‹ Mécanique ÉquestreChapitre 123 sur 146 · LE SAUT RATIONNEL · texte numérisé non relu

LE SAUT RATIONNEL

Le promoteur du saut rationnel en France est le capitaine de Sevy. Nous nous inspirons de ses études pour analyser la monte rationnelle à l'obstacle.

Le cavalier doit à la fois se lier au mouvement et au cheval

Grâce à la suspension-souple de son corps (étrivières plus courtes) il peut se donner un geste propre qui annule les effets de son inertie et de sa force vive, ou amortir les réactions par le jeu de ses angles articulaires.

/ L'adhérence au cheval doit se faire par la pression des mollets et non des genoux. La fixité des genoux entrainerait la suppression du jeu de cette articulation.

À la battue des antérieurs, le buste s'abaisse pour transformer l'avance brutale dûe à son énergie cinétique en une rotation autour des mollets. Ce geste décharge l'avant main plus apte à s'enlever. Ce mouvement ne s'achève qu'après la détente des postérieurs. Ainsi, la rotation, combinée à une légère avance du buste penché en avant, permet au cavalier de devancer le cheval dans sa projection et d'éviter le choc de l'accélération. Le buste étant incliné, la détente des postérieurs entraîne en avant les jambes et recule progressivement le bassin. Le haut du corps, dans l'axe de projection, ne se redresse pas brutalement. Par le jeu des angles articulaires qui cèdent insensiblement le cheval s empare petit à petit de la masse du cavalier. La détente des postérieurs est grandement facilitée.

Le mouvement de projection fait rétrograder le cavalier à sa place normale au-dessus de la selle. Le cheval rattrape le cavalier. Celui-ci conserve son buste incliné. Cette avance du buste, en dehors de son rôle mécanique, possède un effet moral décisif sur le cheval. L'homme précède l'animal dans dans le saut, il l'assure ainsi dans sa volonté de franchir l'obstacle et l'y force en quelque sorte.

Pendant la suspension, le cavalier ne bouge pas tant que le cheval ‘accomplit son planer. Les rênes filent entre les doigts pour laisser à l'encolure toute liberté de s'étendre et de rectifier le saut s'il y a lieu.

Au moment de la descente de l'avant main, l'encolure se redresse. Le buste du cavalier accomplit le même mouvement, à la fois par un geste propre et grâce. à l’accrochage des mollets dont l'enfoncement déplie les articulations du cavalier. |

Le relèvement du buste supprime le retard cavalier-cheval (réaction : enfoncement du bassin). Le contact avec la selle est maintenu. Le choc de la retombée sur le dos du cheval est évité. Ce relèvement prépare le geste d'abaissement ultérieur qui se produit à la réception.

Dès l'appui des antérieurs le buste s'abaisse dans une rotation autour des mollets. Il diffère ains l'instant où l'avant main supportera sa charge entière, par une livraison graduelle de son poids. La suspension souple du cavalier au-dessus de ses étriers permet la fermeture insensible de ses angles articulaires ouverts dans la phase de descente (cheville, genou, hanche). Le choc de la réception est amorti, l'avant-main du cheval soulagé.

L'abaissement se continue pendant l'appui des antérieurs et le rebondissement consécutif de l'avant-main. Ainsi sont évités : chute par flexion des

antérieurs ou retard de leur nouveau poser nécessaire pour prévenir une perte.

d'équilibre vers l'avant. De plus l'enlever rapide de l'avant-main permet l'engagement maximum des postérieurs qui viennent en aide aux antérieurs pour étayer la masse le plus vite et le plus en avant possible.

Tels sont les gestes essentiels du cavalier pendant le saut. Ces mouvements ne sont pas d'une nécessité absolue, Le cavalier doit seulement connaître les effets de son buste pour les adapter à tel saut particulier. Ainsi, en prévision d'une nouvelle battue toute proche, l'abaissement du buste à la réception peut se borner à une simple inclinaison. Dans l'enlever de l'avantmain nécessaire au nouveau saut, l'élévation de l'encolure ne viendra pas se heurter au corps du cavalier.

