et ses manières le bourgeois parvenu. Mais l'intrépidité de ce roturier les étonna. Revêtu du costume de simple canonnier, ceint d'une écharpe aux franges d'argent, coiffé d'un chapeau sans galon, Merlin se rendait fréquemment aux avantpostes et bravait le danger avec le même sang -froid et la même insouciance qu'un vieux soldat. Il portait un grand sabre au fourreau de cuivre jaune ; mais s'il dégainait quelquefois lorsqu'il accompagnait Kléber dans une reconnaissance, il avouait ses préférences pour le canon, et on le vit tantôt au fort de la République pointer une pièce de douze* et, comme dit Beaupuy, animer
1 Mém, du général X*** : « D'Oyré pouvait dire et prouver que tout Conseil de guerre, dont des commissaires législatifs et exécutifs l'ont partie, produit des effets plus désastreux que les bombes et les boulets, »
* Le 27 et le 28 avril, par exemple (Damas). Le 22 mai, au moment où Merlin pointait, un boulet entre dans Tembrasure, frappe l'affût,
d'oyré 463
tout par sa présence et commander un feu d'enfer, tantôt diriger l'artillerie volante qui protégeait Tattaque ou la retraite de la légion des Francs. Aussi les Allemands Tavaient-ils surnommé le Feuerteufel ou le diable de feu. « Il n'a pas quitté les batteries-, lit-on dans le journal du siège, et il a constamment saisi toutes les occasions de donner des preuves de son extrême activité et de sa brillante valeur ». Son exemple, rapporte Decaen, « influa beaucoup sur les soldats et les officiers qui rivalisaient entre eux d'ardeur et de courage pour se distinguer et mériter ses éloges*. »
Tels étaient les membres du Conseil de guerre au commencement du siège. Mais lorsque la tranchée fut ouverte, les commandants particuliers des forts et des postes avancés assistèrent aux séances, et il y avait parmi eux, ainsi que dans la garnison, des hommes de tête et d'exécution, avides de se signaler et destinés à s'illustrer plus tard sur les champs de bataille de la Révolution et de l'Empire. On ne cite que les futurs généraux.
Kléber commandait le camp retranché.
Michel Beaupuy, tout récemment capitaine au 32^ régiment, ci-devant Bassigny, nommé par Custine colonel du 4^ régiment de grenadiers, Beaupuy, l'ami de Wordsworth, l'enthousiaste officier qui;, selon le mot du poète
ricoche sur la pièce et passe à côté de Merlin qui se gare et se détourne à t€mps.
4 Cf. Slrantz, 232; Czettrilz. 160, 255 ; Bleibtreu, 183 ; Preuss. Augenaeuge, 430 ; Mainz nach der Wiedereinnahme, 45, 183 ; Reynaud, Merlin^ I, 54 ; Journal du siège ; Decaen ; Beaupuy ; Gaudin. Le général X*** le juge ainsi : t Merlin est curieux ; jamais d'Artois ne fut aussi despote que cet apôtre de la liberté, et jamais le despotisme ne se montra sous des formes aussi hideuses ; on l'excuse en disant quUl est brave. Il faut que les lâches soient bien communs pour que la bravoure puisse faire excuser tant de sottises. >
464 MATBNCE
anglais, s'aventurait dans la Révolution avec une foi parfaite comme à travers un roman de chevalerie, Beaupuy combattait à Kastel aux côtés de Meusnier et devait recevoir le W juin, à la demande de Dubaj^et, le commandement en second de tous les postes de la rive droite du Rhin*.
Beurmann, le cadet, qui n'avait pas seize ans, était sous-lieutenant au 62° régiment, ci-devant Salm-Salm*.
Boisgérard était capitaine du génie *.
Buquel, sergent-major, puis quartier-maitre au 4*= bataillon des Vosges, avait pu échapper au désastre de Rhein-Dùrkheim et « se jeter dans Maycnce en sauvant sur son cheval 4,700 francs qui se trouvaient dans sa caisse » ; Kléber lavait pris pour adjoiul*.
