LOIS DE LA VITESSE DES MOUVEMENTS. RYTHME ET MASSE
— La
vitesse des mouvements est naturellement liée à l'importance de la masse à mouvoir et à la force des muscles moteurs. Elle est inversement proportionnelle à la masse et dépend de la force initiale et delà durée de son action. Dans un mouvement de lancer, la vitesse dépend aussi de la longueur des leviers; pour une même vitesse angulaire, il y a avantage à avoir de longs bras. Mais cette longueur de membres demande beaucoup
Fig. 172.— Préparation du coup de Fig. 173. — Chiquenaude montrant poing pour chasser la balle. Cet la tension préalable des muscles enfant lance le bras en arrière des doigts précédant la détente, pour le ramener immédiatement en avant.
plus de force motrice en vertu de l'inertie et de l'importance des masses à mouvoir. Plus les segments sont longs, plus leur rythme propre, leur rythme pendulaire est lent, plus il faut d'intensité dans l'effort initial pour accélérer ce rythme ou cette vitesse.
Ces lois peuvent nous éclairer sur l'influence de la taille. Les animaux ont les mouvements d'autant plus vifs qu'ils sont plus petits parce que les petits ont moins de masse à mouvoir et que les rythmes pendulaires de leurs membres sont plus rapides. On peutfaire 10 mouvements de doigt pendant un mouvement de bras. Mais par contre les grands ayant de plus longs bras de levier, leurs mouvements sont plus étendus, la vitesse absolue de la main par exemple est proportionnelle à la longueur du bras pour la même vitesse angulaire de celui-ci.
ANALYSE DES ATTITUDES ET DI5S MOUVEMENTS
Il y a donc pour la taille une grandeur favorable à l'utilisation maximum de la force. Les petits trapus sont construits pour produire de grands efforts, les grands minces pour la vitesse. Il est rare de voir deux sujets de dimensions différentes exactement proportionnés et semblables. S'il en était ainsi, le plus grand serait mal partagé sous le rapport de la vitesse,
Fig- 174. — Attitude d'un sujet qui Fig. 175. — Lancer le javelot, lance une pierre ; mouvement du bras en arrière précédant le lancer.
parce que ses forces motrices ne seraient pas dans le rapport de la masse considérable à mouvoir.
Chaque animal se meut avec le rythme qui lui est propre et s'y prend à sa façon, cependant ce ne sont pas les petits animaux qui ont la moindre vitesse de progression. Un chien suit facilement un cheval au galop. Ici la masse, la forme des organes et la disposition des muscles moteurs sont des conditions de premier ordre pour le rendement en travail sous forme de vitesse.
Effet des masses additionnelles. — Les observations faites à propos de la vitesse dans les mouvements naturels sont applicables aux mouvements avec masses additionnelles. Il y a alors exagération des effets dus à l'inertie lorsque nous obligeons des masses en mouvement à suivre un chemin sinueux déterminé avec des vitesses variées.
Haltères. — Les haltères sont des poids additionnels dont on surcharge les extrémités supérieures. Ils ont pour effet d'augmenter l'intensité des contractions musculaires en créant des efforts statiques et des résistances d'inertie à vaincre.
Dans le repos et en station droite, ils créent des résistances verticales et ce sont principalement les élévateurs des bras : deltoïdes, grands dentelés, partie supérieure du trapèze, angu-
Fig. 176. — Direction et vitesse d'un projectile M au moment où il est lâché par la main qui le lance.
laire et les extenseurs des jambes et du tronc qui supportent l'effort.
Dans l'abaissement du bras, dans la flexion du tronc, le poids de l'haltère agit dans le sens du mouvement, les muscles élévateurs ont alors un rôle modérateur de la cadence. Les mouvements d'haltères sont des exercices spéciaux amenant promptement une lassitude dans les épaules et dans la région lombaire.
Le poids de l'haltère ne doit pas dépasser 5 kilogrammes et être en rapport avec les forces de chacun. Pour être logique, il faudrait même exécuter les mouvements à bras tendus avec des haltères moins lourds que les mouvements à bras fléchis, ou bien répéter les mouvements à bras allongés un nombre de fois moindre.
Si l'on veut tirer tout le parti possible des haltères légers il faut conserver au corps l'attitude droite sur laquelle nous avons tant de fois attiré l'attention. Il faut marquer des temps d'arrêt et varier la position du corps en l'inclinant en tous sens.
