COUP D'OEIL HISTORIQUE
De tout temps les anatomistes ont reconnu que les muscles de la face président à l'expression symptomalique des passions; mais c'est seulement vers la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci que l'on a étudié d'une manière spéciale comment ou dans quelles circonstances chacun d'eux se contracte sous l'influence des émotions de l'âme.
A. En '1792, le savant auteur de la Dissertation suites variétés naturelles qui caractérisent la physionomie des hommes des divers climats et des différents âges, Camper, — qui cultivait aussi la peinture avec talent, — a essavé de
(1) Lebrun a fait connaître une méthode pour apprendre à dessiner les passions, dru. s un discours prononcé dans l'Académie royale de peinture et de sculpture.
déterminer la part exacte qui revient aux muscles de la face dans le jeu des passions ( I ) ; il y a moins étudié l'action propre des muscles que l'influence des nerfs sur la physionomie.
Il n'a pas été aussi heureux dans ce genre de recherches que dans ses autres travaux. Attribuant en effet à la cinquième paire une action motrice semblable à celle de la septième paire, il a placé les mouvements expressifs de là face sous la dépendance tantôt de l'un et tantôt de l'autre de ces nerfs.
« Dans la tristesse absolue, dit-il. c'est la cinquième paire qui agit....
» Lorsqu'un homme est joyeux, les seules parties qui entrent en action sont celles qui dépendent immédiatement de la septième paire des nerfs...
» Lorsqu'on pleure, la 'seule différence consiste en ce que tous les muscles qui sont mus par la cinquième paire de nerfs sont encore plus fortement agités....
» La septième paire nous fait rougir et pâlir, et en fait
connaître le comment »
À l'époque où écrivait Camper, les propriétés spéciales de la septième paire et de la cinquième paire étaient encore ignorées. Aujourd'hui, on sait que les mouvements des muscles de la face sont sous la dépendance du premier de ces nerfs, et que le second seul préside à sa sensibilité; que la paralysie de celui-ci ne trouble ni les mouvements
(I) P. Camper, Discours sur les moyens de représenter d'une manière titre
les diverses ^Hissions qui se manifestent sur le visuge, 1792.
volontaires de la face, ni ses mouvements expressifs, tandis que la paralysie de la septième paire est nécessairement suivie de l'abolition de sa motitité.
On trouve dans le discours de Camper une seule proposition importante.
« Les plis du visage, dit-il, doivent nécessairement couper à angles droits le cours ou la direction des fibres musculaires. »
C'est le premier auteur qui ait fait cette remarque, mais il ne l'a pas démontrée; je prouverai môme qu'elle n'est applicable qu'à un certain nombre de muscles, et qu'il serait impossible d'expliquer, de cette manière, la formation de quelques plis ou rides qui se produisent pendant le jeu de la physionomie.
B. Lavater, on le sait, s'était livré à l'étude de la physionomie au repos, de la physiognomonie proprement dite; ses recherches reposaient sur la différence et sur la combinaison des contours et des lignes, des profils et des silhouettes. 11 n'aurait certainement pas autant négligé l'observation de la physionomie en mouvement, qui devrait servir de base à l'examen de la physionomie au repos, s'il avait été, ou anatomiste, ou physiologiste, ou médecin, ou même naturaliste.
Les savants qui s'étaient imposé la lâche difficile de réunir les différentes recherches que ce grand observateur avait publiées sous le titre de Fragments, avaient compris
que l'élude de la physionomie en mouvement, entièrement omise par Lavater, devait précéder celle de la physionomie au repos.
En 1805, Moreau (de la Sarthe), professeur à la Faculté de médecine de Paris, et l'un des principaux collaborateurs du grand Traité de la physiognomonie de Lavater, a composé pour son ouvrage un article important sur la structure, les usages et les caractères de différentes parties de la face de l'homme (1).
Il s'en est incontestablement acquitté avec talent ; il s'est livré à l'examen particulier et détaillé de l'usage et des effets physiouomiques de chaque muscle; il est entré, à cette occasion, dans des développements physiologiques dont, selon cet auteur (et c'est aussi mon opinion), on ne trouve pas même l'indication dans les meilleurs traités d'analomie et de physiologie qui avaient été publiés avant lui.