Damas remplissait près de Meusnier les fonctions d'adjudant-général '.
* Cf. Bussière et Legouy, Beaupuj/, 1891, passim. On disait de lui, lorsqu'il était dans l'Ouest, chef d'état-major : * Excellent officier, plein de connaissances militaires, a parfaiteftient servi et a donné de grandes preuves de valeur à Mayence et dans la Vendée, attaché à la Révolution > [note inédite).
* Beurmann (Frédéric- Auguste), né a Nan(;y, le 17 septembre 1777, soldat le 10 juin 1788, devint général de brigaâe, le 6 août 1811; cf. le mémoire de Decacn ; Pajol, par le comte Pajol (1874, 1, p. 142) et Revue alsacienne^ 1880, n« 1, p. 25.
* Boisgérard, général de brigade le 19 octobre 1793, fut nommé, le 30 juin, chef de bataillon par le Conseil de guerre; le 24 août de Tannée précédente, Harambure l'avait demandé comme ingénieur à Huningue, en remplacement de Rouget de Liste suspendu.
* Buquet (Louis-Léopold), né à Charmes, le 5 mai 1768, avocat à Nancy avant la guerre, devint général de brigade, le 20 octobre 1804. Cf. Custine, p. 254, et NoUet, Les généraux Buquet, p. 4-5 et 31-32.
5 Damas (François-Etienne) fut nommé, le 16 juin, chef de bataillon, par le Conseil de guerre, sur la proposition de Reubell et de Merlin; il devint général de brigade, le 27 novembre 1793 et général de division le 21 novembre 1813 ; le représentant Gillet le nomme un
d'oyré 465
Decaen, qui devait entrer le premier à Munich en 4800, et administrer avec tant d'éc'al les îles de France et de Bourbon, Decaen, sergents major au 4« bataillon du Calvados, servait, comme Buquet, d'aide-de-camp à Kléber».
Dedon* et Foucher de CareiP étaient capitaines d'artillerie.
Dumas, qui périt à Clisson, et que la Convention nomma général après sa mort, commandait le 3*' bataillon des Vosges comme lieutenant-colonel en second*.
Haxo, premier lieutenant-colonel du 3*^ bataillon des
« bon officier », et Boursault le juge « froid, réfléchi, militaire et brave •. Cf. Thoumas, Les grands cavaliers du premier Empire ^ 1890, tomel, p. 189-190.
* Decaen (CLarles-Malhieu-Isidore), général de brigade le 2 août 1796, et de division, le 7 août 1800. (Cf. la Notice de 1833, p. 2 et 8, et G. Lavalley, Les grands cœurs ^ p. 101-153). H rapporte qu'il était employé à Caen, dans l'élude de Tavocat Lasseret, lorsqu'il écouta, comme tant d'autres, la voix de la patrie en danger. Elu sergentmajor d'une des compagnies de canonniers du 4« du Calvados, il servit à Budenheim, sous Kléber, qui lui fit donner, le 26 mars 1793, le grade d'adjudant-sous-officier. Cinq jours plus tard (31 mars), d'Oyré commandait à Decaen de faire son service sous les ordres particuliers de Kléber. Le 1°' mai^ le jeune Normand était nommé, par le Conseil de guerre, sous-lieutenant adjoint à l'état-major; le 25 juin, il devenait capitaine-adjoint, sans passer par le grade de lieutenant. Une note inédite de l'époque le signale comme f excellent pour un coup de main, très bon, très brave, aimant son état >.
* Dedon-Duclos (François-Louis), général de brigade le 28 cet. 1805, et lieutenant-général le 10 mai 1814 ; il fut nommé chef de bataillon, le 5 juin 1793, par le Conseil de guerre.
' Foucher de Careil (Louis-François), commandait l'artillerie volante ; le Conseil de guerre le nomma, le 5 juin, chef de bataillon, de même que Dedon, sur la proposition de Merlin ; il a, dit le Journal du siège, « servi avec beaucoup de distinction et d'utilité i. Il devint général de brigade, le 29 août 1803, et général do division, le 3 mars
* Dumas (Jean-Louis), général de brigade, le 29 oct. 1793 ; cf. Bouvier, Les Vosges pendant la Révol,^ 120.
