I. — LA PREPARATION
Cette phase est capitale : d'elle dépend la sécurité du saut.
Le cheval abordant un obstacle commence instinctivement à régler ses foulées, de manière à « l'encadrer » dans sa phase de suspension. L'obstacle doit être autant que possible la flèche de la trajectoire du saut.
La modification des foulées amène le cheval à prendre sa battue de départ dans la zone propice. Cette zone est délimitée par deux distances, La distance maxima mesure l'éloignement maximum de la trace des deux derniers posers antérieurs au pied de l'obstacle. Cette distance varie avec les possibilités de chaque cheval et la vitesse du galop.
Sa valeur moyenne est de 2 m. 50. Pour les chevaux à grand moyens. (longs rayons, détente puissante), et dans Île saut de course à trajectoire très. tendue, l'appel peut être pris de plus loin : le cheval profite de son élan.
La distance minima mesure l'éloignement minimum des traces anté-. rieures au pied de l'obstacle ; en général elle est égale à la hauteur de celui-ci.
‘Ainsi la zone propice à la battue de départ se réduit avec la hauteur de l'obstacle.
Si le cheval saute de trop loin, les postérieurs tt Si la battue est frappée trop près, le cheval entraîné par son élan ne peut fléchir ses ahtérieurs qui cognent dans l'obstacle. Parfois cependant, les avant-bras n'ayant pas le temps de « monter » sans heurter la barre, restent étendus et obliques vers l'arrière. Dans le cas d'une faute de ces membres, la chute est inévitable, le cheval ne peut les étendre en avant pour se recevoir.
Dans le saut en largeur, la distance minima ne joue pas ; le cheval peut s'enlever de très près pour allonger son saut.
Le cheval règle ses foulées en prévision du saut en les allongeant ou les raccourcissant. L'allongement des foulées éloigne les postérieurs de la masse et sépare leur évolution de celle des antérieurs, en prolongeant la durée de suspension du galop. L'augmentation de vitesse consécutive abrège et gêne le temps piqué des antérieurs nécessaire au détournement de leur détente vers le haut. L'avant-main s'élève moins rapidement, les postérieurs se posent plus tardivement et ne peuvent ainsi accélérer l'ascension des antérieurs. Le cheval est sur les épaules : il ne pourra pallier au manque d'élévation de l'avant main qu'en prenant sa battue de très loin pour profiter de son élan. L'ascension de l'avant-main pourra ainsi s'accomplir entre les traces des posers anté-
rieurs et le sommet de l'obstacle.
Le raccourcissement des foulées favorise au contraire l'engagement des
postérieurs et le prolonge. Il rassemble les évolutions des membres postérieurs
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et antérieurs en écourtant la suspension du galop. La détente de l'arrière main suit de près l'enlever de l'avarit-main. Le cheval peut frapper sa battue bien plus près de l'obstacle ; par la répétition accélérée de ses foulées. il conserve intacte l'énergie cinétique de sa propulsion.
Il. — LA BATTUE DE DEPART
. Cette phase comprend les battues successives des antérieurs et des postérieurs qui déterminent l'enlever de l'avant main et de l'arrière main.
a) Battue des Antérieurs — Enlever de l'Avant-Main
Lorsque la vitesse est trop grande et l'engagement des postérieurs insuffisant au moment des posers antérieurs, le cheval peu assoupli commence à freiner sur son avant main. Les antérieurs se posent très obliquement, l'encolure s'abaisse et s'allonge par un double mécanisme (Mouvement actif: contraction des matoïdo huméraux qui gênent l'oscillation du scapulum et partant de tout le membre - Mouvement passif : effet de la force vive qui entraîne en avant le balancier cervical). ;
Cet abaissement d'encolure a une influence heureuse sur l'arrière main. La tension des muscles cervicaux supérieurs aide la contraction des ilio spinaux. Ces muscles prenant insertion fixe à l'encolure maintiennent l'arrière main soulevée. Les postérieurs profitent de ce temps d'arrêt et de cette élévation de la croupe pour se fléchir et s'engager davantage, en rattrapant leur retard sur les antérieurs. ‘
Toutefois cette façon d'opérer l'engagement des postérieurs ne se rencontre que sur un cheval peu exercé ou fatigué, incapable d'enlever son avant main par la seule détente des antérieurs, ou d'engager ses postérieurs au moment de la suspension qui suit le lever des antérieurs.
