‹ Mécanique pratique (volume 2)Chapitre 34 sur 66 · EH · texte numérisé non relu

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Il se produit d'ailleurs dans ce théâtre, comme dans tous les autres édifices, des introductions d'air très-notables par les portes et autres orifices accidentellement ouverts, et le volume d'air extrait des salles dépasse très-notablement celui qui est admis par les orifices spéciaux ménagés à cet effet. Mais ce mode d'introduction donne lieu à des courants d'air désagréables, qu'on ne peut atténuer qu'en se ménageant de larges et faciles entrées normales. C'était pour les obtenir en tous temps, et surtout l'été, que la Commission avait insisté sur l'ouverture d'orifices d'admission directe à travers les murs du bâtiment. Il est regrettable qu'on n'ait pas tenu compte de ses observations.

L'on verra plus loin que, si les restrictions apportées malgré les indications de la Commission, aux dimensions qui avaient été fixées pour les passages d'admission de l'air neuf ont réduit ce volume à 25 000 mètres cubes au lieu de 51 000 mètres cubes, qu'on espérait avoir avec les dispositions adoptées, à l'inverse, l'activité donnée à l'appel par le système d'éclairage qui a été employé et qui est plus puissant que celui sur lequel la Commission avait compté, a, au contraire, élevé le volume d'air évacué à près de 0,20 au-dessus de celui qui était demandé.

Tous les conduits d'évacuation de l'air vicié débouchent circulairement à la base d'une vaste coupole, comme on peut le voir sur le plan de cet étage et sur la coupe transversale de l'édifice (pi. XIV).

Ces conduits sont au nombre de 74 pour les premier, deuxième et troisième étages, offrant ensemble une section totale de 4m-^,625 au débouché, et de 56 pour le quatrième appelé amphithéâtre, ayant au débouché une section totale de 3ru-<i,528. Les deux conduits de ventilation du parterre arrivent aussi dans la coupole par une section de 4m "1,739. Par conséquent la somme de tous les orifices d'évacuation débouchant dans cette coupole est de 12m,(î,892, ou de 0m-%0079 par place. La vitesse moyenne observée a été, comme on le verra plus loin, de lm,90 pour les premiers,

de lm,31 pour les seconds et de 0,u,8l pour les derniers. Par conséquent, si la somme des sections de passage avait été de 23m,<'54 ou de 0m"*,0143 par place, comme la Commission l'avait d'abord indiqué dans son rapport, une vitesse d'un mètre par seconde, qui n'aurait pas exigé un aussi grand développement de chaleur que celui des 1180 becs de gaz installés dans la coupole, aurait été obtenue facilement et aurait suffi pour assurer une évacuation de plus de 85 000 mètres cubes par heure.

Cette observation n'a pour but que de montrer qu'à l'aide de sections de passage suffisantes, l'on peut, sans employer un aussi grand développement de chaleur que celle qui a lieu dans cette salle, obtenir une évacuation d'air considérable. L'on voit même que l'on pourrait rester au-dessous de la proportion indiquée et limiter la section des conduits verticaux et des orifices de débouchés à 0m,<ï,01 par place, ce qui, avec la vitesse d'un mètre par seconde, produirait une évacuation de 36 mètres cubes par heure et par place.

555. Des moyens d'appel. — L'appel dans les cheminées FF est produit par la chaleur perdue par les tuyaux de fumée des calorifères pendant l'hiver, et au besoin pendant l'été à l'aide des foyers spéciaux établis au bas de ces cheminées.

A tous les autres étages, les becs de gaz d'éclairage des corridors sont pour leur prise d'air et pour l'évacuation des gaz chauds, mis en communication avec les tuyaux d'évacuation des loges.

Il avait été indiqué de diriger vers la cheminée centrale d'évacuation les gaz chauds provenant de la rampe qui devait être enveloppée, afin de profiler de leur chaleur pour activer les appels. Mais l'installation de cette rampe d'éclairage n'ayant pas été satisfaisante dès les premiers jours, l'on s'est empressé de la supprimer, au lieu de chercher à l'améliorer, ce qui eût été possible, puisqu'un système analogue fonctionne à l'Opéra depuis un an.