C. Un physiologiste anglais qui a illustré son nom par de très belles recherches sur le système nerveux, Charles Bell, a publié un livre intitulé The Analomij and Philosophy of expression. S'il avait livré ce livre à la publicité avant le travail de Moreau (de la Sarthe), la physiologie des muscles de la face lui devrait certainement un progrès.
Ses idées sur l'action propre de ces muscles et sur la ma-
(I ) L'arl de connaître les hommes parla physionomie, par Gaspard Lavater 4 e cilit., 1820, t. IV, ail. 3.
nière dont ils se combinent pour exprimer les passions, sont à peu près les munies que celles de l'auatomiste français. 11 est permis de supposer cependant qu'il n'avait pas connaissance alors de la publication du grand ouvrage de Lavater, édité l'année précédente a Paris.
Un livre écrit par l'homme dont les investigations expérimentales devaient, quelques années plus tard, jeter une si vive lumière sur certaines parties du système nerveux, ne pouvait être une oeuvre ordinaire, bien qu'il n'offrît pas un grand intérêt de nouveauté. La science profonde de l'auteur, unie à ses connaissances pratiques du dessin et de la peinture, et surtout à son amour pour les beaux-arts, rend la lecture de ce livre, richement édité, autant instructive qu'agréable (1).
D. La plupart des auteurs qui, après les travaux que je viens de rappeler, ont traité la môme question, n'ont fait que reproduire les opinions de Moreau et de Charles Bell. Je dois toutefois mentionner ici un mémoire de Sarlandière (2) : l'auteur parait avoir étudié un peu plus spécialement que ces prédécesseurs l'action propre des muscles de la face: mais les faits historiques qui précèdent, démontrent qu'il a eu
(1) Charles Bell, qui depuis son enfance cultivait avec amour l'art du dessin, avait un talent d'artiste. On en trouve la preuve dans des figures qu'il a dessinées à la plume, et qu'il a fait reproduire, par la gravure, dans son traité des grandes opérations chirurgicales (Illustrations o[ the opérations of surgery, in-fol. , 20 pi. color., London, I82I).
(2) Physiologie de l'action musculaire appliquée aux arts d'un/talion.
tort d'écrire dans sa préface : « Aucun de nos auteurs (ceux qui l'ont précédé) n'a examiné comment chaque muscle se contracte en particulier, soit sous l'influence des passions, suit sous celle de la volonté, ou indépendamment de cette volonté, pour produire, par ces mouvements partiels ou d'ensemble, l'expression ou les gestes. » Sarlandière a attribué aux muscles auriculaires une influence sur l'expression! C'était assurément une idée nouvelle; malheureusement le rôle qu'il leur fait jouer dans ce cas est impossible.
Je n'ai pas l'intention d'exposer actuellement une analyse complète des travaux que je viens de mentionner: il sera plus opportun de revenir sur ce sujet à l'occasion de l'étude des faits particuliers. Il nie sera facile alors de démontrer que les auteurs de ces travaux, dont plusieurs ont acquis une grande célébrité, ont commis de nombreuses erreurs; il ne pouvait en être autrement, ainsi que je vais essayer de l'expliquer.
CONSIDÉRATIONS CRITIQUES SUR LES DIVERS MODES D'INVESTIGATION EN USAGE DANS L'ÉTUDE DE LA MYOLOGIE.
Les traités de myologie nous offrent, après la description de chaque muscle, un expos'' plus ou moins étendu de leurs usages. Plusieurs méthodes avaient été employées pour arri-
ver à déterminer L'action des parties contractiles; les voici, d'après le professeur Bérard :
« 1° Tantôt le relief des muscles, pendant la production de certains mouvements, trahissait l'aspect qu'ils y prenaient. Le biceps et le brachial antérieur se tuméfient pendant que l'avant-bras se fléchit ; évidemment ils sont fléchisseurs de cette partie. Ma tempe se gonfle pendant que mes mâchoires se rapprochent ; sans aucun cloute, le temporal tire en haut l'apophyse coronoïde.
» 2° Tantôt la configuration des surfaces articulaires indiquait les usages des muscles voisins. Jamais un muscle passant sur une articulation ginglymoïdale n'y déterminera des mouvements latéraux; il sera fléchisseur ou extenseur, suivant qu'il se rapprochera davantage d'un des plans opposés dans lesquels se font les mouvements.