46Q MAYENGK
Vosges, avait reçu le commandement des réserves; il se distingue, dit le Journal du siège, par ses talents et sa fermeté *.
Humbert, qui dirigea Tinutile et glorieuse expédition d'Irlande, était lieutenant-colonel en second du 13® bataillon des Vosges*.
Jordy, alors lieutenant-colonel du iO*' bataillon delà Meurthe, Jordy qui fut balafré dans vingt rencontres et mérita le surnom de Ranlzau de la République, commandait le fort de Mars '.
La Riboisière était sous -directeur du parc d'artillerie *.
Mainoni, ancien négociant de Strasbourg, ardent jacobin, un des plus violents révolutionnaires de TAlsace, menait, comme lieutenant-colonel, le 6« bataillon des volontaires du Bas-Rhin '.
Mignotte était, comme Buquet et Decaen, adjoint de Kléber«.
Pajol, lieutenant au 82« régiment, ci-devant Sain-
* Haxo (Nicolas) fut nommé chef de brigade, le 30 juin, par le Conseil de guerre ; général de brigade, le 17 août 1793 ; mort en Venàée le 20 mars 1794.
' Humbert (,Jean-Amable), général de brigade le 9 avril 1794.
* Jordy (Nicolas-Louis), général de brigade, le 4 janvier 1794, et de division, le 3 juin 1815. Il est né à Abreschwiller, dans la Meurthe (14 septembre 1758). Cf. Nollet, Jordy, 1852; Ernouf, KUher, 1870, p. 10 ; Reynaud, Merlin, II, 251.
* La Riboisière (Jean-Ambroise Baston de) fut nommé chef de bataillon, le 16 avril, par le Conseil de guerre ; général de brigade, le 29 août 1803, et de division, le 3 janvier 1807. (Cf. Abaut, La Riboisière, 1889.)
* Mainoni (Joseph-Anloine-Marie-Michel), né à Strasbourg, avait alors 36 ans et devint général de brigade, le 19 novembre 1798, et de division, le 27 août 1803.
* Mignotte (Joseph) devint adjudant-général, — une note inédite de Tépoque le déclare > excellent >' et < ayant beaucoup de mérite >, — et, le !•' janvier 1796, général de brigade.
d'oyré 467
longe, eut le bras cassé par ua biscaïen à Tattaque du
10 avril contre les redoutes de Mosbacb*.
Sainte-Suzanne, un des meilleurs lieutenants de Mo-
reau dans la campagne de 1796, et autrefois page de Madame, alors capitaine de grenadiers, avait pour mission de défendre le fort Saint-Philippe*.
Travol, qui devait s'emparer de Charette, était lieutenant-colonel du 2*^ bataillon des volontaires du Jura.
11 eut, vers la fin du siège, le commandement du fort Welche, et d'Oyré témoigne que « ce jeune officier, qui s'était fait connaître par Tinslruction et la discipline de son bataillon, se conduisit parfaitement dans ce poste périlleux* y>.
Vidalot-Dusirat, capitaine des grenadiers du 31 M'égiment, allait recevoir, le U avril, le brevet provisoire de chef de bataillon, après avoir emporté, quatre jours auparavant, une redoute hessoise. Il a, dit d'Oyré, pris une part très active et très honorable à la défense. Placé aux endroits les plus dangereux, d'abord à Weisenau, puis
» Cf. sur Pajol, le^ivre de son fils (1874, I, p. €5). Claude-Pierre Pajol fut nommé général de brigade, le l'^mars 1807, et de division, le 7 août 1812.
