‹ Mécanisme du système nerveux: Structure anatomique et nature des individualités du système nerveuxChapitre 19 sur 28 · LS SANS · texte numérisé non relu

LS SANS

valles clairs » p. 166. Voici des faits probants : «... Je dois ajouter que mes premières recherches furent faites sur des grenouilles qui avaient passé l'hiver dans le laboratoire; elles étaient très maigres et affaiblies. En observant ponctuellement les indications de Grandry, je n'obtenais pas, à mon grand étonnement, de striation transversale, ou je la trouvais faiblement marquée et sur une partie seulement du cylindre-axe; la plupart des cylindres-axes n'étaient que granuleux. Supposant que la rareté des lignes de Frommann dépendait du repos prolongé des grenouilles et de la faible activité des nerfs, j'employais les courants induits de force moyenne pendant quelques minutes, et après avoir tué l'animal et traité les nerfs par le nitrate d’argent, je trouvais, en les examinant, un nombre grand de cylindres-axes avec la striation transversale

bien accentuée et sur une plus grande étendue. Ce fait est très

plus

intéressant, surtout par son analogie avec le phénomène bien connu que les muscles striés des grenouilles qui ont passé l’hiver dans les laboratoires, ne présentent pas aussi quelquefois de striation transversale » (p. 151).

La striation la plus serrée — rapprochement des disques et diminution de leur hauteur — se remarque dans les cylindres-axes tout à fait frais et qui ont été saisis fonctionnant (fig. 84). (Il en est de même pour les muscles.) L'expérience citée précédemment le prouve, mais voici une autre expérience ingénieuse : « J’ai cousu solidement les paupières de l'œil d’une grenouille et les ai enduites d’une couche de vernis copal coloré, l’autre œil restant intact. Environ 8 à 10 jours après, je tuai la grenouille en faisant attention à ce que la rétine de l'œil sain reçut de la lumière au moment de la mort, puis je coupai de petits morceaux de nerfs optiques depuis le chiasma Jusqu'à leur entrée dans l'orbite, et je les traitai avec le nitrate

d'argent. En comparant ensuite le nerf optique qui fonctionnait

2, due

au moment de la mort avec celui qui, comme nous le savions positivement, était depuis longtemps en repos, je trouvai dans le premier une striation transversale fine, épaisse, distinctement accusée sur une grande étendue dans la plupart des cylindres; tandis que dans le second, je la rencontrai par endroits seulement, et même il n’était pas rare qu'aucun cylindre ne portt trace de cette striation; les stries étaient larges, granuleuses, indistinctes et occupant une petite étendue » p- 156.

Jakimowitch a tort de dire que la striation transversale ne se remarque que dans les fibrilles nerveuses fonctionnant, il serait plus juste de dire vivantes, et alors à l’état de repos et de fonctionnement. Car l’idée de vie ne saurait être séparée de celle de fonctionnement; et le repos absolu, ou l’absence totale de fonctionnement, n’est pas compatible avec la vie. De même qu'il y a une simple graduation d'activité entre l’état dit de repos et celui de fonctionnement de la substance vivante, de même il doit y avoir une simple différence d’accentuation dans la striation des fibrilles nerveuses en repos ou fonctionnant, mais cette striation doit toujours exister, faible ou très accentuée, tant ‘que l’individualité nerveuse est vivante. Au reste, lorsque Jakimowitch coupe le nerf optique — qui « fonctionnait » — en petits morceaux, avant de fixer sa structure par le nitrate d’argent, à ce moment précis le nerf ne « fonctionne » pas précisément, mais cependant il peut vivre encore. Dans l’expérience précédente, les individualités optiques qui ne « fonctionnaient » pas, au moment de la mort, avaient certainement, avant la section du nerf optique, une structure striée, mais très peu prononcée et qui a disparu très rapidement après la section du nerf optique; c'est-à-dire que les individualités optiques, moins actives que les autres qui « fonc-

tionnaient » au moment de la mort de la grenouille, sont

L'eau

mortes plus rapidement. Voilà pourquoi Jakimovitch y a rencontré des striations làches et peu nombreuses.

En somme, ce qui caractérise l’individualité nerveuse au point de vue anatomique, c'est la striation. Plus l'individualité nerveuse est vivante ou active, plus cette striation est fine et serrée. Au contraire, plus l’individualité nerveuse est affaiblie et proche de sa mort, plus sa striation est lâche et tend à disparaître, plus les molécules protoplasmiques des disques fibrillaires tendent à devenir libres. Cette façon de se comporter de l’individualité nerveuse est bien indiquée dans les figures de la planche VIN (4g. 86, 87, 88).

On remarquera que l’individualité nerveuse étant tuée rapidement par le nitrate d'argent, il n’y a que la partie de lindividualité qui a été atteinte la première par le réactif qui soit fixée. Le reste de l'individualité est déjà mort lorsqu'il est atteint par le nitrate d'argent; et par suite sa structure, qui correspond à l’état vivant, ne peut être saisie. Dans les cellules nerveuses des centres, par exemple (/ig. 91), le nitrate d'argent fixe les fibrilles de la surface à la profondeur; aussi a-t-il peu de chances d’atteindre vivante la partie centrale de la cellule ; c'est pourquoi cette région n’est pas fixée, d'autant plus qu’elle tend à s'isoler elle-même par rupture des fibrilles contractées.