» o" Plus souvent encore, on avait recours à l'excellent critérium que je vais indiquer, à la véritable pierre de touche de l'action musculaire.
» Etant donnée la notion qu'un muscle se raccourcit pendant son action, ou plutôt que ses fibres se raccourcissent (ce qui n'est pas tout à fait la môme chose), disséquez un muscle sur le cadavre, imprimez différents mouvements à la partie, observez le moment où les fibres se tendent et celui où elles se relâchent, vous pourrez prononcer, presque à coup sûr, (pie, sur le vivant, le muscle contribue à amener la position dans laquelle vous voyez ses fibres relâchées sur le cadavre. Ce moyen si simple, si fécond, je ne saurais dire qui l'a
inventé, ni môme qui me l'a appris; il a dû se présenter au premier anatomiste qui vit un muscle se raccourcir pendant sa contraction.
» h° Enfin, lorsque de vives controverses s'élevaient sur l'action de certains muscles, il n'était pas rare qu'on eu appelât aux vivisections pour le jugement du débat. »
Ces modes d'exploration sont tous parfaitement applicables à la myologie des membres et du tronc, et je reconnais, avec Bérard, que, grâce à eux, on était déjà assez avancé dans la connaissance des usages particuliers de chaque muscle ; mais je ne pense pas comme lui, cependant, que, pour ce qui regarde la myologie des membres, il restait seulement quelques parties à compléter, quelques opinions à rectifier (1).
Sans être injuste envers mes devanciers, sans sacrifier toute l'antiquité pour la plus grande gloire des progrès modernes, on peut affirmer aujourd'hui qu'avant mes recherches électro-physiologiques, on possédait sur l'action propre des muscles de la main des notions tellement incomplètes, qu'il était impossible d'expliquer le mécanisme des moindres mouvements de la main.
Comment, par exemple, était-il possible de mouvoir les phalanges en sens inverse, comme dans tous les usages de la main, comme lorsqu'on écrit, etc.? C'est ce que l'on ignorait.
(I) A l'époque où Bérard écrivait ces lignes, mes Recherches électrophysiologiques sur la main, l'épaule, le pied, le diaphragme, n'étaient pas encore publiées. Il a reconnu plus tard <iue la physiologie musculaire laissait beaucoup à désirer.
— Les notions physiologiques étaient également insuffisantes pour les muscles qui meuvent le pied et pour ceux de quelques autres régions. — Il en sera probablement de môme de celles qu'il nie reste à explorer.
Si donc, malgré l'emploi des divers modes d'investigation généralement en usage dans l'étude de la myologie, il u'a pas été possible de déterminer, pour les membres, l'action individuelle et les fonctions d'un grand nombre de muscles, la difficulté est bien plus grande encore à la face, où ces modes d'investigation ne sont pas pour la plupart applicables.
Ainsi : '1° à la face, il est peu de muscles dont on puisse reconnaître l'action par leur gonflement ou leur saillie; 2° dans cette région, point de surfaces articulaires dont la configuration indique les usages des muscles voisins; 3° cette véritable pierre de touche de l'action musculaire, qui consiste à rapprocher les deux extrémités d'un muscle de manière à le mettre dans le relâchement (ce qui permet d'en déduire k coup sûr que ce muscle contribue à ramener la position dans laquelle on voit ses fibres relâchées sur le cadavre), n'est pas applicable à la myologie de la face. De quelle utilité peuvent être de tels modes d'exploration pour arriver à connaître l'action propre des muscles de la face, les rides, les plis, les reliefs nombreux et infiniment variés que chacun d'eux imprime à la peau? Ils ne pourraient, en un mot, montrer l'influence que ces muscles exercent sur l'expression.
On doit vraiment admirer le talent d'observation de ceux qui ont pu deviner, pour ainsi dire, l'action expressive de
certains muscles de la face, quoiqu'ils aient été privés de tout moyen d'expérimentation ou de contrôle. Toutefois les opinions qu'ils ont émises à cet égard ne sont que des assertions qui avaient besoin d'être démontrées par l'expérimentation directe.