De même dans certains sauts en contre-bas très profond ou les sauts de gros obstacles (Saut du Becher's Brook dans le Grand National de Liverpool), le corps du cheval étant très oblique à la réception ,la position accroupie: du cavalier n'est plus soutenable au moment du poser des antérieurs. Le redressement préalable du buste doit être beaucoup plus marqué pendant la descente de l'avant-main. Le cavalier arrive presque à s'incliner vers l'arrière. Ainsi, il prolonge la durée de son abaissement ultérieur, et retarde le moment où ce geste, arrêté, entraînera la surcharge des épaules. Ce retard est nécessaire, car, dans ses sauts, les postérieurs peuvent se poser longtemps après les antérieurs. L'avant-main reste plus longtemps à l'appui, car sa détente est paralysée par la surcharge’ qu'elle éprouve. Ces membres se sont posés très verticalement. Si le buste du cavalier, projeté en avant, venait butter contre les épaules et l'encolure pendant l'appui des antérieurs, il précipiterait leur oscillation. Les postérieurs encore non engagés ne pourraient soutenir la masse et ce serait la chute.

On comprend ainsi la position plus redressée des jockeys du steeple au moment de la réception, dans des sauts de gros obstacles.

CONDUITE DU CHEVAL

Le cavalier doit pouvoir engager les postérieurs de sa monture pour disposer du maximum de leur détente et assurer l'enlever rapide de l'avantmain.

En effet ,le cheval évite l'accrochage grâce à l'engagement in extrémis de ses postérieurs.

L'avance de ces membres sous le tronc permet une battue rapprochée de l'obstacle (pas de faute de postérieur).

La mise en tension des ischio-tibraux allonge leur course de contraction et renforce la détente des postérieurs. Au début de l'appui, cette contraction ne peut se traduire par une ouverture des angles articulaires (voir théorie de la locomotion) ; elle mobilise bien plus l'insertion supéreure des muscles. L'ischium s'abaisse, le cheval se cabre et enlève puissamment son avant-main (pas de faute d'antérieur).

« La base de la méthode mexicaine est l'engagement : ils travaillent

en permanence”et très longtemps tous les jours en faisant des démarrages rapides, en arrêtant net (une ou deux foulées au maximum) et en reculant (des reculs rapides de 10, 15, 25 mètres même),

Engagement, engagement, engagement, cheval en permanence sur les jarrets. Voilà l'essentiel de leur méthode...

Grâce à cet extrême engagement, les chevaux ont une magnifique détente, sont ronds en se servant extraordinairement de toute leur encolure. »

Ainsi s'exprime le Chevalier d'Orgeix, au sujet du Colonel Cortez, grand triomphateur des Jeux Olympiques de Londres. Cette citation met deux faits en lumière:

1° la valeur de l'engagement,

2° l'importance du geste cervical et de son aide dans la détente de l'arrière-main (convexité de l'encolure).

L'engagement des postérieurs à la dernière battue est préparé par le raccourcissement des 2 ou 3 dernières foulées avant l'obstacle. Ce raccourcissement entraîne le poser des antérieurs juste après celui des postérieurs. L'enlever précoce de l'avant-main est ainsi favorisé. Le temps piqué disparait,

l'engagement des postérieurs est grandement favorisé. É Le cavalier doit donc rassembler son cheval dans les dernières foulées par la pression accrue des jambes en arrière des sangles (contraction des abdominaux). D'où l'expression consacrée : monter à l'obstacle avec les jambes. Les mains n'interviennent que pour régler la vitesse en forçant le rassembler ou en demandant un surcroît de rapidité (répétition accélérée des foulées, sans détruire l'engagement).

Mains et jambes se prêtent donc un mutuel appui. Pour donner cet engagement des postérieurs sans ralentir sa vitesse, le cheval doit être dressé et se livrer à l'action des aides,

CONCLUSION

Des trois grands chapitres de cette mécanique équestre, il est possible de retenir quelques idées directrices.

Page 1