554. Observations sur la description précédente. — En résumé l'on voit qu'une partie des orifices d'introduction de l'air extérieur ont été exécutés selon les prescriptions de la Commission, mais quelques-uns des conduits verticaux d'arrivée d'air n'offrent pas une section suffisante et égale à celle des entrevoux correspondants, ce qui a tenu à la difficulté de coordonner les dispositions convenables pour la ventilation avec la construction , dont les dimensions générales avaient été déjà arrêtées par l'architecte, avant qu'on ne s'occupât de la ventilation, ainsi qu'il arrive malheureusement presque toujours.

Les communications que, pour assurer la ventilation d'été, l'on devait établir directement et à hauteur des divers étages, entre l'air extérieur et les entrevoux, ainsi que dans les gaines verticales du cadre de rideau, n'ont pas été exécutées, malgré une réclamation en date du 7 novembre 1861, c'està-dire en temps utile, transmise à M. l'architecte par le président de la Commission, M. Dumas. Cette altération des dispositions prescrites est très-regrettable, et peut avoir pour la ventilation d'été des inconvénients graves.

C'est, en effet, dans cette saison, alors que la température extérieure ne favorise pas l'introduction de l'air, qu'il importe beaucoup d'ouvrir à son admission les accès les plus faciles, au lieu de l'obliger à monter du soubassement de l'édifice pour atteindre les entrevoux.

555. Effets des prises d'air directes, observés au théâtre du Cirque. — L'utilité de semblables communications directes est évidente d'elle-même, et une expérience faite au théâtre du Cirque, dont on rapportera plus loin les résultats, l'a manifestée d'une manière irrécusable.

Aussi, en signalant à regret la faute que l'on a commise en supprimant ce moyen puissant d'admission de l'air extérieur pour la saison d'été, le rapporteur de la commission ne peut consentir à en accepter la responsabilité.

Quant aux gaines disposées en dedans de la scène et le

long du mur qui la sépare de la salle, pour l'arrivée de l'air nouveau, elles n'ont pas reçu non plus le développement demandé et n'ont pas été mises en communication avec l'air extérieur pour la ventilation d'été, ce qui sera encore pendant cette saison un obstacle à l'introduction de l'air. Après la construction, l'ingénieur, M. d'Hamelincourt, a fait mettre ces gaines en communicalion plus directe d'une part avec les chambres de mélange des calorifères, et de l'autre avec la scène près du cadre du rideau, pour verser immédiatement de l'air dans la salle.

Cette disposition, qui est bonne, a cependant donné lieu à quelques observations : la principale, qui avait été prévue, c'est que les débouchés de l'air dans le voisinage du cadre du rideau ne doivent s'ouvrir qu'à une certaine hauteur, à 5 ou 6 mètres même au-dessus du plancher, afin que les artistes n'en soient pas incommodés.

556. Conséquences des observations précédentes. — De ces réflexions il résulte que des divers moyens de faire arriver l'air dans la salle du Théâtre-Lyrique, le seul qui n'ait donné lieu à aucun inconvénient, c'est celui qui avait été proposé par Darcet, et qui consiste à le faire affluer par les entrevoux des divers étages de loges. Nous avons regretté de ne pouvoir lui donner plus de puissance par une meilleure proportion des passages.

Ensuite, et comme complément viendraient les orifices ménagés dans le cadre du rideau et dans le tympan, disposés à partir d'une certaine hauteur, mis en communication avec les calorifères d'une part et de l'autre avec l'atmosphère qui, au moyen de registres convenablement disposés et manœuvres, selon les saisons, peuvent être d'un grand secours pour l'admission de l'air nouveau. Mais l'on devra éviter d'ouvrir ceux qui déboucheront dans les parois verticales du cadre du rideau du côté intérieur de la salle, parce que les spectateurs voisins de l'avant-scène pourraient être incommodés par le courant d'air.

557. Observation relative à V éclairage et à son influence sur r évacuation de Vair vicié. — Les dispositions adoptées pour cette évacuation sont, en général, conformes au programme et au projet adoptés. La plus importante modification qui ait été introduite est relative à l'éclairage de la salle pour lequel on a substitué à la cheminée et au lustre ordinaire prévus, une vaste coupole éclairée par 1180 becs de gaz, dont la lumière traverse un plafond vitré et répand dans la salle une brillante clarté.

