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Mécrologie [de J.A.B. Lodibert]--Discours prononcé le 26 janvier 1840 aux obsèques de M.J.A.B.L

Peu de jours après la mort de M. Fauché, la pharmacie militaire a fait une nouvelle perte dans la personne de M. Lodibert, ancien pharmacien en chef d’armée.

Bien que, depuis plusieurs années, les longs Services de M. Lodibert eussent été récompensés par une honorable retraite, la continuité de son séjour à Pâris, sa constante présence à l’Académie royale de médecine et à la Société de pharmacie, où il prenait fréquemment part aux discussions les plus intéressantes, consolaient ses anciens confrères : ils sentaient que s’il avait cessé de faire partie du corps des officiers de santé militaires, du moins, par son influence en matière scientifique, il continuait encore à être leur digne représentant au sein des sociétés savantes.

Le 23 janvier est venu rompre ce dernier lien, pour les livrer tout entiers à une douleur désormais sans compensation.

Les obsèques de M. Lodibert se sont faites, le 26 janvier, à l’église des Missions étrangères, d'où le corps a été porté au cimetière du Sud. Il n’y avait pas encore deux mois que M. Fauché avait été déposé au même champ de repos.

Le convoi était composé d’un grand nombre d’amis, d’officiers de santé de tous grades, en retraite et en activité, de chefs des bureaux de la guerre, d'administrateurs

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des hôpitaux militaires et de membres des Sociétés savantes dont M. Lodibert avait fait partie.

Plusieurs discours ont été prononcés sur la tombe : M. Lecanu a porté la parole au nom de l’Académie royale de médecine ; M. Vée, au nom de la Société de pharmacie de Paris ; tous deux ont exprimé, avec une douleur profondément sentie, les regrets dont ces Sociétés et euxmêmes étaient pénétrés.

Un de nous, le cœur serré par une vive affliction, est aussi venu, dans ce moment suprême, payer à son ancien ami un juste tribut de reconnaissance et d’attachement. Ce dernier discours traçant d’une manière assez succincte les services, les travaux, les qualités de M. Lodibert, nous avons pensé devoir le placer à la suite de cette notice.

M. Lodibert ( Jean-Antoine-Bonaventure ) était né à Grest, département de la Drôme, le 1 4 juillet 1772.

DISCOURS prononcé , le 26 janvier i84o, aux obsèques de M . J. -A. -B. Lodibert, ancien pharmacien en chef d’armée, etc . ; par M. le docteur P.-I. Jacob, ancien pharmacien-major des armées.

Messieurs,

L’honorable confrère dont nous déplorons la perte appartenait , par son âge , à cette génération d’hommes enthousiastes et forts qui , n’écoutant que la voix dé là patrie menacée , coururent à la frontière pour servir la France : les uns , de leur épée ; les autres , en se consacrant au soulagement du guerrier malheureux, dans le service des hôpitaux militaires »

Du nombre de ces derniers fut M. Lodibert, ancien pharmacien en chef d’armce ; ancien professeur aux hôpitaux militaires d’instruction ; docteur en médecine de la faculté de Paris et de l’Académie de Leyde ; officier de la Légion d’honneur; membre de l’Académie royale de médecine, de la Société de pharmacie de Paris; correspondant de plusieurs Sociétés savantes, nationales et étrangères.

Ce fut presque au sortir du grand collège de Lyon, où il avait fait avec distinction sa philosophie, et après avoir consacré quelques années à l’étude de la pharmacie, que la guerre porta, en 1 79?., M. Lodibert à l’armée du Nord, avec une commission d’élève dans le corps des officiers de santé militaires.

Doué d’une grande sagacité, ayant du zèle, de l’activité, des connaissances étendues, possédant le goût de l’étude, qu’il a toujours conservé, M. Lodibert ne tarda pas à se faire remarquer de ses chefs. Il fut rapidement porté aux grades supérieurs, et devint, après la bataille de Leipsick, pharmacien en chef de la grande armée. Ainsi, comme il le disait lui-même, il assista à nos premiers triomphes en Belgique, en Hollande, en Allemagne ; et fut témoin de nos derniers revers en Russie, en Saxe, en France et à Waterloo.

Après une lutte longue et acharnée, au moment où la France put goûter les douceurs de la paix, M. Lodibert fut appelé à la première chaire de pharmacie à l’hôpital militaire d’instruction de Lille ; peu de temps après, il fut promu aux mêmes fonctions à celui du Val-de-Grâce. Sa santé, gravement altérée à cette époque, ne lui permit pas de prendre aux travaux de l’enseignement la part active qu’il aurait désirée ; mais il les dirigeait avec, sa-

gesse , donnait, aux jeunes gens placés sous ses ordres, des conseils de prudence, des règles de conduite, que plu» sieurs d’entre eux, encore actuellement au service, sont heureux d’avoir suivis.

Il ne cessa ses fonctions, dans cet important hôpital, que pour passer à celui de la garde royale : c’était alors de l’avancement. Enfin, par mesure administrative, et beaucoup plus tôt que ses confrères ne l’eussent désiré, il fut admis, en i835, aux droits de jouir d’une honorable retraite.