On comprend aussi que ces observateurs ont dû commettre d'autant plus d'erreurs, qu'ils ont eu, sans qu'ils s'en doutassent, des illusions d'optique exercées par des mouvements limités à certains points de la face. Je vais bientôt démontrer, en effet, qu'à la vue des mouvements de certains muscles du sourcil, on éprouve une sorte de mirage qui l'ait croire à un état de contraction générale de la face.
Les vivisections, fussent-elles praticables sur l'homme, ne pourraient certes aider à résoudre le problème en question, car il faudrait, pour cela, sacrifier la peau sur laquelle se dessinent les signes du langage expressif de la physionomie.
C'est ici le lieu d'examiner la valeur du critérium, recommandé par Camper.
Selon ce célèbre observateur, les plis, les rides du visage, sont nécessairement perpendiculaires à la direction des muscles. S'ensuit-il donc que dans tout mouvement expressif on peut reconnaître les muscles en action par la direction des rides? En d'autres termes, étant donnée une ride produite par un mouvement expressif, le muscle qui croise la direction de cette ride se trouve-t-il nécessairement en contraction?
Telle semble être l'opinion de Camper; tel a été aussi le procédé employé après lui par les auteurs pour arriver à re-
connaître les agents moteurs qui président à telle ou telle expression. Eh bien ! rien n'est plus incertain, ou plutôt rien n'est plus trompeur que ce moyen d'observation.
Pour le prouver, je vais me servir d'une comparaison. Si l'on exerce une traction verticale ou oblique, de bas en haut, sur un point de la surface du rideau, on voit, suivant la souplesse et l'ancienneté de l'étoffe, des plis se former dans des directions variées et quelquefois sur différents points de cette surface. De môme, sous l'influence d'une simple traction exercée sur la peau de la face, on voit naître à sa surface des rides, des sillons, clans des directions diverses et dans des lieux plus ou moins éloignés les uns des autres; de plus, celte surface cutanée n'est pas unie; elle offre, à l'état de repos, des sillons et des reliefs dus à la prédominance tonique de tel ou tel muscle de cette région, prédominance qui varie à l'infini, selon l'âge du sujet et le jeu des passions habituelles, ce qui constitue la physionomie individuelle.
Eh bien ! toute traction limitée à un point de la face modifie ces sillons et ces reliefs, soit en les exagérant, soit en les effaçant, soit en changeant leur direction.
Un exemple pour mieux développer ma pensée. Que l'on suppose une force agissant dans la direction de la commissure des lèvres, au côté externe de la pommette (comme le grand zygomatique) ; alors le sillon naso-labial se creuse, sa courbe devient sinueuse, et des rides rayonnantes apparaissent, dans la plupart des cas, au pourtour de l'angle externe de l'œil.
Voici comment on devrait expliquer ces mouvements, suivant cette assertion de Camper, à savoir : que les plis et les rides du visage sont nécessairement perpendiculaires à la direction des muscles. La commissure a été mise en mouvement par le grand zygomatique; le sillon naso-labial s'est creusé sous l'influence de Y élévateur propre de la lèvre supérieure et du nés; les rides rayonnantes voisines de l'angle externe de l'œil sont dues à l'action du sphincter des paupières. Je me réserve de démontrer expérimentalement que cette théorie est complètement erronée, et que le grand zygomatique seul produit toutes ces rides et tous ces sillons.
Ce que je viens de dire du grand zygomatique est applicable à la plupart des muscles expressifs de la face.
ORIGINE DE MES RECHERCHES ÉLECTRO-PHYSIOLOGIQUES SUR LA PHYSIONOMIE EN MOUVEMENT.
Tout mouvement volontaire ou instinctif résulte de la contraction simultanée (synergique) d'un plus ou moins grand nombre de muscles. La nature n'a pas donné à l'homme le pouvoir de localiser l'action du fluide nerveux dans tel ou tel muscle, do manière à en provoquer la contraction isolée. Ce pouvoir, qui eût été sans utilité pour l'exercice de ses fonctions, l'aurait exposé à des accidents ou à des déformations, ainsi que je l'ai déjà démontré ailleurs (1).
(1) De félectrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique. Paris, 1S55 ; 2 L ' édit., 1861.
Puisqu'il ne jouit pas de la faculté de décomposer ses mouvements et d'analyser ainsi l'action individuelle de ses muscles, comment donc les analyser, comment arriver à connaître exactement l'action propre de ses muscles?