* Sainte- Suzanne (Gilbert-Joseph-Martin Bruneleau de), que le Conseil de guerre nomma, le !•' mai, chef de bataillon, général de brigade, le 18 octobre 1795, et de division, le 2 août 1796. Adjudantgénéral, il obtenait la note suivante : c excellent militaire, très instruit et très brave, a le coup d'œil excellent, et forme de très bons plans d'attaque et de défense, peut être avec avantage dans les premiers grades; mais il a toujours refusé de Tavancement; ex-noble >. C^est à Mayence, disait-il, quM avait pu se faire des idées justes sur la véritable importance des grandes places de guerre {Notices hiogr.^ déc. 1830).
3 Travot (Jean-Pierre), général de brigade, le 13 mars 1796, et de division, le !•' février 1805 ; « excellent officier, bon répubMcain, plein de bravoure et susceptible d'avancement » (note inédite). Cf. Jeannin, Travot, 1862, p. 5.
468 MATENCE
à Kastel, il fut chargé, le 30 juin, de commander en second le camp retranché *.
Mais les troupes ne valaient pas les chefs, et comme d*Oyré n'a cessé de le répéter, tout etf rendant justice à la bravoure et à la constance des individus, « il était dangereux de trop compter sur cette autre branche de la valeur qui dépend de Tensemble, de la discipline des soldats, de Texpérience des officiers particuliers et de leur attachement à leurs devoirs* ».
La garnison comprenait :23,000 hommes de toutes armes : 4 régiments de grenadiers, 6 bataillons de ligne, 29 bataillons de volontaires, le \L^ régiment de cavalerie, le 7® régiment de chasseurs à cheval et divers détachements. Les volontaires, tous de nouvelle levée, n'avaient acquis presque aucune instruction pendant l'hiver et, dit Schaal, t ayant la plupart femmes et enfants et point le véhicule que donne une éducation tant soi peu soignée, ils se compromettaient le moins possible ». Un
^ Vidalol-Dusiral (Pierre-Marie-Gabriel) naquit le 25 mars 1764, au château du Sirat, dans la commune de Valence- d'Ajçen (Tarnet-Garonne), et fit ses études au collèp^e d'Âgen. Il servait depuis 1781. Successivement cadet, sous-lieutenaut, lieutenant, adjudantmajor, capitaine au 31* régiment d'infanlerie, adjudant-général, chef de balaillon et chef de brigade, général de brigade (5 juillet 1794), il fut fait prisonnier de guerre après le siège de Manuheim et rentra sur parole. Le 5 germinal an IV, Carnot l'envoyait à l'armée des côtes de l'Océan; Michaud déclare qu'il « a donné, devant Mayence et Mannheim, des preuves de talent et d'activité •. Vimeux lui donne la note suivante « bon républicain, bon officier, ayant du talent ». C'était, écrit Legrand, t un officier général du premier mérite, fait pour commander une armée en chef, et point assez connu du gouvernement qui a précédé le régime constilulionnel, ni du Directoire exécutif, quoique fils d'un ex député à la Législative et à la Convention » . Après avoir commandé le Tarn-et-Garonne, en 1809, et le Lot-et- Garonne, eu 1825, il mourut au Sirat, le 3 décembre 1843.
« D'Oyré, Mém. du 12 juillet (A. G.).
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témoin du siège assure que leur insubordination était sans exemple et qu'il les vit plus d'une fois nasarder leurs officiers*. Les grenadiers, formés de compagnies régulières et nationales, devaient montrer, comme à Hochhçim et à Bingen, le plus mauvais vouloir et par moments une insigne lâcheté*. Les troupes de ligne, animées d'un meilleur esprit, comptaient un grand nombre de recrues et, avoue d'Oyré, se trouvaient à peu près au même point que les gardes nationales- Les détachements et les dépôts incorporés provisoirement dans les bataillons et les escadrons avaient besoin de temps pour prendre un peu de cohésion et d'ensemble. Les fuyards de Guntersblum étaient encore sous l'impression de leur défaite, et il fallait les encourager, leur donner la vigueur et Ténergie qui leur manquaient. L'artillerie n'avait pas cent canonniers dressés dans les écoles ^
Les magasins regorgeaient de munitions et renfermaient 900 milliers de poudre. Les grains, les farines abondaient. Mais les viandes fraîches et salées, ainsi que les médicaments, allaient bientôt faire défaut. Les approvisionnements en fourrages n'étaient pas considérables, et Ton avait à peine de quoi nourrir pendant trois mois les 3,000 chevaux de la garnison. Le trésor avait eu Tordre de s'arrê er à Landau, et la caisse militaire ne contenait que quinze cent mille livres, dont la moitié en assignats.