Dans le cours de ses campagnes, et durant le long séjour qu’il a fait en Hollande, où il a trouvé une nouvelle famille, M. Lodibert ne négligea aucune occasion d’acquérir des connaissances. Son esprit d’observation était sans cesse occupé à rechercher des procédés nouveaux , des faits scientifiques intéressants. C’était une sorte de conquête qu’il aimait à faire sur l’étranger , avec l’intention d’en doter un jour sa patrie, d’en faire, dans l’occasion, une application heureuse.

M. Lodibert signala, le premier, les inconvénients du chlore gazeux pour la sanifieation des salles habitées ; il proposa de substituer à son emploi celui de l’irrigation de l’eau un peu imprégnée de ce gaz. Les avantages de ce mode de désinfection sont consignés dans sa dissertation ; De hygienœ cura chimiâ connubio.

L’usage externe des gaz et vapeurs qui possèdent des propriétés médicinales a aussi fixé son attention ; il en a indiqué d’heureux résultats dans une seconde dissertation intitulée : Essai de thymiatechnie médicale , qui lui valut l’approbation publique du célèbre Chaussier.

Le premier consul, en visitant le camp de Walcheren, s’en qui t des officiers de santé principaux s’ils «’attri-

huaient pas à la mauvaise qualité des eaux la eause des lièvres meurtrières qui désolaient la Zélande : M. Lodibert, Pun d’eux, reconnut dans celle des citernes la présence de l’azote. Ce fait curieux, qu’il a consigné dans un mémoire, a été confirmé et expliqué par M. Thénard, chef d’une commission réunie à Anvers pour l’analyse des eaux de la Zélande et de Cadsandt, et de laquelle M. Lodibert fit partie.

Les recherches chimiques de M. Lodibert lui ont fait découvrir dans le gérofle des Moluques une matière cristalline dont celui de Cayenne est presque dépourvu, la cariophyllitie. Il fit cette découverte longtemps avant qu’on ne s’avisât de chercher un principe alcaloïde particulier dans chaque substance végétale énergique ou de haute saveur.

Au Yal-de-Grâce, dans les solennités de l’eiiseignethent, M. Lodibert a traité des sujets qui intéressaient essentiellement le corps auquel il appartenait : tels que la législation et l’historique des hôpitaux d’instruction ; les services rendus à la science et à l’humanité par les officiers de santé militaires, sous les divers gouvernements qui ont régi la France. Il avait, en outre, tracé différents projets de réorganisation du service de santé militaire, dont son expérience lui avait fait reconnaître l’utilité. Ces projets furent encore, pour lui , le sujet de plusieurs discours inauguraux. Il pensait que plusieurs de ses vues auraient pu être adoptées à l’avantage du service et des officiers de santé.

Tels furent, messieurs, les services, les travaux de M. Lodibert ; tels sont les titres qu’il s’est acquis à l’estime des savants, à la reconnaissance des hommes.

Ceux qui Tout particulièrement connu savent combien

il était bon, sensible, aimant, empressé à aider ses subordonnés des conseils de son expérience ou a ies appuyer de son crédit. La justesse de son esprit, la maturité de sa raison, la variété de ses connaissances, sa prodigieuse mémoire, lui donnaient de grands avantages dans les discussions scientifiques où il s’engageait volontiers, soit avec ses amis, soit au sein des académies dont il était membre.

M. Lodibert possédait une élégance de manières, une aménité de caractère, une noblesse de procédés, une sûreté de commerce, qui exerçaient une sorte de séduction et commandaient l'affection. Aussi compta-t-il au nombre de ses amis tous les hommes estimables et éminents qu’il rencontra dans sa longue carrière ; et, pour ne parler que de ceux qui ne sont plus, je citerai Parmentier, Campsiègre, Chaumeton, Métras, Judas, Fournier, Yaidy, Sérullas, Laubert, Desgenettës, Broussais, Fauché.... La perte toute récente de ce dernier est venue l’affliger sur son lit de mort.

Peu d’hommes savent mourir avec autant de tranquillité d’âme que mourut M. Lodibert. Atteint d’une maladie longue et douloureuse, sur l’issue de laquelle il ne s’est pas un instant fait illusion, malgré les soins les plus affectueux et les mieux entendus, il est mort avec la résignation d’un sage, jugeant lui-même son état, dictant ses dernières volontés, mettant ordre à ses affaires avec autant de calme que s’il ne s’agissait que d’un voyage. C’est qu’en effet , messieurs , pour l’homme qui s’est élevé à de hautes pensées, la mort n’est qu’un voyage à l’éternité !

Ami cher et vénéré, c’est au nom de tes anciens confrères, au nom de la pharmacie militaire que su honoras

par tes vertus, tes talents, ton noble caractère, qu’une voix qui te fut longtemps chère t’adresse un dernier adieu!... Les amis que tu laisses sur cette terre ne t’oublieront jamais, tant qu’ils conserveront eux-mêmes un reste de vie î

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