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L'action de l'haltère immobile est une force constante, verticale, invariable, pour en changer les effets il faut donc varier l'attitude du corps, sinon les contractions musculaires seraient toujours celles des élévateurs des bras. Pour maintenir le corps debout, couché, oblique, le dos, le ventre ou le côté tournés
Fig. 177. — Attitudes successives d'un homme lançant une pierre. Les images se lisent de droite à gauche et occupent des positions relatives exactes,
vers le sol les mains chargées d'haltères, il y a chaque fois une chaîne de contractions facile à déterminer. Les muscles servent surtout de fixateurs des points fixes et de ligaments actifs autour des articulations.
La gradation des exercices statiques avec haltères est basée sur l'intensité des contractions, le degré de raccourcissement des muscles ou l'amplitude du mouvement, la durée de la contraction et l'obliquité des bras.
L'intensité des contractions dépend du poids de l'haltère, de l'allongement des bras et de l'inclinaison du tronc. Le maximum d'effort a lieu le corps horizontal et les bras complètement étendus. L'effet sur le raccourcissement des muscles se produit surtout avec l'amplitude la plus complète, et la tenue de l'attitude, l'obliquité des bras influe sur la longueur du bras de levier de la résistance à vaincre.
Influence de l'inertie de la masse. — L'haltère n'agit pas seulement par son poids mais aussi par son inertie.
D'abord immobile il demande l'action énergique des muscles pour être mis en mouvement. Une fois en mouvement il tend à conserver sa vitesse et à se mouvoir dans la direction vers laquelle il a été entraîné. Son effet varie à chaque instant avec la direction et la nature du mouvement qu'on lui imprime.
Le mouvement peut être uniforme, accéléré ou retardé, sa
Fig. 178. — Un haltère que l'on élève rapidement en haut avec la vitesse V ne pèse plus dans la main. Celle-ci peut alors s'ouvrir un instant et l'action du poids est alors nulle.
Fig. 179. — Une masse M ayant une vitesse ascensionnelle V arrivée au sommet de sa trajectoire demeure un instant immobile. A ce moment, on peut la saisir comme un objet sans poids.
direction peut être verticale ascendante ou descendante, horizontale, oblique ascendante ou descendante.
Dans un mouvement vertical ascendant la vitesse peut rester constante, augmenter ou diminuer. Dans ces trois cas la pression de l'haltère sur la main est respectivement constante, égale à son poids ou légèrement supérieure dans le mouvement uniforme; supérieure au poids dans le mouvement accéléré, et inférieure au poids dans le mouvement retardé.
La pression peut même être nulle et l'effort musculaire aboli si l'on a communiqué à l'haltère une certaine vitesse d'ascension (flg. 178).
Un projectile lancé verticalement arrive au point culminant de sa course avec une vitesse nulle, à ce moment il ne pèse pas; on peut le saisir à la main (lig. 179) sans sentir de sa part aucune action, aucune pression jusqu'à ce que son mouvement descendant ait commencé.
Dans le mouvement ascendant un peu rapide l'haltère peut
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aller plus vite que la main et abandonner celle-ci si on ne le retient pas. Si on le retient, les actions musculaires changent; les muscles abaisseurs et fléchisseurs du bras remplacent les élévateurs et extenseurs.
Dans le mouvement vertical descendant, les muscles luttent franchement contre la chute de l'haltère. Uniforme, la pression de la main est constante; uniformément accélérée, lapression danslamain devient nulle c'est alors la chute libre.
Les mouvements d'haltères exécutés dans un plan horizontal demandent deux actions différentes : une action continue des élévateurs des bras pour les maintenir dans un plan horizontal, et une action variable des muscles produisant le mouvement d'abduction ou d'adduction des bras dans le plan horizontal (fig. 180).
Un mouvement de ce genre est toujours accéléré d'abord et retardé ensuite. Le bras moteur de l'haltère au début est finalement entraîné par lui et les muscles antagonistes du mouvement entrent vigoureusement en jeu, pour empêcher le choc final et la dislocation de l'articulation de l'épaule.
Si l'amplitude du mouvement est grande à fin de course (fig. 181) la cause doit se trouver dans l'inertie de la masse de l'haltère continuant son chemin avec la vitesse qui lui a été communiquée au début. Les muscles abducteurs, c'est-à-dire les muscles du dos tombent dans le relâchement et ce sont les pectoraux qui retiennent les bras et les empêchent d'être projetés trop fort en arrière (fig. 182).
Lorsque les bras sont allongés, l'haltère décrit une circonfé-
Fig. 1 80. — Mouvement d'abduction des bras en arrière effectué avec des haltères dans la main.