Je ne m'occuperai pas ici de l'effet de la lumière un peu jaunâtre, quoique éclatante, que produit ce mode d'éclairage, j'attendrai, pour savoir si la dépense assez considérable qu'il occasionne est compensée par ses avantages, les résultats d'un service plus prolongé et surtout plus régulier que celui qui se fait actuellement, ainsi que l'opinion du public. Je me bornerai à rechercher l'influence qu'exerce sur l'évacuation de l'air vicié, la chaleur développée par la consommation considérable de gaz qui est faite dans cette coupole. C'est ce que je ferai plus loin en discutant les résultats des expériences.

Je dois dire cependant, que la construction de cette vaste coupole a permis d'adopter, pour la répartition des orifices d'évacuation de l'air vicié, la disposition très-convenable que l'on trouvera décrite plus loin, et qui est représentée pi. XIV.

Mais il convient, en outre, de faire remarquer que l'intensité de l'éclairage varie beaucoup pendant les représentations et que ces variations influent trop directement sur la ventilation, pour qu'il ne soit pas utile de prendre à ce sujet quelques précautions.

Pendant les actes, quand la toile est levée, il est nécessaire de modérer l'éclairage de la salle, afin de donner aux décorations et aux effets de lumière de la scène toute leur valeur de perspective aérienne. Au moment des entr'actes, au contraire, c'est l'intérieur de la salle qui doit être puissamment éclairé.

Les directeurs de théâtre sont tout naturellement portés à

exagérer la réduction de la lumière pendant les actes, et à restreindre son éclat pendant les entr'actes; mais il n'en existe pas moins une très-grande inégalité pendant les deux périodes, dans la consommation de gaz, et par suite, dans la chaleur développée dans la coupole et qui doit contribuer puissamment à l'appel. Et comme, de plus, au moment des entr'actes une partie du public quitte ses places, les couloirs ainsi qu'un grand nombre de passages sont ouverts, il en résulte que l'appel et l'introduction de l'air acquièrent alors une énergie bien supérieure à celle qu'ils ont pendant les actes. Aussi observe-t-on toujours, durant cette dernière période, une élévation, et durant la première une diminution de température très-notables, comme on le verra par plusieurs exemples, et particulièrement pour le théâtre du Cirque.

Il serait cependant possible de faire disparaître ou au moins de diminuer beaucoup celte inégalité, qui conduit le public à ouvrir les portes des loges, en s'exposant à des courants d'air désagréables et même dangereux. Il suffirait pour cela d'établir vers la base de la cheminée générale d'évacuation de l'air vicié un nombre de becs de gaz suffisant pour consommer pendant les actes une partie ou le complément de la quantité totale de gaz affectée à la fois à l'éclairage et à la ventilation. Par des dispositions faciles à réaliser et qu'on pourrait même mettre à l'abri des effets d'une parcimonie intéressée de la part des directeurs, le gaz qui, pendant les actes, ne devrait pas être brûlé dans les appareils d'éclairage, parviendrait forcément à la base de la cheminée d'évacuation, où il serait consommé au profit de la ventilation, et à l'inverse, pendant les entr'actes, toute la consommation serait reportée sur les appareils d'éclairage. De simples robinets à deux voies, suffiraient pour assurer cette répartition alternative.

o58. Dispositions à prendre pour éviter le refroidissement de la salle dans les journées d'hiver. — Mais si l'évacuation de

l'air vicié est, en général, convenablement assurée au Théâtre-Lyrique, sa réglementation ne l'est pas au même degré, et ce qui est plus important, aucune disposition spéciale n'a été prise pour s'opposer aux rentrées d'air froid dans la salle pendant les intervalles d'une réprésentation à la suivante.

A5 ce sujet j'ai réclamé, le 2 décembre 1862, par une note adressée à M. le préfet de la Seine, des modifications qui me paraissent indispensables, mais qui n'ont pas encore été exécutées (mai 1863).

Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que si, l'été et même pendant la plus grande partie de l'année, il convient que l'appel ait toute l'énergie possible, attendu qu'alors il n'est pas difficile de donner à l'air nouveau une température telle que celle de la salle se maintienne au degré convenable, il n'en est pas de même l'hiver, quand le thermomètre descend à zéro ou au-dessous. Alors, en effet, la densité de l'air extérieur, devenue plus considérable, tend à imprimer à la ventilation une activité plus grande. La vitesse d'introduction de l'air nouveau s'accroît, ainsi que celle de l'air vicié évacué, et comme on ne peut restreindre sensiblement ni l'une, ni l'autre, il faut au moins se ménager la faculté de régler les orifices des passages.

C'est ce quia été fait d'une manière à très-peu près suffisante pour les arrivées d'air nouveau, mais non pour les orifices d'évacuation. Il y a bien au débouché des gaines dans la coupole des registres tournants, destinés à régler Taire de leurs orifices supérieurs, mais ils ne sont pas convenablement établis. Là n'est cependant pas le plus grave inconvénient, il en est un autre plus sérieux.

La cheminée générale d'évacuation qui surmonte la coupole et par laquelle s'échappe, pendant les représentations, tout l'air vicié extrait de la salle, est tout à fait dépourvue de registres, qui permettent de modifier la section du passage et de le fermer complètement.

Or, de semblables registres sont indispensables, non-seu-

lement pour modérer l'évacuation pendant les représentation, ce qui, à la rigueur, pourrait se faire par d'autres moyens, mais encore pour faire cesser entièrement l'évacuation de l'air quand, le public est sorti, et surtout pour s'opposer au refroidissement de la coupole, des conduits qui y aboutissent et aux rentrées d'air froid dans la salle, qui en sont la conséquence.

Il arrive, en effet, dans l'état actuel des choses, que la cheminée, la coupole et les conduits d'évacuation, qui y débouchent, se refroidissant d'autant plus vite que les deux premières sont entièrement en métal, l'air intérieur y devient de plus en plus dense et que de proche en proche les gaines participant h ce refroidissement, tandis qu'à l'inverse la scène et ses dépendances restant chaudes et étant même chauffées de nouveau dans la journée, il se produit de dehors en dedans des rentrées d'air froid dans les loges et au parterre.

J'ai pu, en décembre 1862, constater ces effets, et j'ai immédiatement demandé, pour remédier à cet inconvénient et à d'autres analogues :

1° La visite et la fermeture, aussi hermétique que possible, de tous les registres d'admission de l'air extérieur dans la salle pour le service de jour.

2° Le remplacement des registres placés aux débouchés des gaines d'appel, par des ventelles à coulisses.

3° L'établissement dans la cheminée générale d'évacuation de registres, qui permettent de la fermer après les représentations pendant la saison du chauffage.

Il est bon de faire remarquer, que si les rentrées d'air froid pendant la nuit, dont je viens de parler, ont l'hiver l'inconvénient grave de refroidir la salle, et par suite, la scène pendant le jour où se font les répétitions, et d'exiger un surcroît de dépense très-notable en combustible, qu'il est convenable d'éviter; ces mêmes rentrées d'air peuvent avoir l'été l'avantage de rafraîchir un peu l'intérieur de la salle, si l'on

a l'attention de ne fermer alors les registres que le matin, à l'heure où la chaleur commence à se faire sentir.

669. Effets généraux de la ventilation. — On ne détermine pas dans des amphithéâtres, dans une salle de spectacle, dans un local quelconque , une évacuation considérable d'air vicié, sans que des rentrées d'air équivalentes ne s'y produisent soit par les orifices ménagés à cet effet, soit par tous ceux que la construction, la disposition des lieux, leurs abords, plus ou moins directs, peuvent permettre. Ces effets se manifestent dans toutes nos habitations, dans les appartements, dans les salons de réception, et ils sont assez familiers à tout le monde pour qu'il soit inutile de les signaler.