" Schaal, rapport du 19 mai (A. G.); Schaber, 46; Gaudy, 282 i im hôcbslen Grade zu<çellos t.
* Cl". Custine, 234, 244 : Il y avait à Mayence 2 brigades ou 4 régiments de grenadiers comprenant 27 compagnies de ligne et 31 compagnies de volontaires et des compagnies détachées.
• D'Oypé, Mém.^ 5 et 43 ; cf. une lettre de Meusnier à Cusline, 27 mars (papiers de Merlin) ; il juge la cavalerie c pesante et même timide, toujours disposée à resserrer ses vedettes et à se retirer en désordre sur le moindre rapport •.
470 MAYENGE
Mayence n'avait pas, d'ailleurs, la puissance que lui attribuait Cusline. Sur la rive droite, malgré les efforts de Clémencet et de Gay de Vernon, les fortifications de Kastel, encore inachevées, n'étaient pas à Tabri d'une surprise. Le fort de Mars, situé dans l'île du vieux Mein, n'aurait pu tenir contre une attaque de vive force. Le fort de la République ne se composait que d'un simple retranchement établi sur une langue de terre.
Mais ce Kastel, qui n'était naguère qu'uue tête de pont incapable de résistance, et qui, pendant l'hiver de 1792, avait surgi, pour ainsi dire, du sol, passait pour imprenable. On avait occupé, pour flanquer sa gauche, en aval du Rhin et à environ six cents toises du pont de bateaux, la Pelersau ou île Saint-Pierre, qui s'allonge jusqu'en face du moulin de Biebrich. La possession de cette île était d'une extrême importance : une fois à Saint-Pierre, l'ennemi pouvait attaquer la gauche de Kastel, intercepter la communication entre les deux rives, détruire les moulins de l'arsenal et battre à revers, outre le pont de bateaux, une partie de l'enceinte de Mayence. On ne se borna pas à mettre des troupes dans l'Ile Saint-Pierre; on la coupa de quelques retranchements ; on releva de ses ruines une ancienne redoute qu'on garnit de batteries. Pareillement, et pour mieux empêcher les alliés de s'emparer de la Pelersau, on occupa l'île d'Ingelheim ou de Saint-Jean.
Toutefois, on négligea de se loger à la pointe du Mein et dans la Gustavsbourg. D'Oyré craignit sans doute de s'étendre démesurément. Mais posséder la pointe du Mein et la Gustavsbourg, c'était compléter le système de défense et de toutes parts éloigner l'assiégeant. Maître de la Gustavsbourg, l'ennemi finit par obliger les Français à quitter les îles de l'embouchure du Mein ; il tint
d'oyré 174
constamment en respect les forts de Mars et de la République; il protégea l'aile droite de Tattaque dirigée contre Mayence, assura la prise de Weisenau, facilita rinstallation des batteries sur la rive gauche du Rhin, interdit aux républicains de s'établir derrière les ruines de la Chartreuse et de la Favorite*.
Quant à la place même, elle était dans le même état qu'au mois d'octobre 4792, lorsque l'armée française parut devant ses murs. L'enceinte intérieure, qui comprenait douze bastions et la citadelle, imposait à première vue par la hauteur et la bonne apparence des revêtements de l'escarpe et de la contrescarpe, ainsi que par les ressources de la défense souterraine. Mais la citadelle était trop petite, et les bâtiments qui l'encombraient devaient, dans un bombardement, écraser la garnison sous leurs débris. Tous les bastions, sauf deux, manquaient de capacité. Les remparts n'avaient pas la largeur nécessaire, et l'on ne pouvait y monter les canons que par des rampes étroites et raides. Le terre-plein était entièrement à découvert.