On voit les forces musculaires horizontales F.seules utiles au rapprochement des omoplates, être remplacées par l'élan tandis que le poids de l'haltère p p n'ajoute rien à l'intensité de 1'elTet de l'exercice, mais suscite les contractions dos élévateurs des bras et des muscles abdominaux.
Fig. 181. — Lancer horizontalement les bras avec haltères.
Dans ce mouvement, l'amplitude est due à l'inertie des poids qui conservent leur vitesse acquise.
rence de cercle, jamais une ligne droile; il s'ajoute donc une action centrifuge s'exerçant dans la direction du bras.
Fig. 182. — Résumant ce qui se passe dans un mouvement vif et un
mouvement lent.
O, segment osseux fixe sur lequel se meut le segment mobile 0'. Le muscle moteur M, qui a commencé le mouvement, tombe dans le relàcbement et son action f est remplacée bientôt par l'action f du muscle antagoniste.
Dans le mouvement lent, au contraire, le muscle moteur agit d'une façon continue f jusqu'à son complet raccourcissement.
En résumé les mouvements d'haltères n'ont pas d'effet constant à moins d'être exécutés très lentement avec mouvement uniforme; le rythme, la vitesse et la direction des mouvements changent à chaque instant la répartition et l'intensité des contractions musculaires.
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Complexité des effets de l'haltère. — Si le rythme s'accélère et le poids de l'haltère augmente, les effets de l'inertie et de la
Fig. 183. — Effet d'un haltère suivant la position de l'avant-Bras.
1, effort de (lésion ; — 2, point neutre; — 3, effet d'extension ; — 4, effort continu de flexion obtenu par une traction horizontale.
masse se font sentir de plus en plus énergiepaement et la contraction musculaire au lieu d'être continue devient au contraire tout à fait intermittente. L'exercice avec haltères se différencie totalement pour cette raison des altitudes soutenues. Leur effet est beaucoup plus indéterminé; on le considère généralement comme un moyen de développer le système musculaire et la force. Il y a beaucoup de préjugés à leur égard; ils ne doivent pas être employés par l'enfant au-dessous de 10 ans.
Deueny. — Méc. et éduc. 9
Pour développer les muselés on augmente volontiers le poids de l'haltère, on tombe ainsi dans une exagération athlétique sans bénéfice réel et surtout sans améliorer les vices de conformation du corps. Les haltères trop pesants exagèrent les mauvaises attitudes du corps et nuisent à la bonne exécution des
ljL
Fig. 184. — Trois manières d'enlever un gros haltère.
1, avec balancement d'arrière en avant ; — 2, par arrachement vertical ;
d'extension du bras.
3, par effort
mouvements simples. Ils seront toujours trop lourds si on ne peut exécuter facilement les mouvements à bras étendus.
Nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit relativement à la recherche du développement musculaire excessif et à ses inconvénients (fig. 183).
Mouvements exécutés avec des haltères lourds. — Beaucoup se complaisent dans le maniement des gros haltères pesants et ne s'arrêtent qu'à la limite de leurs forces.
Enlever un haltère, d'après l'expression consacrée, consiste à saisir avec la main cet haltère posé sur le sol et finalement, par un effort musculaire, à l'élever et à le maintenir en équilibre à l'extrémité du bras allongé verticalement.
L'haltère peut être enlevé de 3 manières principales (fig. 484).
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1re Manière. — Élévation en 3 temps avec balancement : L'haltère posé sur le sol, on se place un peu en arrière, les
jambes légèrement écartées, la poignée située dans le plan
médian :
(1er temps). On fléchit les jambes et le tronc, puis Ton saisit la poignée de l'haltère.
(2e temps). On fait effort des extenseurs du tronc pour détacher l'haltère du sol et lui permettre d'osciller d'avant en arrière dans le plan médian.
On aide à ce mouvement par les abducteurs du bras, puis, au moment où l'oscillation commence d'arrière en avant, on fait (3e temps) un violent effort simultané des extenseurs et des membres inférieurs, des fessiers, des extenseurs de la colonne et des abducteurs du bras (partie antérieure du deltoïde).
Sollicité verticalement par l'extension des jambes et suivant deux arcs de cercle dont l'un décrit par l'épaule, a son cenlre sur la ligne des têtes fémorales, et l'autre décrit par la main, a pour centre l'articulation scapulo-humérale, l'haltère est suivant une trajectoire plus ou moins complexe, amené verticalement à l'extrémité du bras tendu.