Enfin les parties dont le fonctionnement est le plus actif, dont la vitalité est la plus énergique, conservant plus longtemps leur striation transversale, les muscles, dont la vitalité est de longue durée présentent, longtemps après la mort de l'individu auquel ils appartiennent, la striation transversale; et, par ordre de vitalité, c'est dans les cellules de la corne antérieure de la moelle, puis dans les nerfs moteurs et les nerfs sensibles qu’on observe le plus facilement la striation

transversale. Ce sont là des parties de mêmes individualités, et

Re l’on ne comprend guère, au premier abord, pourquoi telle partie d’une individualité fonctionne davantage ou moins que telle autre partie de la même individualité. Mais nous indiquerons plus loin que l’individualité nerveuse se réduit normalement et que, par suite, des parties de cette individualité peuvent fonctionner plus ou moins que les autres; ensuite, dans le muscle, l’activité et par conséquent la vitalité des individualités nerveuses sont considérablement multipliées.

Nous pouvons maintenant résumer ce chapitre par les trois propositions suivantes :

1° La structure des muscles, la distribution anatomique et physiologique des nerfs dans les muscles, le fonctionnement particulier à chaque individualité nerveuse indiquent que la substance musculaire est partagée entre les individualités nerveuses.

2° Le partage des fibrilles musculaires du faisceau primitif entre les individualités nerveuses qui atteignent ce faisceau primitif nécessite la continuité bout à bout d’un certain nombre de fibrilles musculaires entre elles et avec une individualité nerveuse qui de la sorte s’enroule sur elle-même pour constituer le muscle. Le muscle est donc constitué par les individualités nerveuses enroulées sur elles-mêmes en forme de fuseau et massées les unes contre les autres.

3° Cette facon de se comporter de l’individualité nerveuse est justifiée par (a) la structure semblable des fibrilles nerveuses et musculaires composées de disques obscurs et épais alternant avec des disques clairs, et par (6) le fonctionnement de ces fibrilles qui se traduit par le rapprochement plus où moins énergique des disques obscurs (1).

(1) L'analyse chimique des diverses parties de l'individualité nerveuse, muscles,

nerfs, centres nerveux, épithéliums, n'est guère démonstrative, car l’individualité

ee.

Ainsi, comme les premiers développements embryonnaires nous l'avaient fait prévoir, les individualités nerveuses, les

individualités épithéliales périphériques prolongées, après

nerveuse, dans toute sa longueur, est en rapport avec des milieux différents dont il est impossible de la séparer. Dans les épithéliums, en outre des produits particuliers qui résultent de la mortification des cellules superficielles et de ceux qui résultent du fonctionnement de glandes spéciales (épiderme), il existe un tissu connectif spécial dénoté par les cellules de soutènement et les cellules migratrices. Dans les nerfs, le tissu connectif est rare, mais la lymphe et surtout la myéline sont abondantes. Dans les centres nerveux, la graisse est en quantité considérable et il existe un tissu conjonctif spécial, la névroglie, Enfin, dans les muscles, on rencontre peu de graisse, de tissu conjonctif et de lymphatiques, mais la disposition de l'individualité nerveuse, son activité et sa vitalité spéciales, doivent influencer particulièrement la facon de se comporter des albuminoïdes entre eux et vis-à-vis des réactifs,

Peut-être la réaction chimique provenant du fonctionnement de l'individualité nerveuse pourrait-elle être plus démonstrative. Et de fait, cette réaction est la même dans les muscles, les centres nerveux et les nerfs : elle est acide; elle est produite surtout par le développement d'acide lactique (Du Bois-Raymond, Gscheïdlen, 1876) et d'acide phosphorique (Moleschott, 1886).

Enfin, nous rappellerons qu’à l’état de repos comme à l’état d'activité, les nerfs et les muscles présentent les mêmes manifestations électriques.

Quant à ce qui est de la sensibilité, il n’est pas douteux que le nerf moteur et le muscle ne soient sensibles. On ne voit pas, du reste, pourquoi le nerf moteur, qui a la même composition et la même structure que le nerf sensible, ne serait pas sensible comme ce dernier, et pourquoi le muscle, si excitable, ne le serait pas non plus.

Mais la sensibilité ne se manifeste, bien entendu, qu'avec le mouvement physiologique : or, ce mouvement ne se produit pas du nerf moteur ou du muscle vers les centres nerveux, il n'est donc pas étonnant qu'une excitation du bout central d'un nerf moteur, ou la section d’un muscle, ne produise pas des phénomènes de sensibilité.

Maintenant pourquoi ne se produit-il pas, dans ce cas, de mouvement physiopsychique ? Très probablement parce que l'excitation opère dans un sens opposé à celui de l’anse réflexe, du mouvement physio-psychique, 11 y aurait alors inhibition

complète de tout mouvement physio-psychique.

, 2 sa avoir traversé le canal vertébral, retournent à la périphérie pour constituer, sous les surfaces, les masses musculaires. Nous verrons dans le chapitre suivant que cette constitution de lindividualité nerveuse est confirmée par la nature même de cette individualité. Nous verrons en même temps que l’indi-

vidualité nerveuse ne se termine pas dans le muscle, mais revient à la surface. |

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EXPLICATION DES FIGURES

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