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I.ES BANQUES D’ÉMISSION

l’or déposé par les porteurs de reconnaissances. Puis, du moment qu’on laissait circuler les reconnaissances après avoir disposé du dépôt, on se décida à émettre des reconnaissances de dépt , des billets de banque sans avoir reçu aucun dépôt. Il n’y avait là aucune différence. C’était également des billets de banque à découvert, de la monnaie fiduciaire.

L’abus est devenu usage, l'usage est devenu loi et souvent privilège. Les banques qui frappent la monnaie fiduciaire s’appellent banques d’émission. Pour donner du poids à cette monnaie, on promet de la rembourser en or à première réquisition. On promet là ce qu’on a la certitude de ne pas pouvoir tenir.

Il y a telle banque privilégiée qui a lancé et qui maintient dans la circulation des billets dont le montant est peut-être égal au cinquième de la monnaie métallique qui existe dans le pays. Que possède cette banque pour faire face à l’engagement pris de rembourser à vue une dette si énorme et toujours échue? Elle possède des immeubles, des fonds publics et des effets à échoir. Ce sont des biens réels et des valeurs excellentes, mais ce sont

CHAPITRK XXXV

des biens invendus ou des valeurs futures; bieiiis et valeurs avec lesquels on ne peut rien payer sur l’heure. Quant à l’or qu’on doit rembourser aux porteurs de billets, il n’existe nulle part. La provision ordinairement limitée qu’on inscrit au bilan de la banque ne lui appartient très-souvent que pour la moindre partie, tout le reste est la propriété des titulaires de dépôt, véritable propriété, car la banque d’émission ne paye aucun intérêt à ses comptes-courants, elle n’est pas leur débitrice, mais simplement dépositaire de leur or, et ils peuvent l’exiger à toute minute. On a beau dire que la convertibilité en or des billets est garantie par l’encaisse. On répondra que cette encaisse n’appartient pas au garant, que donc elle ne garantit rien. Elle a un propriétaire et ce propriétaire ce n’est pas la banque, ce n’est pas le porteur de billets, c’est le déposant nominatif, le compte-courant sans Intérêts.

Favorisé par la puissance publique, le billet de banque est cependant accepté ; il est accepté parce qu’il est très-portatif, très-commode et qu’il rend à cet égard le même service que rendait la reconnaissance d’or déposé ; il est accepté, parce que, malgré

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