2e Manière. — Élévation en deux temps :
L'haltère étant placé transversalement un peu en avant des pieds, on le saisit (1er temps) la main en pronation en s'accroupissant sur les extrémités inférieures légèrement écartées ; et (2e temps), par- la détente violente des membres inférieurs exécutée simultanément avec l'extension du tronc, l'haltère est arraché violemment du sol. On continue à le suivre dans son ascension verticale en fléchissant le bras et en élevant le coude. L'effort musculaire actif va ainsi en diminuant, mais, si l'élan donné est suffisant pour lui faire dépasser la hauteur de l'épaule, on substitue à la flexion du bras l'extension subite et ainsi l'haltère est amené directement, suivant la verticale, à l'extrémité du bras tendu.
3e Manière. — Élévation en 3 temps sans élan :
La jambe gauche fléchie étant placée en avant, la jambe droite
tendue en arrière, l'haltère situé au-devant du pied droit, l'axe
■antéro-postérieur.
On fléchit (lor temps) fortement le tronc de façon à saisir la
poignée, la main en demi-supination et, par un effort simultané des fléchisseurs du bras et des extenseurs du tronc, on amène L'haltère à la hauteur de l'épaule.
L'effort musculaire est proportionnel au poids de l'haltère à la longueur de l'avant-bras et à la distance des points d'insertion des muscles.
11 varie donc en raison inverse du raccourcissement de ces derniers ainsi qu'en raison inverse de la distance d'insertion et de la longueur du bras.
Il va toujours en diminuant pendant que l'angle des deux segments du bras varie de 180° à 0°.
Si cet angle atteignait cetLe dernière valeur, l'effort musculaire pourrait être nul, le poids de l'haltère serait alors totalement supporté par les ligaments articulaires de l'articulation du coude.
L'expérience s'accorde avec le calcul ; au début de la flexion l'effort musculaire est très pénible, généralement même on élève involontairement les coudes pour imprimer à l'haltère un élan vertical. La longue portion du biceps fortement contractée attire la tête numérale contre la cavité glénoïde et s'oppose à. la luxation en bas. Elle est aidée dans cette fonction parla contraction énergique des rotateurs du bras et de la longue portion du triceps. Les pectoraux s'opposent à un mouvement d'oscillation du bras en arrière, les portions supérieures des trapèzes résistent à l'affaissement de l'épaule.
La portion moyenne des trapèzes et les dorsaux fixent l'insertion supérieure des pectoraux et attirent l'omoplate en arrière.
Le mouvement de flexion de l'avant-bras est facilité par l'extension simultanée du tronc qui contribue fortement à l'élévation de l'haltère.
La flexion est plus facile la main en pronation, car le biceps s'enroulant autour du radius pendant la supination, agit directement pendant la pronation.
(3e Temps). L'haltère une fois à l'épaule, son centre de gravité est amené au-dessus de la base de sustentation du côté de la jambe droite qui se fléchit légèrement ; par un effort considérable des deltoïdes, des élévateurs du moignon de l'épaule, par le mouvement de bascule de l'omoplate dû à l'action du grand dentelé, par l'extension de l'avant-bras sur le bras, toutes ces
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actions étant simultanées, l'haltère est enlevé verticalement audessus de la cavité glénoïde (fig. 185).
11 repose alors sur ia colonne formée par les segments du membre supérieur mis bout à bout et maintenus dans l'extension par l'effort musculaire.
L'équilibre sera facilité si l'on ne perd pas des yeux L'haltère; le tronc sera incliné du côté gauche de manière à ramener le centre de gravité de tout le système vers la ligne médiane.
Si le poids est très lourd, on peut user de l'artifice suivant pour faire en partie supporter l'effort d'extension par les extenseurs des jambes, beaucoup plus puissants que ceux du bras.
A cet effet, au moment où l'on étend le bras, on fléchit les jambes, de telle sorte que la somme de l'abaissement vertical de la cavité glénoïde dû à la flexion des jambes et de l'élévation verticale de la main due à l'extension partielle du bras soit justement égale à la longueur du bras étendu. Alors l'élévation de l'haltère à l'extrémité du bras étendu se fait par l'extension des jambes, en élevant simultanément et en masse le tronc et le bras. Au début de ce mouvement, l'haltère reste sensiblement immobile. Il n'est élevé ensuite que par l'effort d'extension des jambes qui exécutent alors tout le travail d'élévation.