Mais ils sont encore plus sensibles' et plus désagréables dans les théâtres que partout ailleurs, et il n'est pas hors de propos de faire remarquer que, dans tous les anciens théâtres, qui ne sont ventilés que par le mouvement d'ascension d'air produit dans la salle et de la scène vers la salle par la chaleur du lustre, les rentrées d'air par les couloirs et par l'ouverture des portes de loges, se font par des courants parfois intolérables, qui, à une chaleur de 28 à 30 degrés, font succéder des arrivées d'air relativement très-froid , venant des corridors et des escaliers à une vitesse de lm,00 à lm,50 en 1".

Ces effets, très-sensibles dans les loges, ne permettent pas même d'y ouvrir les vasistas des portes ; ils y amènent souvent de l'air froid par les joints de ces orifices, et rendent certaines loges glaciales, tandis qu'en d'autres endroits de la salle il fait beaucoup trop chaud.

Au théâtre des Italiens, à l'Opéra, par exemple, pendant les entr'actes, l'on sent à l'orchestre jusqu'à une grande distance les courants d'air froid que détermine l'ouverture des portes des baignoires et des couloirs. De semblables effets se manifestent aux galeries et aux amphithéâtres.

S'ils sont inévitables avec des ventilations incomplètes et insuffisantes pour modérer la température, l'on ne saurait

s'attendre que lorsque, au contraire, le volume d'air évacué sera accru dans une proportion considérable, on les fera disparaître complètement ; ce serait trop exiger de l'art de la ventilation ; mais il peut cependant les atténuer beaucoup.

Il ne faut pas oublier, en effet, que, quelque bien disposées, quelque larges et nombreuses que soient les canalisations et les ouvertures ménagées pour l'admission de l'air nouveau destiné à remplacer celui qui aura été extrait par l'appel, toutes les fois qu'un orifice, tel qu'une porte ou un couloir, sera ouvert, l'air des espaces voisins s'y dirigera et y passera avec une certaine vitesse, parce qu'il aura pour les traverser moins de résistances à vaincre que celui qui est amené par des conduits spéciaux moins directs.

Mais il n'en est pas moins certain que plus on aura soin de rendre larges, simples et directs les canaux, les orifices destinés à faire affluer l'air nouveau dans le local à ventiler, plus on diminuera l'intensité des courants accidentels et gênants.

D'une autre part, l'art a d'autres moyens auxiliaires d'atténuer la sensation désagréable que produisent ces courants, en faisant en sorte que l'air qu'ils amènent diffère le moins possible de la température ambiante. C'est à quoi l'on parvient, dans le cas des salles de spectacle, en multipliant les clôtures, les portes battantes des vestibules, des paliers, des couloirs, etc., et surtout en ayant soin de chauffer l'air des intervalles, qui les séparent, à l'aide de bouches de chaleur spéciales, pour y maintenir toujours une température convenable.

560. Observations sur le mouvement général de Vair dans la salle du Théâtre-Lyrique. — Les expériences préalables que nous avions faites pour comparer les divers modes d'introduction de l'air nous avaient montré que son admission par des entrevoux ménagés sous les planchers, et le versant à peu près horizontalement dans l'espace vide, était le moyen à préférer, puisqu'il ne devait causer aucune gêne aux spec-

tateurs. C'est ce que l'observation a complètement confirmé, et ce résultat important prouve que cette disposition doit constituer le mode normal d'introduction de l'air nouveau, sans exclure toutefois certains autres moyens auxiliaires.

Après son admission dans le sens horizontal, cet air, qui a perdu sa vitesse d'arrivée et qui s'est mêlé à la masse générale, en en modérant la température, est lentement appelé vers les orifices d'évacuation ménagés au fond des loges ou dans le plafond de l'amphithéâtre. C'est ce qu'il est facile de constater par l'expérience suivante :

En prenant un de ces petits ballons de caoutchouc gonflés de gaz hydrogène, et convenablement lesté pour qu'il ne soit pas trop léger, si on l'amène sur le devant d'une loge à une certaine distance du plafond sous l'étage supérieur, et qu'on l'abandonne à lui-même, on le voit peu à peu se diriger lentement vers le fond de la loge en suivant le plafond, atteindre le plan de la draperie qui limite le petit salon, s'abaisser pour en dépasser l'encadrement, puis gagner d'un mouvement un peu plus accéléré l'orifice d'appel, contre lequel il reste fixé.