Le ralentissement marqué qui résulte du temps piqué est très déplaçant pour l'assiette du cavalier. Il rompt la cadence de l'allure et impose un travail supplémentaire aux muscles de l'avant main. Parfois l'obliquité des antérieurs: à leur poser est telle qu'elle prolonge leur appui; les postérieurs se posent avant le lever de ces membres. Le cheval « saute Ces quatre pieds » si la détente de l'arrière main suit de peu l'enlever de l'avant main.
Le cheval dressé à l'obstacle modifie insensiblement ses foulées pour atteindre la zone propice à la battue sans freiner brutalement. L'avant-man s'enlève avant le poser des postérieurs. Le saut est coulant, il est dit « dans la foulée ».
: Les antérieurs effectuent leur poser successivement. L'antérieur du diagonal associé prolonge son appui après le lever de son congénère diagonal. Il se lève, à la suite d'une oscillation complète autour du sabot, avant l'autre antérieur (antérieur du galop). Celui-ci écourte son appui et se lève dès que son axe directeur a atteint la verticale.
La détente des deux antérieurs produite par l'ouverture des angles articulaires (épaule, coude et boulet) projette l'avant-main vers le haut.
Cette détente s'accompagne d'une élévation brusque de l'encolure. Le mouvement commencé pendant l'appui des antérieurs avait d'abord surchargé l'avant-main et bandé les muscles propulseurs. Il s'achève peu après le moment où les antérieurs se détachent du sol. L'énergie cinétique de l'élévation cervicale entraîne l'avant-main vers le haut.
Ce geste s'accomplit sous la contraction combinée des muscles cervicaux supérieurs (splénius, rhemboïde, compiexus, angulaire). La base d'encolure reflue en arrière et reporte dans le même sens l'insertion antérieure des iliospinaux dont la détension consécutive favorise l'engagement des postérieurs. Ainsi le lever anticipé des antérieurs permet aux postérieurs de s'engager davantage. Dès le poser de ces membres, les abdominaux se relâchent, les ilio-spinaux se contractent et maintiennent l'élévation de la base d’encolure.
Le dernier antérieur, une fois levé, se rapproche de son congénère au soutien à mesure que l'avant-main continue son ascension, Les épaules « montent » sous la contraction simultanée des grands dentelés et des mastoïdohuméraux : les deux scapulum basculent vers l'arrière et le bas.
Les humérus se fléchissent sous l'action des grands ronds et des deltoïdes. La fermeture scapulo-humérale qui en résulte entraine la tension de la corde du biceps et la flexion,consécutive du coude : les avant-bras s'élèvent. Les canons se fléchissent et se replient contre les avant-bras (action des cubitaux et des grands palmaires). Les boulets et les phalanges fléchis font disparaître les rayons digités derrière les canons.
b) Battue des Postérieurs — Enlever de l’Arrière-Main
Les postérieurs peuvent se poser pendant l'appui des atnérieurs ou après leur lever,
Ces membres très engagés sous Île tronc par la contraction des abdominaux et des psoas s'avancent simultanément. Le grand droit de l'abdomen peut donc coopérer à leur engagement.
Les postérieurs se posent l'un en avant de l'autre : le plus avancé se pose le dernier. Souvent la flexion de soutien de ces membres est outrée. Dans l'extension brusque qui précède leur poser, les sabots frappent violemment le sol: l'appel est vigoureux.
Leurs angles articulaires étant très fermés, la croupe est Re, Cet abaissement combiné avec l'élévation de l'encolure favorise la bascule du tronc et la montée de l'avant-main.
Pendant l'appui des deux postérieurs leurs angles articulaires s'ouvrent, leurs colonnes s'allongent en élevant l'arrière-main. Arrivés à leur extension maxima, ils se détachent du sol et projettent l'arrière-maïn, À ce moment leur direction est plus ou moins oblique ou verticale suivant la trajectorie du saut à fournir. ’
Les muscles ischio-tibiaux ont un rôle prépondérant dans la détente des postérieurs et l'enléver. Ils agissent à la fois sur leurs insertions distales (ouverture de la hanche, du grasset et du jarret) et sur leurs insertions proximales (bascule de l'ischium et du sacrum vers le bas). Ces muscles sont avec les fessiers les agents essentiels du cabrer et de l'élévation de l'avant-main.
Leur action se prolonge dans les iio-spinaux qui se contractent pour opérer la montée des épaules et aider la détente de l'arrière-main (prolongation de leur contraction sur les fessiers).