Dans l'abaissement de l'haltère, c'est-à-dire le mouvement inverse, les muscles précédents sont mis en jeu pour ralentir la chute.
Le travail effectué n'est pas très considérable, mais portant sur des muscles relativement faibles et devant être produit très rapidement il nécessite des efforts musculaires instantanés et très intenses.
Cet effort est plus durable dans la troisième méthode, aussi voit-on se produire, au plus haut degré, les troubles indiqués à propos du phénomène de l'effort.
La congestion de la face en est une des manifestations extérieures.
Kig. 185. — Élévation d'une barre à sphère lourde.
Du reste, toute la musculature du corps se contracte, les muscles abdominaux en particulier, compriment si violemment l'abdomen qu'il n'est pas sans exemple que des bernies se soient produites à la suite du soulèvement d'un poids. Les articulations du genou se fatiguent vite; aussi ces inconvénients condamnent absolument les exercices exagérés d'haltères lourds, surtout s'ils ne sont exécutés que d'une seule main, sans symétrie.
Ces exercices peuvent être classés parmi ceux qui visent surtout la satisfaction de la vanité et la recherche de la difficulté vaincue sans grande utilité.
Lancer les haltères lourds. — L'exercice d'haltères peut être
Fig. 186. — Lancer l'haltère en avant après un balancement en arrière.
Fig. 187. — Lancer l'haltère en arrière au-dessus de la tête après un balancement en arrière.
aussi un exercice de lancer comme l'exercice du boulet et de la pierre. On peut s'exercer à lancer l'haltère en le portant d'abord à l'épaule et en le jetant le plus loin possible. On fait concourir pour cela l'extension des jambes et celle du bras. On peut le lancer également au moyen d'un élan après lui avoir fait prendre quelquès balancements. Ces exercices exécutés avec des poids de 10 kilogrammes sont intéressants, ils prennent un intérêt spécial si on les transforme en jeu. A cet effet plusieurs jeunes gens se placent en cercle et lancent et saisissent l'haltère au vol. Celui qui lance produit un travail moteur, celui qui reçoit produit du travail résistant transformé immédiatement en un élan nouveau sans temps d'arrêt (fig. 186 et 187). On peut constater l'intensité et la généralité des contractions
ANALYSE DES ATTITUDES ET DES MOUVEMENTS 135
musculaires dans le travail résistant, chez le sujet qui reçoit le choc d'un boulet lancé, la chaîne continue des contractions se propage jusqu'aux muscles du cou et de la mâchoire donnant au corps l'aspect d'un individu disséqué (fi g. 188).
Fig. 188.. — Modelé du corps d'un sujet recevant un boulet dans les mains et résistant énergiquement au choc.
Adresse dans le maniement des fardeaux. — 11 y a dans le maniement des poids lourds autant d'adresse que de force, et nous voyons journellement grâce à leur habileté des ouvriers manier facilement des caisses, des barriques de vin qu'il nous serait impossible de remuer. Ils ont acquis un sens particulier des balancements et des pressions leur permettant de saisir les temps favorables pour donner l'effort.
L'homme chargé d'un fardeau prend une position convenable"pour conserver son équilibre. Porté sur la tête le poids a
une action symétrique, il tend à écraser et à fléchir notre tronc. La meilleure manière de résister à cette flexion c'est de rester bien droit.
Le fardeau porté sur le dos nous oblige à nous courber en avant (fig. 189) pour soulager les fléchisseurs du tronc et nous empêcher de tomber à la reuverse.
Les porteurs de la halle sont pour cela presque tous voûtés;
Fig. 189. — Attitudes différentes du corps suivant la répartition delà charge.
1, Fardeau porté sur la tête ; corps droit ; — 2, fardeau sur les épaules ; corps penché en avant ; — 3, fardeau porté en avant ; corps penché en arrière ; — 4, fardeau porté d'une main ; corps penché de côté.
ils portent leur sac très avant sur le cou et s'appuient avec une canne pour soulager leurs muscles extenseurs.
Porté en avant ou de côté, le fardeau nous fait rejeter le tronc en arrière ou du côté opposé. Si l'on tient un seau d'eau d'une main on élève horizontalement le bras opposé pour servir de balancier et faire contrepoids.
Les clowns enlèvent facilement un homme couché sur un lapis et arrivent à le mettre à bout de bras en un seul temps.
Ceci s'explique, l'homme, représentant ici le fardeau, est loin d'être passif, il a répété à l'avance l'exercice et s'entend avec son partenaire pour se donner un élan invisible mais coïncidant exactement avec l'effort d'arrachement.