La deuxième enceinte se composait de quatre forts fermés à la gorge et de deux ouvrages non fermés, reliés par des lignes de redans : le Hauptstein ou fort Saint- François, situé sur la croupe du Gartenfeld ; le Linsenberg ou fort Saint- Joseph ; le fort Saint-Philippe; le fort Sain te- Elisabeth; le fort Welche ou italien ; le fort Saint-Charles. Ces forts, revêtus d'escarpe et de contrescarpe, enveloppés d'un chemin couvert, munis d'abris voûtés, constituaient un vaste camp retranché qui se développait sur une étendue de plus de deux mille toises et offrait à une nombreuse garnison de grands
* Duncker, 276-277 ; Nau, IV, 423; Journal du siège.
472 MATENCE
emplacements pour se déployer pendant le blocus. Mais, à cause d'un Iracé vicieux, ils ne se protégeaient que très indirectement et ne tiraient aucune défense ni des longues courtines qui les séparaient, ni du corps de place. Gustine n'avait prescrit de les armer qu'à la fin du mois de mars ; tous les moyens dont il disposait étaient consacrés à la fortification de Kaslel. On dut en toute hâte fabriquer des outils, établir des forges, des fours à chaux et des ateliers de toute espèce, rectifier le palissadement du chemin couvert.
Heureusement d'Oyré fit construire, sous le feu même de Tennemi, des ouvrages avancés qui retardèrent longtemps la prise de la ville. L'assiégeant ne put, dès le mois de mai, porter la première parallèle à la distance d'usage en appuyant sa gauche au ravin de Zahlbach et sa droite à l'escarpement du Rhin. Deux redoutes, l'une sur la hauteur de Zahlbach, l'autre à droite deWeisenau, l'éloignèrent de la forteresse et l'obligèrent à cheminer lentement, avec une circonspection extrême, à l'abri de travaux immenses.
D'Oyré reconnaissait Timportance de Weisenau et voulait même établir une redoute en avant du village. Mais KasLel avait tout absorbé. Il se contenta d'élever une flèche qui protégeait les bivouacs et assurait leur communication avec le fort Saint-Charles par un ouvrage intermédiaire.
Il fît également fortifier la sommité du vallon de Zahlbach. Laisser cette hauteur à l'ennemi, c'était lui fournir à la fois un dépôt couvert pour ses tranchées et un appui solide pour leur gauche. D'Oyré vint le 30 avril, avec Gaudin, examiner la position. Les travaux commencèrent sur-le-champ et bientôt quatre flèches s'élevèrent sur le point le plus saillant du ravin. Le 3 mai,
d'oyrê 473
deux d'entre elles étaient encore imparfaites; mais elles offraient, disait Gaudin, un massif capable de mettre les troupes à couvert. Le lendemain, une troisième flèche, ébauchée dans la nuit par Boisgérard, en avant des deux premières, sur le bord de la hauteur, dominait la plaine, et le canon qu'elle épaulait, protégeait les sorties des assiégés. Le même jour, une quatrième redoute flanquait la droite des trois autres, et ces quatre ouvrages, rapporte Gaudin, « éclairaient si avantageusement tous les fonds et chemins creux que Tennemi n'osait plus se montrer sur ce terrain' ».
Enfin, d'Oyré, ne sachant encore quel serait le point d'attaque, pourvut à la défense de Tenceinte du nord, entre le Rhin et le Hauptstein. Il fit réparer ou construire des digues et des écluses pour mettre à fleur d'eau le terrain du Gartenfeld, et il projeta d'établir un ouvrage de résistance, à la droite du Hauptstein, sur l'extrémité de la crête qui se prolonge jusque vers la forêt de Mombach. Il manquait de travailleurs pour exécuter cette redoute et de soldats pour la défendre. Toutefois, le 27 mai, des ouvriers commencèrent une flèche qui traversait le chemin creux et qui devait être fermée à la gorge par des abatis *.
» Cf. le Mém. de d'Oyré et surtout Gaudin.