À ce moment, l'encolure arrivée au point culminant de son élévation, s abaisse sous l'action des mastoïdo-huméraux qui « montent » les épaules et des muscles cervicaux inférieurs (long du cou). La contraction des ilio-spinaux maintient la base cervicale en arrière; ainsi l'encolure présente une forte convexité de son bord supérieur qui s'accentue avec la plongée de la tête vers le bas. Ce geste a deux effets :
1° Effet cinématique, — Le début de l'abaissement décharge l'avantmain et facilite son élévation.
2° Effet dynamique. — Les muscles cervicaux supérieurs (splénius, complexus) peuvent prendre insertion fixe en avant et aider les ilio-spinaux dans la détente finale des postérieurs. Leur contraction étend et tire en avant la parti antér'eure du dos. Cette action est surtout marquée au moment de l'arrêt de l'abaissement.
L'enfoncement de l'encolure, ayant tendance à affaisser la base d'encolure, affermit l'insertion antérieure des ilio-spinaux dont la contraction est ainsi tout entière consacrée à l'élévation de‘l'avant-main et à la détente des postérieurs.
I s'écoule toujours un certain laps de temps entre l'enlever de l'avantmain et celui de l'arrière-main. Plus le saut est décomposé, basculant et sa trajectoire détendue, plus ce temps augmente en durée. De même, le freinage marqué avant le saut, réduisant la vitesse et l'énergie cinétique, oblige le cheval à une dépense musculaire plus grande, à un effort plus intense qui se traduisent par un appui prolongé des postérieurs. Une battue frappée trop près de l'obstacle nécessite le cabrer total de l'avant-main sur les postérieurs. Dans ce cas, ces membres très engagés et surchargés fléchissent fortement, s'affaissent au début de leur appui ; ce mouvement accentue la bascule du tronc et l'élévation de l’avant-main. À ce compte seulement, le cheval peut faire passer ses antérieurs sans butter dans l'obstacle. |
Au moment du lever des postérieurs, l'inclinaison du corps est maxima. L'encolure complètement étendue prolonge la ligne du dos.
II. — SUSPENSION La phase de suspension comprend trois périodes :
a) La Montée,
b) Le Planer,
c) La Descente. | a) La Montée
La détente des postérieurs se combine avec la force de pesanteur pour déplacer le corps suivant une trajectoire parabolique. La branche ascendante de la trajectoire constitue la montée.
La montée est d'autant plus accentuée que la trajectoire est plus étendue (obstacle élevé, battue de très près).
Pendant la montée, les antérieurs continuent leur flexion et achèvent de se trousser. L'encolure poursuit son abaissement.
Les postérieurs restent étendus vers l'arrière ou parfois se fléchissent peu après l'enlever de l'arrière-main.
b) Le Planer
La portion de trajectoire sensiblement horizontale qui succède à la montée porte le nom de planer.
Le planer est réduit quand le saut est très basculant (trajectoire détendue). Par contre sa durée est plus longue lorsque le saut se fait en largeur (trajectoire tendue). :
Pendant le planer s'effectue lé passage des antérieurs et des postérieurs.. É
Dans le saut basculant, la descente de l'avant-main suit de près le passage des antérieurs ; elle provoque simultanément la montée de l'arrièremain et le passage des postérieurs.
Les phénomènes présidant au passage des antérieurs et des postérieurs sont identiques dans les sauts avec planer marqué ou basculant. Ils ne diffèrent que par leur intensité, ?
Nous les étudierons dans le saut basculant où ils sont très nets.
1° Passage des Antérieurs :
Les membres sont le plus souvent retroussés sous le corps. Rarement ils sont étendus en avant : le saut est dit «en panthère ».
L'encolure s abaisse encore pour permettre le passage facile des antérieurs (décharge de l'avant-main),
2° Passage des Postérieurs :
Dès que les antérieurs ont franchi l'obstacle, l'arrêt de l'abaissement cervical (énergie cinétique) entraine les épaules vers le bas. Par contre-coup, : le relèvement de la croupe s accentue.
Au geste d'abaissement de l'encolure succède une élévation ; le début de ce mouvement surcharge les épaules (réaction), précipite la descente de l'avant-main. La bascule de tout le corps qui en résulte favorise la montée de la croupe et passage des postérieurs. Ceux-ci peuvent franchir l'obstacle de deux manières :
a) Allongés dans la position de ruade conservée depuis l'enlever de l'arrière-main. +
b) Retroussés et fléchis sous le ventre. La flexion de ces membres peut gêner la montée de l'arrière-main dans un saut très basculant. En effet elle développe une force de réaction qui attire la croupe vers le bas. L'inconvénient de cette flexion est moindre dans un saut en largeur. Généralement
elle se produit après le passage des postérieurs, combinée avec l'engagement de ces membres.
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