Il serait tout à fait impossible de soulever ainsi un cadavre dans le relâchement absolu (fig. 125).
On a dû même chercher des moyens pratiques pour placer et transporter sur le dos un malade ou un blessé incapable de se mouvoir et tombé en syncope.
ANALYSE DES ATTITUDES ET DES MOUVEMENTS
La manière la plus ordinaire consiste à le saisir par le bras gauche, le soulever de terre, à passer le genou fléchi sous le corps, pour l'y bien reposer, l'entourer de ses bras et attirer ses jambes sur l'épaule (fig. 190 et 191). Le malade se trouve finalement placé les jambes et les bras pendants sur l'épaule de son camarade redressé. Le blessé est considéré ici comme un fardeau difficile à porter. Le cas se présente dans un incendie où il faut à tout prix éloigner du foyer un sujet qui a perdu connaissance.
Fig. 190. —Manière de charger sur les épaules Fig. 191. — Manière de un blessé évanoui. porter un blessé.
Caractéristique des mouvements de massue. — Les massues ou mils se distinguent des haltères par une forme allongée. L'haltère est symétrique, son centre de gravité est situé dans la main, la massue au contraire a son centre de gravité dans sa partie renflée, c'est-à-dire assez éloigné de l'extrémité amincie qui sert de poignée.
Dans les attitudes où elle est maintenue immobile, le poids de la massue s'exerce à l'extrémité d'un bras de levier variant sans cesse avec l'inclinaison de celle-ci (fig. 192). L'effort maximum correspond à l'inclinaison horizontale, l'effort minimum à la position verticale de la massue. Les mouvements de massue sont surtout des mouvements d'élan, des moulinets du poignet, des cercles décrits derrière la tète, en avant et en arrière du corps. La massue une fois lancée n'a plus qu'à être dirigée par la main
Fig. 192. — Massue représentant une force GP agissant sur la main à l'extrémité d'un bras de levier variable.
qui la conduit. Il ne faut aucunement lui résister; elle a un balancement propre s'accélérant dans les flexions des bras lorsque les trajectoires décrites diminuent de rayon. Quand la massue suit la partie descendante de son parcours, elle s'accélère, quand elle remonte elle se ralentit et à ce moment une légère impulsion lui fait reprendre la vitesse perdue. On peut ainsi entretenir son mouvement sans dépenser beaucoup de force et avec de la pratique on arrive à de véritables exercices de jonglerie.
La massue tourne souvent autour de \
Fig. 193. — Moulinet du poignet Fig. 194. — Petit cercle décrit par avec la massue. la massue derrière la tète.
son centre de gravité immobile dans l'espace. C'est le bras qui tourne autour de la massue.
Les moulinets de poignet sont des combinaisons de la pronation et de la supination avec la flexion et l'extension de la main, flexion et extension légère de l'avant-bras (fig. 193).
Les autres mouvements consistent en moulinets exécutés derrière la tête et devant le corps. Ce sont tantôt les élévateurs, tantôt les adducteurs qui sont mis en action (fig. 194).
Dans les moulinets derrière la tête, la massue, tenue verticalement par le bras droit tendu par exemple, tombe par son poids à gauche, le bras se plie, le mouvement s'accélère, la massue, par son élan, passe au delà de la verticale et, au moyen d'une vigoureuse adduction du coude effectuée par le pectoral attirant le bras dans un plan horizontal, adduction
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exécutée simultanément avec une extension de l'avant-bras, elle remonte à sa première position verticale. Son centre de gravité a décrit sensiblement une circonférence autour de la main.
Lescircumductionsdu bras s'effectuant dansun planantérieur le bras allongé et combinées avec les moulinets et les exercices de poignets, donnent lieu à des mouvements complexes, fort élégants, dont l'effet sur la dilatation thoracique est manifeste, surtout exécutés symétriquement et simultanément des deux bras (flg. 195 et 196)." ^.
Fig. 195. — Balancement des mas- Fig. 196.— Grand cercle en avant sues au-dessus de la tête. décrit avec la massue.
n'en a pas acquis une grande pratique, surtout si l'on ne résiste pas au moment de la chute de la massue derrière la tête lors de la flexion de l'avant-bras, c'est de causer dans l'articulation du coude des secousses peu salutaires ; de plus, ils fatiguent vite le poignet par l'effort constant des muscles delà préhension. Exécutésdansla stationdroite les pieds réunis, lorsque la massue est derrière la tête, le centre de gravité de tout le système se trouve rejeté en arrière de la colonne dans la concavité lombaire ; la courbure lombaire se trouve exagérée pour cette raison.