Cet effet se produit exactement de la même manière dans toutes les loges et à tous les étages, et il manifeste de la manière la plus évidente l'effet d'assainissement que détermine dans la salle l'appel exercé vers le fond des loges, puisqu'il montre aux yeux la marche graduelle, mais peu sensible d'ailleurs, du courant d'air qui entraîne vers les orifices d'évacuation l'air échauffé et vicié, auquel se substitue incessamment de l'air nouveau.

Ce mouvement de l'air, quoique fort lent, n'est cependant pas tellement insensible, que l'on n'en éprouve l'effet, et les dames en toilette de soirée, ainsi que les hommes atteints de calvitie, peuvent très-facilement ressentir l'impression légère du passage de l'air.

C'est ce renouvellement continu qui, enlevant les vapeurs produites par la transpiration, fait éprouver une certaine sensation de fraîcheur et permet de supporter sans gêne ou

même rend à peu près nécessaire une température de 22°, que l'on trouverait intolérable dans un espace clos où l'air ne serait pas renouvelé.

Tels sont les effets perceptibles à nos organes de la ventilation telle qu'elle a été organisée dans les nouveaux théâtres.

Mais on conçoit que, pour être utiles, sans produire de sensations désagréables, ces mouvements de l'air doivent être réglés avec quelque soin, et non abandonnés à des caprices intéressés ou inintelligents. Celte régularité est d'ailleurs trèsfacile à obtenir, pour peu qu'on en confie le soin à des agents spéciaux.

Passons maintenant à des résultats plus positifs fournis par des observations et des mesures directes.

06I. Résultats d'expériences. — Le 24 septembre 1862, avant que le Théâtre-Lyrique n'eût commencé ses représentations, nous avons fait le soir, par un éclairage complet de la coupole, où l'on brûlait environ 200 à 220 mètres cubes de gaz à l'heure, une série d'expériences dont les résultats peuvent se résumer ainsi qu'il suit :

Désignation Nombre V°iU?!,e1f air

j Ho- 6*ECU6

P'aces- Places- paTheuœT ~ JaT^e".

Orchestre, parterre et baignoires. 470 15866m-c,0 33m-c,75

1er, 2e et 3e étages 754 33466 ,5 44 ,39

Amphithéâtre 416 . 18416 ,0 44 ,27

Totaux 1640 67748m-%5 Moyenne 40°"c,80

La température extérieure était, au moment des expériences, de 16°,8; celle de l'air qui arrivait parles entrevoux, de 22°,3, et celle de la salle, de 22°.

Dans le cours de ces expériences, l'on a cherché à s'assurer si les grilles placées au débouché des entrevoux formaient par leurs parties pleines un obstacle de quelque influence à l'arrivée de l'air dans la salle, et par suite à son évacuation. L'on a trouvé que ces derniers volumes d'air étaient sensiblement les mêmes quand ces grilles étaient ouvertes que quand elles étaient fermées. Cela tient à ce qu'il existe,

comme on l'a constaté, dans les conduits des rétrécissements, des étranglements, qui diminuent les sections de passage dans une proportion beaucoup plus grande que les grilles elles-mêmes par leurs parties pleines.

Quoi qu'il en soit, cette première expérience faite par un temps chaud et le maintien de la température de la salle à 22° montrent que le volume d'air évacué dépassait de 16 748 mètres cubes celui de 51 000 mètres cubes qui était exigé.

Des observations simultanées ont été faites pour déterminer le volume d'air extérieur que fournissait le conduit souterrain, et elles ont signalé un fait facile à prévoir, mais sur lequel il est bon d'appeler l'attention des architectes.