S'il était possible de maîtriser le courant électrique, cet agent qui a tant d'analogie avec le fluide nerveux, et d'en limiter l'action dans chacun des organes, on mettrait à coup sûr en lumière certaines de leurs propriétés locales. Alors, pour la face en particulier, avec quelle facilité on déterminerait l'action propre de ses muscles ! Armé de rhéophores, on pourrait, comme la nature elle-même, peindre sur le visage de l'homme les lignes expressives des émotions de l'âme. Quelle source d'observations nouvelles!
Telle a été, il y a une douzaine d'années, l'idée mère de mes recherches électro-physiologiques, idée riche d'avenir qui enflamma mon imagination.
Ce n'est point ici le lieu de rapporter la longue série de travaux physiques et anatomiques par lesquels j'ai dû passer, et les difficultés que j'ai eu à surmonter avant d'arriver à la réalisation de mon idée. Après plusieurs années d'expériences, il m'a été possible d'arrêter à mon gré la puissance électrique à la surface du corps, et puis, lui faisant traverser la peau sans l'intéresser et sans l'exciser, de concentrer son action dans un muscle ou dans un faisceau musculaire, dans un tronc ou dans un filet nerveux.
C'est à l'étude de la face que je fis la première application de la méthode d'électrisation que je venais de créer. L'électri
salion localisée m'a aidé à résoudre le problème, à la fois si difficile et si intéressant, qui fait le sujet du paragraphe précédent; elle m'a permis de voir se dessiner sous l'instrument les plus petites radiations des muscles. Leur contraction révèle leur direction et leur situation mieux que ne pourrait faire le scalpel del'anatomisle; c'est du moins ce que l'on observe au visage, où l'on sacrifie inévitablement, dans la préparation anatomique, les portions terminales des fibres qui vont s'insérer à la face interne du derme.
C'est là une nouvelle sorte d'anatomie à laquelle ou pourrait appliquer les deux mots par lesquels Haller voulait qu'on désignât la physiologie : c'est l'anatomie animée — anatome animata; — c'est ce que Sœmmerring eût sans doute appelé contemplatio musculi vivi.
De mes expériences électro-physiologiques , il ressortit bientôt des faits qui me parurent assez nouveaux pour me décider à présenter, dans le cours de l'année 1850, aux Académies des sciences et de médecine de Paris, une série de mémoires intitulés : Fonctions des muscles de la face démontrées par l'électrisalion localisée. Ces travaux provoquèrent, en 1851, le brillant rapport du professeur Bérard, membre de l'Académie de médecine (1).
Il m'est permis d'affirmer que ce mode d'exploration électro-musculaire n'a pas été appliqué avant mes recherches expérimentales.
(I) Séance du 18 mars ISol (Bulletin de l'Académie de médecine, t. XVI, p. 609).
11 n'est venu certes à l'idée de personne d'attribuer à un but d'étude de myologie ces expériences grossières d'un physicien qui, à l'origine de l'électricité, provoquait par des décharges électriques des convulsions sur des têtes de suppliciés.
On avait avancé que C. Bell et Sarlandière avaient essayé d'étudier l'action propre des muscles de la face au moyen de la galvanisation. Ces auteurs n'en disent rien dans leurs écrits; d'ailleurs, s'ils avaient employé ce mode d'exploration, ils n'auraient certainement pas commis les erreurs que j'ai à rectifier.
On reconnaîtra, j'espère, que l'honneur d'expliquer le mécanisme de la physionomie, cette espèce d'analyse anatomique des passions, était réservé à la méthode d'électrisation , qui seule permet de déterminer exactement l'action propre des muscles et de décomposer les mouvements.
Ces premières recherches n'étaient cependant et ne pouvaient être qu'une ébauche. Les faits électro-physiologiques que j'avais observés ne m e rendaient pas complètement compte des mouvements physiologiques de la face. Et puis, quelle part fallait-il faire à chacun des muscles de la face pour l'influence qu'ils exercent sur le jeu de la physionomie? J'étais loin d'être bien tixé sur ces questions complexes et difficiles, je les avais à peine effleurées.
Aujourd'hui, appuyé sur une expérimentation longue et continue, je crois pouvoir livrer à la publicité mes recherches, qui, je l'espère, jetteront un grand jour sur ces études.