Les mouvements de massue doivent être faits avec modération, il serait même bon de les alterner avec des mouvements d'haltères. 11 faudra avant tout conserver au corps une attitude bien droite et lutter par la contraction des muscles abdominaux contre l'ensellure qu'ils provoquent inévitablement.
Les moulinets inverses, c'est-à-dire exécutés derrière la tête de bas en haut et de dehors en dedans obligent les coudes à se tenir dans le plan des épaules, ils suscitent la contraction des muscles du dos, en forçant le corps à se tenir bien droit.
Fig. 497. — Analyse des trajectoires engendrées par la hanche, le genou et la cheville dans un abaissement du corps sur la pointe des pieds.
Toute attitude fléchie en avant vous exposerait inévitablement à rencontrer la massue en mouvement et à la frapper soit de la nuque, soit de l'épaule.
Mouvements qui engendrent une trajectoire rectiligne. —
Nous
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avons souvent a appliquer nos forces à un outil ou un instrument. Ce dernier est obligé de suivre une trajectoire définie, une ligne droite, par exemple. S'il n'est pas guidé mécaniquement, c'est à la main de le diriger. Le bras et l'avant-bras ne peuvent engendrer que des mouvements circulaires, il faut que leurs mouvements se combinent de façon à obtenir une ligne droite suivie par la main.
C'est là une des grandes difficultés du maniement de la scie, de la lime, du rabot et de l'archet. Cette difficulté se complique si, en assurant la direction rectiligne de l'outil, sa vitesse et sa pression doivent demeurer constante ou suivre une loi déterminée. Nous avons fait l'analyse cinématique de ces mouvements, nous en citerons ici deux exemples.
Fig. 198 — Positions extrêmes et position moyenne du bras conduisant l'archet de violon dans une direction rectilisrne.
Abaissement vertical du corps. — Quand nous nous abaissons sur la pointe des
pieds, le corps droit, le genou, la hanche et la cheville se fléchissent, la figure ci-dessus nous montre quelle part de mouvement revient à tout instant à chacune des articulations pour assurer à la hanche une descente verticale. Ce genre d'analyse photographique nous a servi surtout pour étudier diversactes de la locomotion (fig. 197).
Mouvement rectiligne de l'archet. — Unbon violoniste s'efforce de conduire son archet perpendiculairement à la corde afin d'éviterles vibrations longitudinales de celle-ci, vibrations dont le timbre n'a rien d'artistique.
Il doit pour cela combiner savamment les mouvements de l'épaule, du bras, du coude, du poignet et même des phalanges. Tous les articles'se fléchissent simultanément et d'une
quantité différente; à chaque position de l'archet sur la corde •correspond une attitude spéciale du bras (fig. 198).
Changement du mouvement de l'archet. — Le changement de sens de l'archet est particulièrement difficile si l'on veut éviter l'interruption du son.
La corde est entraînée dans le sens du mouvement de l'archet au delà de sa position d'équilibre. Dans le changement de sens de l'archet ce sera de l'autre côté de cette position que se feront
les vibrations ; il y a donc un moment où la corde accompagnera l'archet à son retour et où la vibration cessera.
Pour atténuer cet inconvénient et donner au son toute sa continuité, on accélère la vitesse de l'archet jusqu'au talon, lé poignet se plie et s'étend ensuite légèrement au moment où la direction du bras vient à changer. De cette façon le mouvement de la corde n'est pas interrompu brusquement comme il le serait si le bras commandait seul. A la fin du pousser, l'archet va moins vite que le bras à cause de la flexion du poignet; au commencement du tirer, l'archet reste aussi un peu en arrière du bras à cause de l'extension du poignet (fig. 199).
La vitesse de l'archet est donc égale à celle de l'avant-bras, diminuée ou augmentée de celle du poignet et le changement d'archet, c'est-à-dire la transition du pousser au tirer se fait moelleusement sans sécheresse et sans brusquerie. Telle est la raison du coup de poignet final exécuté au talon à fin de course par tous les violonistes habiles.
Dans tous les arts il existe des délicatesses de ce genre; l'effet artistique ne doit certes pas être confondu avec la correction de la technique, cependant, surtout en musique instrumentale, cette correction est une des premières conditions d'un effet agréable.
Fig. 199. — Mouvement du poignet au moment du changement de direction de l'archet (passage du pousser au tirer).