Le puits de prise d'air est placé dans le square de la tour Saint-Jacques, au milieu d'un massif qui le dissimule à la vue, et, pour le cacher encore mieux, on avait eu la pensée de le couvrir en partie avec du lierre rampant. Tant que ce lierre a été très-peu développé, sa présence n'a pas paru faire obstacle à l'introduction de l'air, et, par exemple, dans le courant du mois d'août, l'on avait constaté le passage d'un volume de 25 524 mètres cubes d'air par heure; mais à la fin de septembre, le lierre ayant pris plus de développement, l'on n'a plus trouvé qu'une introduction de 19 685 mètres cubes; tandis que quelques jours après, le lierre ayant été coupé, l'on a, par une température à peu près la même, constaté de nouveau l'admission d'un volume de 26 000 mètres cubes par heure.

On remarquera que le passage d'un volume de 25 000 à 26 000 mètres cubes d'air par heure à travers une section de 9m,<î,308 correspond à une vitesse moyenne de 0m,75 à 0m,80 seulement.

Cet exemple montre combien il importe de ne pas laisser de végétations quelconques se produire dans de semblables conduits. On sait d'ailleurs que la présence de simples toiles d'araignées suffit souvent pour créer un obstacle complet au passage de l'air dans les conduits et appareils de chauffage et de ventilation.

Le 9 décembre 1862, des expériences analogues ont été répétées pendant une représentation, et comme la consommation de gaz et l'intensité de la lumière sont beaucoup plus considérables pendant les entr'actes que pendant les actes, on a eu soin de distinguer les observations faites à ces différentes périodes.

Les résultats de ces expériences se résument ainsi qu'il suit :

Nombre Volume d'air Volume d'air

Étages. de évacué^ ^ ^évacué

p aces. par jjeure# par p]ace>

Orchestre, parterre et baignoires. 470 11665m,c 24m-c,82

1er, 2< et 3* étages 754 29970 39 ,75

Amphithéâtre 416 18416 44 ,27

Totaux 1640 6005 lm-c Moyenne 36 ,28

Le total de ces volumes, quoique encore supérieur de près de 0,15 à celui de 51 000 mètres cubes exigés par le marché, est assez notablement inférieur à celui qui a été obtenu le 24 septembre ; mais on remarquera que la différence porte principalement sur la ventilation du parterre, qui est faite par la seule chaleur perdue par les calorifères et qui peut, à volonté et selon les besoins, être activée par les foyers spéciaux disposés à cet effet.

Le volume d'air introduit par la galerie extérieure de prise

d'air a été trouvé égal à 30 850 mètres cubes par heure, ce,

qui dépasse de 5850 mètres cubes ou de 0,20 le volume

prescrit par le marché, et correspond pour la salle supposée

30850 pleine à = 18m-c,81 par spectateur et par heure. Les

expériences comparatives faites pendant les actes et les entr'actes aux mêmes orifices d'évacuation, avec les mêmes anémomètres, ont montré que pendant les entr'actes les volumes d'air évacués étaient supérieurs à ceux qui s'écoulaient pendant les actes, et égaux en moyenne à 1,17 fois ceux-ci. Les observations ayant eu lieu en très-grande partie et presque toutes pendant les actes, l'on voit que la ventilation moyenne d'une soirée est supérieure aux chiffres que nous avons trouvés.

Nous avons d'ailleurs calculé les volumes d'air évacués par place en supposant la salle complètement remplie et contenant 1640 spectateurs, tandis qu'en réalité il n'y en avait, le 9 décembre, que 1029 ; de sorte qu'à raison de 60051m,c, par heure, chacun de ceux-ci était ventilé par un volume de 58m,c,36, qui ne paraissait nullement trop considérable dans les loges et surtout à l'amphithéâtre.

562. Observation des températures. — Les températures observées ont été, le 9 décembre :

A l'extérieur, dans le conduit de prise d'air 8°

Sur la scène . .. 18°

Aux stalles d'orchestre 20°

Au pourtour et dans l'enceinte de la coupole 26°

Au bas de la cheminée générale d'évacuation 50°

Quant aux températures de l'air qui, des différents étages était évacué par les cheminées d'appel, et qui sont aussi celles du fond des loges, elles ont été relevées avec soin sur 15 de ces conduits depuis 8h 30' jusqu'à llh 30', et leur constance pendant tout cet intervalle montre avec quelle régularité peut fonctionner cette ventilation, quand on se donne la peine de la bien conduire, ce qui n'offre aucune difficulté à un chauffeur intelligent.

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