Le poignet se fléchissant de 1 à 2, le mouvement du bras peut ainsi s'effectuer sans communiquera la baguette un arrêt brusque.
ANALYSE DES ATTITUDES ET DES MOUVEMENTS
Éducation de la main. — Tous les métiers délicats ont chacun leur tour de main, il nous serait très agréable de les analyser si le cadre de ce travail nous permettait des développements aussi considérables. Citons les professions manuelles dans lesquelles la vitesse est une qualité essentielle, comme les travaux d'aiguille, le maniement de l'épée et de l'archet, le toucher du piano. Dans ces exemples la rapidité des mouvements peut être très grande à la condition de ne metLre en jeu que les segments des doigts qui ont le moins de masse. Le grand défaut des élèves, ce qui leur donne le jeu lourd, c'est de faire avec les bras des mouvements inutiles au lieu de localiser le mouvement dans la main et les doigts.
Science et art. — Dans tous les arts il y a le métier pouvant être séparé de la partie artistique ou du moins étudié et perfectionné à part; c'est la technique des arts. La perfection de la technique ne donnera jamais une œuvre d'art, cela est certain, mais inversement un artiste négligeant la partie matérielle ne sera jamais un grand artiste.
Tous ceux qui ont laissé de grandes œuvres ont eu le plus grand souci des moyens qu'ils employaient et ont recherché l'intensité d'expression dans une connaissance approfondie de la nature et la perfection des moyens d'exécution.
Nous ne voulons pas confondre la science et l'art, des différences fondamentales les séparent. Un savant devant un tableau ou à l'audition d'une symphonie, analysera les formes, les sons et les couleurs, s'il est psychologue et artiste il cherchera à se rendre compte des raisons de l'émotion ressentie, il trouvera des rapports impersonnels entre les objets et ses sensations, mais son œuvre de dissection sera incapable défaire revivre l'exécution première.
L'artiste, au contraire, se préoccupe peu des moyens employés pourvu qu'ils rendent l'impression voulue.
Il n'étudie pas la nature en elle-même, il y cherche une source intarissable d'émotions les plus variées, les combine et les fixe afin de les faire partager aux autres.
Les buts poursuivis par le savant et l'artiste sont donc bien différents, cependant il y a des points où la science et l'art se touchent et se confondent. La forme anatomique, les attitudes et
les mouvements des êtres animés, la perspective ont des lois que le peintre ne peut enfreindre. Dans la musique surtout la technique est presque mathématique.
Pour émettre des sons justes d'un timbre agréable à l'oreille nuancés et rythmés, il faut une délicatesse de l'ouïe unie à une délicatesse du sens musculaire; ce n'est pas encore l'art, mais c'est la condition nécessaire à l'effet artistique.
Les écoles appelées conservatoires de musique n'ont pas d'autre but et ne peuvent avoir d'autre prétention que d'enseigner la technique du métier et de vous familiariser avec les traditions et les chefs-d'œuvre des prédécesseurs. Le génie créateur ne peut se former ni par l'étude, ni par l'érudition, il est naturel; c'est le résultat d'une conformation fortuite ou spontanée du cerveau. L'école doit enseigner la technique, mais pour mériter le nom d'école, il faut établir cette technique sur des faits d'expérience incontestée. Les exercices du pianiste ou du violoniste sont un cas particulier de l'éducation physique. Il s'agit d'obtenir de la sûreté, de la rapidité et de l'égalité avec un organe imparfait, la main, il faut exercer celle-ci d'après les lois du rythme, des masses, de l'habitude et de la fatigue régissant tous les mouvements. Le fait de manier un archet ne constitue par une exception, c'est un outil comme un autre ayant seulement un but différent 1 .
Gymnastique spéciale de la main a introduire dans les conservatoires de musique. — Les écoles de musique gagneraient beaucoup à s'inspirer des travaux des physiologistes, leurs méthodes seraient plus sûres, elles sortiraient d'un empirisme fâcheux et mesquin, arriveraient plus vite au résultat cherché et utiliseraient des organisations d'élite rejetées des concours par inobservation des routines séculaires.
Il serait indispensable de faire d'abord l'éducation des mouvements de la main, de rendre les doigts indépendants avant d'attaquer le mécanisme d'un instrument, on apprendraitensuite la manière la plus favorable de s'adapter à ce dernier pour lui faire rendre tout son effet.
Mmc Jaëll-, l'éminente pianiste, a cherché à établir des règles du